TALOHA
Revue scientifique internationale des civilisations
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numéro 14-15 > Etudes et Recherches

Article

La poésie orale, un bon moyen d'éducation


Michel Razafiarivony, Anthropologue, maître de conférences à l’ICMAA de l’Université d’Antananarivo, razafiarivonymic@yahoo.com.

Date de mise en ligne : 28 septembre 2005

Résumé

La plupart des gens du Tiers Monde, surtout en Afrique et à Madagascar vivent encore dans l’oralité. Quelquefois, plus de 50% de la population dans ces pays sont illettrés. Ils n'ont pas besoin de lire dans leur vie quotidienne. Ils communiquent seulement à travers le parler. En plus ni livres ni journaux ne sont disponibles en région rurale, ce qui limite leur esprit aux traditions et à ce qu'ils voient habituellement. La littérature orale (chansons, discours, contes et mythes, etc.) y prend une place considérable ; elle conserve leur mentalité et leur philosophie. Cette littérature a besoin alors d'être étudiée par ceux qui sont responsables de l'éducation des enfants. Elle peut être utilisée pour transmettre de la connaissance, de nouvelles idées et de nouvelles technologies aux élèves à l’école. Ceci peut être vérifié par l'étude présente sur un poème oral créé et transmis par un instituteur à Anosibe an'Ala dans le Centre est de Madagascar en 1940. Maintenant, les vieillards qui avaient appris ce poème, s’en souviennent encore ainsi que du message qui leur fut donné à ce moment-là. Cela a été possible parce que le professeur pensait comme ses élèves et a parlé dans leur langue journalière, suivant leurs coutumes.

Ce fait doit être considéré dans la lutte contre la pauvreté entreprise de nos jours dans beaucoup de ces sociétés orales. Il n'y aura de résultats tangibles si l’ensemble de la population n’y prenne part. Ce n’est pas seulement l’affaire des gouvernements et des savants. Ceux-ci doivent comprendre la mentalité des gens. Ils doivent maîtriser la langue nationale ou locale et parler avec les gens pour envoyer leur message. C'est nécessaire pour améliorer le niveau de connaissance des régions rurales afin que le développement national soit un succès. La littérature orale est un bon instrument pour cela.

Abstract

Most people in the Third World, especially in Africa and Madagascar still live in orality. Sometimes, more than 50% of the population in these countries are illiterate. They do not need to read in their daily life. They only communicate through speaking. Besides neither books nor newspapers can be found in the rural area, so their mind is limited to what they usually see and to traditions. Oral literature (different songs, speeches, tales and myths and so on) holds a considerable place among them, it contains their mentality and their philosophy. This literature then needs to be studied by those who are responsible for children’s education. They can be used to pass on knowledge, new ideas and new technology to pupils and students at school. It is verified by the study made in this paper on an oral poem created and taught by a schoolmaster at Anosibe an’ala in the East Center of Madagascar in 1940. Now, the old men who had learnt this poem, still remember and understand the message given to them at that moment. It is possible because the teacher thought in the world of his pupils and he spoke in their daily language, according to their customs.

This fact must be considered regarding the fight against poverty undertaken nowadays in many of these oral societies. It will not have a good result if it is not supported by all the population. It does not belong only to the Government and the scholars. These lasts need to understand the mentality of the people. They are required to master the national or local language and then to talk to the people, to send their message. It is necessary to improve the level of knowledge of the rural areas in order to make the national development a success, and oral literature is a good instrument for that.


Table des matières

Texte intégral

Comme dans la plupart des pays en développement, et surtout en Afrique, la poésie orale qui désigne les genres littéraires oraux est encore bien vivante à Madagascar. Malgré l'introduction et l’apprentissage de l'écriture depuis près de deux siècles dans la Grande Ile1, les communications dans la vie de tous les jours sont encore dominées par l'oral. Bien rares sont ceux qui ne peuvent se passer régulièrement de la lecture, même pour les habitants de la  ville, mais surtout dans le monde rural où l’analphabétisme atteint toujours une proportion assez importante (plus de la moitié de la population dans certaines régions). Les journaux quotidiens qui n'existent que dans la capitale se comptent sur les doigts de la main, tandis que les librairies et les bibliothèques ne sont généralement fréquentées que par nécessité d’étude ou parfois de travail. L'oralité règle la mentalité et la vie sociale des Malgaches, d'où l'importance de la poésie orale. Nous ne nous engagerons pas dans la discussion sur la définition de la "poésie orale" puisque ce n'est pas le but de cet exposé, nous nous contenterons seulement de rappeler ce qu'a écrit Eno Belinga (1978 : 4):

 « En effet, la poésie lyrique recouvre toute la vie –individuelle, sociale, quotidienne, exceptionnelle, solennelle– du Négro-Africain. Elle porte sur tous les sujets, sur tous les phénomènes, de la circoncision à la mort, en passant par les rites initiatiques et les cérémonies nuptiales. Elle se présente sous de nombreuses formes : chant, message tambouriné, parole oratoire, poème déclamé, invocation, etc. »

Dans le domaine malgache, nous incluons également dans « poésie orale » tous les genres oraux existants comme les discours, les narrations, les chants, etc. C'est un excellent moyen d'éducation et le développement national ne peut et ne doit pas la négliger. Le terme éducation est ici considéré dans son sens sociologique, qui signifie introduction d'un individu dans la société :

« L'éducation, écrit Durkheim (1992), consiste en une socialisation méthodique de la jeune génération. »

Afin de démontrer cette importance de la poésie orale dans la vie sociale et le développement d’une nation orale, nous prendrons l'exemple d'un texte dont nous analyserons aussi bien la forme que le fond.

Le présent poème, appelé lahateny ou poezia, a été recueilli en 1988 au cours d'une enquête effectuée dans le village d'Androrangavola, à une trentaine de kilomètres au Sud-est de la petite ville d'Anosibe an'Ala située au centre Est de Madagascar. Il a été récité par un homme de 67 ans, sachant à peine lire et écrire son nom. Il faut cependant préciser qu’il s’agit d’une œuvre qui avait été créée par un instituteur, un maître d'école de la Mission anglicane dans l'ancien canton d'Ambinanindrano dont fait partie le village d'Androrangavola. Cet homme l'a enseignée comme récitation à tous ses élèves dans les années quarante, jusqu'aux événements de 1947. Aussi, un grand nombre des hommes âgés de plus de 60 ans (au moment de l’enquête), ceux qui ont eu le privilège d’étudier dans cette école, savent-ils encore chanter et réciter cette poezia. Certes, des oublis et des modifications sont intervenues quelquefois au fil du temps, mais ils sont encore nombreux à travers toute la sous-préfecture à s'en souvenir. Nous en expliquerons plus tard la raison.

Texte

Betsimisaraka

1. Andreo lahaly ?

Tsarabe zahay lahaly

Mifañontsafa...mifañontsafa

Andreo lahaly  

5. Tsarabe zahay lahaly

Mifañontsafa

Dia ten'Andriamanitra ...

Mañano akory a ry Baba ?

Mbôla tsara zareo mbôla tsara

10. Mañano akory a ry Aia ?

Mbôla tsara zareo  mbôla tsara...

Andreo lahaly ?...

Tsara be zahay lahaly

Betsimisaraka tsy notapohan-drano la bitika koza

15. Boky matsiro aman-tsaina hano karaha mena-poza

Be raha hita Rangahy mitantara be tany nandiañaña

Babàka nandroany zalahy no tsara ka aza mahamañaña

Eka tokoatra fa zaho maneky fa tan-taranoaña

Elabe zany tsy niady tareky fa azo ninoaña

20. Etsy ny tain-dalitry an-drañalahy sy an-drañavavy

Eo vao miandoha zany Rangahy aza laitra mosavy

Mitenoa tsarabe zeny manan-tadîny

Avilay rofarofa

Tanan-draikalahy zakàn'izy ity ho mañaña andreo

25. Tilihiny hatramin'ny fahagolan-tany ka ambarakandreo

Etsy feheziko tañaña rony tsarà amin'iazana

Ataovy manembony hoe ny karazana zahano meniny

A rony !  Aza ny rano mitombina amin'ny vato mipoetiky

Andao ntsena  hiantsiantsiaka ka ny trano hovohana

30. Ka nadiniko entoña  nampanoina anjareo ngalifantsy

Aza manaraka raika manjavona hono fa ratsy...

Rasaraka namako : boky, gazety, kahie, taratasy,

Asondroty !

Fa zany no fangadin'ny saina hanondrotra antsena.

35. Reniko mi ty monina aketo fa misy miboesaka

Rafasanay hono ny boky avy an-tsekoly fa hetsaka

Korokorom-bary tsy ialam-pizofizo, hamboly tsy malaka

Korokoron-doha tsy mampiasa ny azo ka zovy no halaka ?

Anatra  añahy fa tsy vady  avela , izy se sarin-tenany

40. Tono tsy tian-ko may tsy avela fa avadika tenany

Avelako aketo raha ny firafira soàna hitono voamaho...

O andreo añambonambo karaha voatrotroka maneva rony,

Raha koa matromatroka ny fobezantsena tony

Andreo ny fanantsàna avy amy zaza vao.

45. O andreo razana namolina an-kibo

Oneno fonay na tsibòka aza aketo

Hadihady mametsy, fotsiloha ambony vato

Esory !

Fa izay manabe fadifady, dobo iandronan'ny vandaña.

50. Ambarakaly ?

Tsarabe zahay mbarakaly

Mifañontsafa...mifañontsafa...

Ambarakaly,

Tsarabe zahay mbarakaly

55. Mifañontsafa

Dia ten'Andriamanitra

Mañaño akory a ry Boto ?

Mbôla tsara zareo mbarakaly

Mañaño akory a ry Poraka ?

60. Mbôla tsara zareo mbarakaly. mbarakaly..

Ambarakaly...

Traduction

Betsimisaraka

1. Comment alliez-vous cette nuit ?

Nous étions bien cette nuit

On se salue...On se salue

Comment alliez-vous cette nuit ?

5. Nous étions bien cette nuit

On se salue

Que Dieu vous bénisse…

Comment va le père?

Il se porte bien

10. Comment va la mère?

Elle se porte bien

Comment alliez-vous cette nuit ?

Betsimisaraka pur sans une goutte d'eau de plus

15. Le livre est savoureux pour l'esprit, mangez-le comme de la [graisse de crabe

Cet homme a beaucoup voyagé, il a des tas de choses à raconter

Il s'est baigné dans une bonne grosse calebasse, ne vous étonnez [pas.

Hé oui! Je reconnais qu'autrefois,

Il y a très longtemps on croyait au tareky2

20. Mais la chiure3 appartient aux vieillards et aux vieilles femmes

C'est le début Monsieur, ne vous laissez pas influencer par la [sorcellerie

Ecoutez bien ! Ceux qui ont des oreilles

Laissez tout ce qui vous gêne !

Un homme va prendre la parole, vous serez ébahis

25. Des temps anciens jusqu'à maintenant il passe en revue

Laissez-moi vous lier le poignet4, bonjour au grand-père !

Etablissez la généalogie et puis regardez bien

Non ! Pas la goutte d'eau qui rebondit sur la roche

Allons prendre l'air et ouvrons la porte

30. J'ai cherché les liens avec les ancêtres

Ne suivez pas celui qui ne connaît rien, ce n’est pas bien

Mes frères Rasaraka : livre, journal, cahier, papier

Elevez !

Car ce sont les moyens qui vont développer nos connaissances

35. J'ai entendu dire que parmi ceux qui vivent ici, certains se [vantent

Disant qu'ils détestent le livre d'école trop fatigant

Le paddy pourri par les bestioles, le cultivateur ne les prend pas.

Une tête qui délaisse ce qu'il a reçu, qui va le prendre ?

C'est un conseil et non une femme à chasser, c'est une image [réelle

40. Une chose qu'on ne veut pas brûler on la retourne

Je laisse ici les broussailles sans importance pour m'occuper des [graines

O! Vous qui êtes en haut comme de beaux fruits

Si nos aïeux ici présents paraissent pauvres

Vous aurez le tsiny5 des nouvelles générations

45. O! Vous les ancêtres qui nous ont modelés dans le ventre

Habitez notre cœur même si c'est indigne

Les trous trompeurs, les bandes blanches à la tête des pierres [levées

Enlevez !

C'est l'origine de nombreuses superstitions, la mare où se [baignent les mauvais.

50. Ambarakaly?

Nous étions bien mbarakaly

On se salue, on se salue

Ambarakaly ?

Nous étions bien mbarakaly

55. On se salue

Que Dieu vous bénisse

Comment va Boto?

Il se porte bien

Comment va Poraka?

60. Elle se porte bien

Ambarakaly.........

L'analyse du contenu de ce texte nous montre la pensée des Betsimisaraka de la région d'Anosibe an'ala vers le milieu du 20e siècle.

Ce lahateny diffère de la poésie telle qu'on la conçoit habituellement avec des rimes bien définies. Il comprend trois séquences distinctes : la première partie, de la ligne 1 à la ligne 12, et la dernière de la ligne 49 à 60 (que nous avons disposé un peu à l'écart), sont des séquences chantées ; tandis que tout le milieu, de la ligne 13 à 48, constituant le corps du poème est une séquence récitée d'une voix normale quoique scandée. Mais, comme de nombreux critiques de la littérature orale l'ont fait remarquer, Michel Andrianarahinjaka (1968 : 20) entre autres :

«  L'on chercherait en vain, par-delà les caractères d'imprimerie, les mots et les alinéas, toutes ces données vives que sont le rythme d'une chanson, les courbes d'une mélodie musicale, si élémentaire soit-elle, les effets de voix, les gestes et jusqu'aux réactions de l'assemblée, tous ces éléments qui constituent comme la chair vivante au centre de laquelle se trouve serti le squelette sévère des mots et des phrases, les seuls accessibles à l'analyse des critiques littéraires. »

Il nous est impossible de transcrire ici la mélodie de la chanson. En plus, il y a le problème de la traduction qui rend plus difficile encore l'appréhension de la beauté du texte, une opération très délicate car, "La poésie, souligne C. Lévi-Strauss (1985 : 240), est une forme de langage extrêmement difficile à traduire dans une langue étrangère et toute traduction entraîne de multiples déformations."

Néanmoins, malgré tout puisque c’est indispensable, nous essaierons de la décrire et de la faire ressentir à travers l'écriture.

Nous distinguerons dans ces séquences les formules de salutation betsimisaraka et sa structure.

Une seule et même personne exécute tout le lahateny. Elle interprète ainsi les deux séquences. Mais en l'écoutant, on peut distinguer une première voix aiguë qui introduit et pose des questions, et une deuxième plus grave (basse) qui répond. En fait, le chanteur joue le rôle de deux personnes qui se saluent. Les deux séquences ne sont que des salutations chantées. En bon Betsimisaraka, toute rencontre, tout entretien commence par la salutation d'usage.

La salutation sur cette partie de la côte Est comprend deux formules différentes. Leur emploi dépend du moment de la rencontre. Si les deux personnes se croisent pour la première fois dans la journée et particulièrement après une longue absence, la formule utilisée est :

- Andreo lahaly? littéralement "vous cette nuit" ? D'une façon plus claire "Comment s'est passée la nuit ?"

Le demandeur s'enquiert ici non seulement de la santé de l'autre, mais aussi des nouvelles : "que s'est-il passé pendant la période où on ne s'est pas vu ?" Si cette période a duré des semaines, des mois ou des années, et surtout si les deux interlocuteurs sont des personnes âgées, la salutation peut prendre des dizaines de minutes jusqu’à une heure ou deux, parce qu'ils se mettent à raconter un à un tout ce qu'ils ont fait, où ils sont allés, qui ils ont rencontré ? etc.

Si, par contre, la rencontre intervient pour la deuxième ou la troisième fois dans la même journée, la formule employée est :

Ambarakaly? ambaraka-ali(na), littéralement à partir de la nuit ? ou plus précisément de la fin de la nuit jusqu'à ce moment de la journée où l’on se parle, qu'est-ce qui s'est passé ?

La vraie signification est : "que s'est-t-il passé depuis que nous nous sommes rencontrés la dernière fois ? ". Par opposition à la première formule, cette deuxième d’une façon générale se passe rapidement. La réponse aussi est ici simplifiée, s'il n'y a pas d'information à donner (quelqu'un est malade, un tel est mort, une femme est rentrée chez ses parents, ...). La personne interrogée répète seulement

Ambarakaly, nandeha dia nierina,

Ambarakaly, j'y suis allé et je suis revenu.

Tout Betsimisaraka de la région connaît bien ces deux formules dès son enfance, et il prend soin de les observer, car elles ont une importance particulière dans la vie sociale. Comme dans toute société  humaine, le fait de saluer et la façon de saluer montrent qu’une personne a une bonne éducation ou non. Par extension, sa conscience sur les devoirs du citoyen est même perceptible à travers ce comportement, selon  le Révérend Maurice Rasamuel (1986 :57) qui a fait la remarque suivante sur le fameux  kabary, discours, en Imerina :

« Raha misy olona hikabary eo am-pivoriana, kanefa tsy manao (arahaba) sy fanirian-tsoa, dia heverin'ny vahoaka ho tsy mahalala fomba sy diso fanajana ary tsy mihevitra ny hahasoa ny firenena izy, ka manan-tsiny. »

« Si quelqu'un va faire un discours en public sans commencer par les  salutations et les souhaits d'usage, les gens le jugent impoli, peu respectable et ne se souciant guère de l'intérêt de la Nation. Il est frappé par la malédiction. »

Ce jugement ne s'applique pas uniquement aux Malgaches mais aussi à d'autres peuples comme les Yoruba du Nigeria étudiés par Fadipe (1970 : 301) :

« Finally, greetings demonstrate good upbringing »

En conclusion, la salutation est une preuve de bonne éducation.

La structure de la salutation Betsimisaraka présente, par contre, une particularité.

Bien que la salutation dans ce texte soit très courte, on peut quand même distinguer trois étapes : d'abord une mise en contact, puis un souhait de bonheur, et enfin des interrogations sur la famille.

- La salutation est en premier lieu une mise en contact de deux personnes, c'est la première parole prononcée dans une conversation. Elle supprime la séparation entre deux personnes, établit les relations et entretient la cohésion familiale ou amicale. En effet, il faut noter que les deux formules énoncées auparavant ne sont applicables qu'aux Betsimisaraka qui se connaissent plus ou moins bien, ne serait-ce que de visage, et leurs proches amis. S'ils s'adressent à des personnes tout à fait inconnues (quoique betsimisaraka), ils disent simplement Akory?, Comment ça va ?, une formule plus générale. De toutes les manières, la salutation appelée ici ontsafa est une obligation sociale, un acte que chaque individu reconnu intelligent doit accomplir.

En règle générale, c'est la femme qui salue l'homme en premier (contrairement  à la coutume occidentale), le cadet en fait autant pour l'aîné et ainsi de suite suivant l'âge entre hommes et entre femmes. Mais la position sociale, l'ancienne hiérarchie féodale6 et, surtout actuellement la puissance politique et/ou économique entrent aussi en considération. Plus un homme (ou une femme épouse d'une autorité quelconque) occupe une place élevée dans l'Administration, et plus il est riche, plus il (ou elle) gagne aussi en respect. La salutation exprime ainsi le statut social de l'individu.7

En outre, la salutation est réciproque. C'est la signification du verbe m-if-añ-ontsafa dans lequel nous relevons l'infixe -if- de la réciprocité dans la langue malgache. Si la première personne marque son respect en saluant la seconde, celle-ci se doit de répondre et de lui rendre cette marque de respect. Une attitude contraire est interprétée comme une insulte qui porterait atteinte aux liens sacrés de la parenté symbolisés par la "grande maison" familiale (au sens large) ou trañobe, parce que par la salutation, l'être humain montre aussi sa sagesse, il se distingue de l'animal.

- Le souhait de bonheur sous forme de prière est la deuxième étape de la salutation. La formule utilisée est :

Ten'Andriamanitra8

Que Dieu vous bénisse

Cette formule ne doit pas être séparée de la salutation. Nous l'avons vu précédemment sur la citation de M. Rasamuel au sujet du kabary.  C'est inhérent à la pensée malgache.

Michel Andrianarahinjaka (1965 : 62) explique comme suit l'interprétation de l’arahaba, « salutation » et du firarian-tsoa, « souhait de bonheur »  dans les discours traditionnels :

« Les Malgaches conçoivent deux sociétés de nature différente qui ne se reposent pas sur les mêmes valeurs : d'une part la société ancestrale qui associe dans une communauté mystique les vivants et les morts, de l'autre celle (la société civile)... qui se compose uniquement des vivants. »

- Les interrogations sur la famille et les nouvelles que chacun des interlocuteurs a vues ou entendues sur son passage, tant les bonnes (naissances, fêtes, arrivée d'un ami étranger...) que les mauvaises (décès, maladies...), constituent la troisième étape de la salutation. Les échanges de lettres sont assez récentes dans la société betsimisaraka et encore très peu utilisées dans les régions reculées, sauf pour les invitations aux festivités traditionnelles où la présence de tous les membres de la famille est obligatoire. Pour ces invitations,  on n’a pas besoin d’un papier spécial imprimé mais une simple feuille de cahier ordinaire suffit. Ainsi, le moyen d'information local par excellence reste toujours la transmission verbale occasionnelle. Dans la plupart des cas, les nouvelles se répandent largement et assez rapidement, mais les risques de déformation n'en demeurent pas moins aussi évidents.

Avant de quitter cette étude sur les séquences chantées, il nous semble utile de considérer les noms de personne qui figurent dans ce lahateny. Baba et Aia, sont des appellations bien betsimisaraka, mais les générations actuelles les utilisent de moins en moins par influence du français surtout et les substituent par « papa » et « mama ». De même, les filles et les femmes étaient généralement dénommées Poraka, et les garçons et les jeunes gens Boto au moins jusqu'à leur mariage. Or, actuellement, la nécessité d'une certaine individualisation, comme les inscriptions à la maternité ou à l'école, ainsi que les diverses affaires administratives, oblige les paysans à prendre des noms propres d'emploi moins général. Ces anciennes appellations commencent à être progressivement délaissées.

Si les paroles de ces deux séquences chantées traduisent parfaitement la mentalité betsimisaraka, l'air de la chanson (les deux séquences ont une musique identique) est, par contre, complètement inspiré de l'extérieur. Il se rapproche des cantiques religieux provenant des Hautes Terres, ceux-là même traduits des cantiques protestants étrangers plus particulièrement britanniques. L'alternance même d'une voix basse (d'homme) avec une voix aiguë (de femme), à l'intérieur d'un même couplet, est inconnue des chansons traditionnelles locales.

Il est intéressant de noter les rimes simples ou plates de certains vers (chaque ligne), qui montrent par ailleurs le stade d'apprentissage où se trouve encore l'auteur :

Betsimisaraka tsy notapohan-drano la bitika koza

Boky matsiro aman-tsaina hano karaha mena-poza

Korokorom-bary tsy ialam-pizofizo, hamboly tsy malaka

Korokoron-doha tsy mampiasa ny azo ka zovy no halaka ?

A l'écriture, les vers semblent avoir des longueurs différentes, mais en général, ils gardent à peu près le même nombre de syllabes, variant de dix-huit à dix-neuf :

E-  la- be- za-  ny- tsy-  ni- a- dy- ta-  re- ky-  fa-  a-  zo- ni-  nô-  na

1   2    3     4    5    6     7   8   9   10   11  12   13  14  15   16  17    18

Cette légère variation ne gêne pas le récitant, parce que certaines de ces syllabes sont plus accentuées que d'autres, et cela donne un rythme et une cadence habituels aux Malgaches. Ce qui a amené Dandouau à faire la remarque suivante :

"Il n'y a ni rime, ni assonance, le refrain qui est répété après chaque phrase en tient lieu. Le nombre de syllabes peut être quelconque. Toutefois, il existe dans le plus grand nombre des chansons une sorte de mesure, de rythme qui, par sa cadence, ne permet pas au couplet de dépasser une certaine longueur." (Dandouau 1913 : 49)

Dans certains vers du texte, l'accent se trouve à la première syllabe, dans d'autres à la deuxième et même à la troisième, mais le rythme de la récitation est toujours maintenu. Le nombre de ces syllabes accentuées varie de une à six :

raha ta Ranhy mitanra be ny nandiàñaña  = 6 syllabes

Mitea tsara zeny nan-tany  = 4 syllabes

Avilày rofafa  = 2 syllabes

Ery  = 1 syllabe

Il n'y a pas non plus de strophes strictes.

On peut ainsi constater quelque imitation de la rime classique, due certainement à la formation (occidentale britannique) reçue par l'auteur de la poésie, qui est rappelons-le un instituteur de la mission anglicane9. Cependant, l'essentiel, c'est-à-dire l'allure de la poésie traditionnelle betsimisaraka est bien conservée. Cela apparaît encore plus si on regarde de près le contenu ou le fond de la poésie avec les métaphores, les anciens proverbes mélangés à l'art de la parole du poète.

Le poète, en produisant cette récitation avait un but précis : exhorter ses compatriotes, le peuple betsimisaraka, à aller à l'école, à apprendre et à élargir leurs connaissances, et par conséquent abandonner les superstitions, les croyances païennes, le totémisme, etc. En d'autres termes, par la poésie il exécute la tâche que s'étaient assignés les missionnaires chrétiens depuis leur entrée dans l'Ile : enseignement en parallèle avec évangélisation10. Cette exhortation est clairement exprimée dans les vers 36 et 37 pour l'Ecole et dans les vers 46 et 47 pour la propagation de la foi chrétienne. L'allure de ce poème et la façon de s'exprimer ne diffèrent pas beaucoup du genre traditionnel spécifique de cette région orientale appelé tokatoka  composé de chanson et de discours assonancés. Dans le tokatoka, l'orateur n'oublie jamais de se présenter et de se vanter d'être le roi de la parole, proclamant toujours vôlana an-talan-doha tsy mety lany , "les mots dans ma tête sont inépuisables".

Nous retrouvons chez notre poète, dans ce texte une attitude identique. Pour mettre en confiance son auditoire, dès le début de son élocution, il informe l'assistance comme le fait l’orateur traditionnel appelé vavanjaka, source de la parole11, qu'il n'est pas étranger dans la région mais un vrai originaire du pays "pur betsimisaraka" (v. 14).

Ensuite, en fin psychologue, afin de faire accepter son autorité, il rappelle qu'il est en mesure de prendre la parole parce qu'il est différent des autres, il a acquis des connaissances hors du commun et il est expert en la matière (v. 16-17). D'ailleurs, le vers 16 est une expression fréquemment utilisée par les spécialistes des chants traditionnels montrant qu’il se distingue des autres sous la forme :

Mandehandeha mahita raha,

Celui qui voyage voit beaucoup de choses.

Notre poète utilise et manipule bien des expressions facilement accessibles à tout le monde, avec des métaphores et des comparaisons usuellement rencontrées dans la vie quotidienne : livre// crabe (v. 15), cerveau// brochette, des mets dont la préparation nécessite de multiples soins (v. 40)...

Il maîtrise encore des mots anciens typiquement betsimisaraka tels que aia, mère (v. 10) ; iazana, grand-père (v. 26) ; ngalifantsy, les sages, les anciens (v. 30) ; entoña chemin (v. 30), (aujourd'hui, on emploie plutôt lalan-kely pour désigner les pistes à travers forêt et marécage, et arabe pour les anciennes routes carrossables, devenues aussi par la suite des pistes).

Mais pour se faire bien comprendre et afin de persuader encore plus ses élèves, il prend à son compte la croyance traditionnelle aux ancêtres et le respect des aïeux. Il n'hésite pas à se servir de ces pensées profondément ancrées dans la tête des Betsimisaraka depuis des générations, pour les orienter dans la direction qu’il désire. Dans le dernier paragraphe, il appelle les razana, comme le font habituellement les prêtres tangalamena12 dans les incantations tsitsika, à venir non seulement pour une quelconque bénédiction, mais à participer effectivement au bien-être de leurs descendants. C’est une très habile manœuvre pédagogique de sa part : entrer dans le mode de pensée de ceux à qui on veut transmettre  un message et dont on veut changer ou transformer la mentalité. Cette méthode d'éducation, d'instruction et d'évangélisation s'est révélée très efficace. Malheureusement, elle n'a pas été souvent adoptée, les missionnaires chrétiens se sont trop empressés de condamner à priori tout ce qui touchait à la religion traditionnelle ou aux ancêtres. Beaucoup de prêtres et d’intellectuels nationaux ont par la suite suivi la même voie. Cette attitude négative a, dans un certains sens, entraîné aujourd'hui le déracinement des uns (au Centre de l’Ile) ou le refus catégorique des autres (dans d’autres régions) au christianisme, ce qui a provoqué des clivages dans la société.

Néanmoins, on reconnaît aussi dans ce lahateny l'enseignant ayant reçu une formation occidentale. Il emploie des mots, certes déjà admis par la population à cette époque, mais qui n'en demeurent pas moins d'origine étrangère, inconnus dans le monde traditionnel, tels que boky (v 15, 32), sekoly (v 36) imités respectivement de l'anglais book et school, ainsi que gazety et kahie (v 31) provenant du français gazette et cahier. L’empreinte d’un mode de pensée étranger apparaît également dans la manière de parler, donnant des ordres directes et précis Avilay (v 23) abandonnez, Asondroty (v 33) élevez, Esory, enlevez (v 48). Le malgache "traditionnel" s'interdit habituellement de parler d'une façon aussi brusque. Il préfère utiliser une phrase plus souple et détournée, qui respecte son interlocuteur en le laissant réfléchir.

En conclusion, on retiendra que ce poème, créé vers 1940, à une période où l'écriture commençait à s'installer, marque le passage de l'oral à l'écrit, grâce à l'expansion de l'Ecole. En effet, l'Ecole (avec l'Eglise), introduite dans la région par les missionnaires chrétiens dès les années 1880, se répandait progressivement. Un certain nombre  d'hommes ayant aujourd'hui 60 ans savent lire et écrire, et sont toujours capables de bien réciter (presque sans faute) ce lahateny malgré le temps.

Ce texte révèle l'état d'esprit des scolarisés au milieu du 20e siècle. Dans la plupart des cas, ils vivaient toujours dans la tradition betsimisaraka, respectaient les coutumes, la langue et les ancêtres. Mais aussi, ils aspiraient à un changement de mentalité qui permettrait à leur région de s’ouvrir au progrès véhiculé par l’écriture. Si la notion de "progrès" fandrosoana dans la littérature écrite à cette période de la colonisation était liée à la “Recherche de l’identité malgache perdue”, Mitady ny very, face à la civilisation occidentale envahissante (Ravoajanahary 1973), ici une telle contradiction n’indisposait pas les auditeurs, en l’occurrence les élèves malgaches. Ces derniers pouvaient trier ce qui les intéressait.

Ce qui nous attire le plus dans ce lahateny intitulé Betsimisaraka, c'est la façon tout à fait remarquable dont le poète émet son message, sa manière de le faire parvenir à son audience, pour que cette dernière, non seulement le reçoive mais l’accepte. Le courant passe, dit-on dans le langage quotidien, puisque l’émetteur et le récepteur se trouvent sur une même longueur d’onde. Les élèves ont retenu jusqu’à nos jours la leçon, parce qu’il y avait une entente parfaite entre eux et leur maître. Ce dernier parlait le même langage qu’eux, dans un « cadre de référence », une vision de monde identique. Il faisait introduire des connaissances, des idées nouvelles dans une langue quotidienne, d’une manière traditionnelle, simple et familière.

Par contre, on retrouve rarement cette façon de penser et de parler dans la société malgache actuelle. L’ensemble des intellectuels, ceux qui dirigent le pays, font trop souvent des discours différents de ceux du peuple. Ils parlent un autre langage, incompréhensible à la majeure partie de la population. Les uns s’expriment souvent dans une langue étrangère, et les autres, bien qu’ils parlent dans la langue nationale, pensent par contre dans un monde extérieur, et raisonnent dans la logique occidentale où, dans la plupart des cas, on les a formés. Ils n'arrivent plus à comprendre la pensée de la masse populaire de leur pays. D’où une certaine  cassure qui apparaît dans la nation. Toutes les actions de développement du pays (qui peut s’étendre à maints pays africains anciennement colonisés) souffrent de cette incompréhension des deux groupes composant la population.

Certes, entre la réception du message et la mise en œuvre de l’exécution des travaux, il y a encore une distance à franchir. Pourtant une bonne réception constitue toujours une étape nécessaire à toute action. Un soi-disant bon projet, incompris ou mal compris, échouera inévitablement. Or le vrai développement d’une nation nécessite la cohésion totale de sa population. Le progrès requiert l’union des forces de toutes les couches qui constituent cette nation.

Ceci explique l’importance de la langue nationale et de la littérature orale dans une société où l’écriture ne domine pas encore la vie quotidienne comme à Madagascar et dans les pays africains. Cette littérature constitue un moyen de communication et d’éducation non négligeable. Elle contient et véhicule l’identité culturelle de la nation. Elle se présente donc comme un facteur  certain  pour la cohésion et le développement national. Malheureusement, elle est mal connue tant à l’intérieur qu’à l’extérieur comme l’a souligné Lee Haring13.  Les valeurs et l’énorme  potentialité qu’on peut tirer de la littérature orale  dans l’enseignement des enfants restent incomprises, et elle est même taxée par certains de « païenne » et « primitive », indigne du développement moral des enfants, fait remarquer  Nana Abarry (1994) qui a étudié la nécessité d’introduire la littérature orale dans les écoles ghanéennes.14

La littérature en elle-même est un reflet, un produit de la société, mais en retour elle agit aussi sur cette société. Elle évolue suivant la dynamique de la société, en même temps qu’elle participe à son évolution.



Bibliographie

Abarry N.: 1994. Teaching Akan oral literature in Ghanaian schools. Journal of Black Studies, Vol. 24, 3, Special issue : 308-328.

Dandouau A. : 1913. Chansons tsimihety, Bulletin de l’Académie Malgache, Vol XI, Antananarivo.

Durkheim E. : 1992. Education et Sociologie (1re ed. 1922), Le Sociologue, Paris : PUF.

Eno Belinga S.M. & M.F. Minyono-Nkodo : 1978. Poésies orales, Saint-Paul, France.

Haring L. : Verbal Arts in Madagascar, Performance in Historical Perspective ; Philadelphia : University of Pennsylvania Press, USA.

Lévi-Strauss C. : 1985. Anthropologie Structurale, (1re ed. 1958), Paris : Plon.

Michel-Andrianarahinjaka L.X. : 1963. Interprétation de l'Arahaba et du Firarian-tsoa dans les discours traditionnels, Bulletin de l’Académie Malgache, tome XLI, 61-63.

Michel-Andrianarahinjaka L.X. : 1968. La poésie tsimihety, Annales de l’Université de Madagascar, Série Lettres et Sciences Humaines, 8 : 17-37, 9 : 73-96.

Nicolai R. : 1983. Problèmes des politiques linguistiques en Afrique noire francophone. Paris : BLACT, 34, 20-22.

Rasamuel M. (Rév.): 1986. Kabary am-panambadiana sy amin'ny fanasana. Antananarivo : Imarivolanitra.

Ravoajanahary C.: 1973. Tantaran'ny Haisoratra Malagasy 1896-1915, Fizarana I – II, Sampana Teny sy Haisoratra Malagasy, Antananarivo.

Razafiarivony M. : 1991. Littérature orale et Développement, Problème de recherche et de considération, Colloque International sur La Recherche, facteur déterminant du développement.

Razafiarivony M. : 1995. Société et Littérature orale betsimisaraka d'Anosibe an'ala : pauvreté matérielle et richesses culturelles, Thèse de Doctorat Nouveau régime, Paris : INALCO, 2 tomes.

Notes de bas de page

1 La première véritable école qui s’est par la suite élargie dans toute l’Ile, a été ouverte au Palais de la Reine à Antananarivo le 8 décembre 1820 par le missionnaire de la London Missionary Society David Jones. Elle portait alors le nom de Central School.
2 Le tareky est une disposition particulière des grains de sikidy (divination) qui permet au devin de le lire et de l’interpréter
3 Pour les analphabètes, les écritures sont vues comme de la chiure
4 C’est un moyen de se rappeler de quelque chose qu’on a peur d’oublier
5Tsiny : croyance à un mal quelconque qui va inévitablement arriver si l'on ne "l'enlève" avant de parler, c'est-à-dire si l'on ne respecte pas la tradition ni les coutumes.
6Les descendants des groupes vaincus pendant la période des guerres intestines, devenus ainsi des esclaves, occupent encore dans la société betsimisaraka actuelle des positions inférieures puisqu’ils n’ont pas de terre à cultiver
7 Au sein de la royauté merina du 19e siècle, les membres de la noblesse étaient salués par tsarava tompoko ô, est-ce que vous êtes bien Monsieur ou Madame?  Tandis que ceux de la bourgeoisie les Hova et les autres classes étaient simplement interpellés par akôsy ou Manahoana tompoko ô ? Comment ça va Monsieur ou Madame ? Cette distinction s’est encore prolongée longtemps pendant la période de la colonisation.
8 (ho) tahian’Andriamanitra en écriture officielle.
9 La Société anglicane Society for the Propagation of the Gospel ou SPG est entrée à Madagascar en 1864, et elle était la première mission chrétienne à s’installer dans cette région du Centre Est Betsimisaraka à la fin du 19e début 20e siècle.
10 Avant la colonisation,  pendant la période royale, le maître d’école apprenait les élèves à lire par des versets bibliques.
11 Le vavanjaka est le spécialiste du kabary dans la société traditionnelle betsimisaraka. Il est élu par les membres du village pour parler à toutes les occasions, aussi bien  aux rites traditionnels qu’aux visites des autorités administratives.
12 Le tangalamena, littéralement canne rouge, est un homme mûr élu par les adultes de la grande famille tranobe pour faire respecter la tradition, parler à Zanahary et aux ancêtres lors des rites traditionnels et leur offrir le sacrifice (zébu ou vache suivant le rite concerné) en frappant ce dernier par une canne sacrée rougie par l’usage et le temps qu’il détient chez lui, d’où son nom tangala mena = canne rouge.
13 « No oral literature has been more obscure to English reader than the verbal art of Madagascar, the fourth island in the world, lying in the Indian Ocean 260 miles east of Mozambique. What little the English speaking world today knows of Madagascar is mostly television documentary of « folklore », in the ordinary sense of lies ». Lee Haring 1992, Verbal Arts in Madagascar : 1
14 « In some quarters , aspects of this oral literature are still being condemned as ‘heathen’ and ‘primitive’ and, as  such, are injurious to the moral development of Ghanaian children. Such thinking could only emanate from a lack of understanding of the real nature of oral literature and the meaningful role it can play in the educational process » Nana Abarry 1994,  « Teaching Akan oral literature in Ghanaian schools »

Pour citer cet article


Michel Razafiarivony. «La poésie orale, un bon moyen d'éducation». TALOHA, numéro 14-15, 28 septembre 2005, http://www.taloha.info/document.php?id=110.




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