Article

A propos d’un conte sur l’origine du bœuf


L. Modeste Rakotondrasoa, anthropologue, ICMAA, lmodesterakotondrasoa@gmail.com.

Date de mise en ligne : 20 octobre 2012

Résumé

Cet article se voudrait être une mise au point sur l’existence de mythes à Madagascar. L’intitulé de l’ouvrage de François Noiret sur le mythe d’Ibonia1 va à contre-pied de l’affirmation de Decary selon laquelle les Malagasy n’inventent plus de conte ; mais se contentent d’en répéter. Le récit suivant entre de plain pied dans la discussion et propose que le conte malagasy sur l’origine des bœufs soit un mythe. Prenant l’exemple d’un récit légendaire éthiopien d’origine du café, il montre que le conte malagasy d’origine du bœuf a la même structure et a un rapport étroit avec l’histoire réelle. En effet, une des possibles venues du bœuf malagasy sur l’île s’est faite par la mer en suivant les courants marins. Ces derniers ont déjà été étudiés auparavant par des chercheurs qui ont écrit dans Taloha, la revue de l’ICMAA ; nous voulons mettre en exergue la vérité de ces affirmations et leur mise en relation avec un des possibles peuplements de l’île : la venue par la mer à l’aide des courants marins.

Abstract

This article aims at clarifying the issue of the existence of myths in Madagascar. The title of François Noiret’s book on the myth of Ibonia contradicts the assertion of Decary according to which the Malagasy invent no more tales, but are content with repeating the same ones.  The following account enters the debate at once and suggests that the Malagasy tale on the origin of oxen is a myth.

Taking the example of an Ethiopian legendary account about the origin of coffee, it shows that the Malagasy tale of the origin of the ox has the same structure as, and a close relationship with real history. Indeed one of the possible ways of coming to the island for the Malagasy ox was by sea, by following  marine currents. The latter were already studied earlier by researchers who wrote in Taloha, the journal of the ICMAA; we want to emphasize the truth of these assertions and their link with one of the possible ways of peoplement of the island, i.e. arrival by sea by using marine currents.

Riassunto

Ity lahatsoratra ity dia mampisongadina ny fisian’ny “mythe” eto Madagasikara. Ny lohatenin’ny asa soratr’i F. Noiret momba ny mythe-n’ibonia dia mifanohitra amin’ny lazain’i Decary hoe tsy mamorona angano intsony ny Malagasy fa mamerina fotsiny. Hamafisin’ny mpanoratra eto fa ny tantaran’ny Malagasy momba ny niavian’ny omby dia tena mythe. Nalainy ohatra tamin’izany ny lovantsofina etiopiana iray momba ny niavian’ny kafe. Ny tantara Malagasy momba ny niavian’ny omby hoy izy dia mitovy firafitra amin’io ary mifanaraka amin’ny zava-misy marina. Isan’ny petra-kevitra iray momba ny nahatongavan’ny omby teto Madagasikara mantsy ny hoe niavian’izy ireo avy an-dranomasina nanaraka ny rian-drano. Efa maro ny mpikaroka teto amin’ny Taloha nampisongadina ny fiavian’ny mponina teto Madagasikara nanaraka ny rian-drano io, ka tian’ny mpanoratra hamafisina.

Table des matières

Texte intégral

L’origine réelle des bœufs malagasy, dont l’introduction est fort ancienne2, a donné lieu à de nombreuses discussions. Grandidier a donné la description d’une espèce subfossile, qu’il a appelée Bos madagascariensis. Le zébu actuel est classé par certains dans l’espèce Bos indicus, alors que d’autres le rattachent à la race africaine Bos africanus ; d’autres encore placent en Asie son origine primitive, et voient son passage en Afrique, où l’espèce se serait légèrement modifiée ; puis de là, à Madagascar où l’habitat insulaire l’aurait encore éloigné du type originel. Joleaud, enfin, suppose que le zébu a été introduit à Madagascar par les Bantous, antérieurement aux invasions malayo-polynésiennes. Ajoutons enfin qu’il existe dans l’Ile plusieurs races de zébus, dont le nombre varie, du reste, suivant les auteurs. Cette affirmation est corroborée par le fait que le zébu malagasy appartient à la famille des bœufs asiatiques qui sont passés par l’Afrique (Bos taurus indicus)3.

Sur le plan de l’anthropologie linguistique, un article récent de Roger Blench donne en page 25 toutes les réalisations du terme omby dans les différentes ethnies malagasy et leur provenance de la langue bantoue4 ;

Le récit qui nous intéresse ici se rencontre dans tout Madagascar : c’est un conte sur l’origine du bœuf. La recherche ne va certainement pas arriver à son terme, mais elle permettrait cependant d’émettre une hypothèse vérifiable sur une des origines du bœuf à Madagascar.

Dans les présents contes recueillis sur la partie sud-ouest de l’île, notre préoccupation de vouloir mettre en parallèle le conte avec l’histoire semblerait assez bien fondée.

Le conte est présent en deux versions dans le livre de Raymond Decary intitulé Contes et légendes du sud-ouest de Madagascar (1964).

Ce livre est difficilement accessible au public, aussi reproduisons-nous ici les deux versions du conte (pp 42-47) qui se rencontre encore dans plusieurs régions de la Grande Ile.

« Il y avait, dit-on, deux hommes qui étaient à la pêche des poissons. Quatre bœufs sortirent de la mer et approchèrent ces deux pêcheurs. Arrivés là, ils demandèrent aux pêcheurs le chemin qui va à l’est, sur le plateau. Ces deux hommes leur indiquèrent le chemin.

Les quatre bœufs marchaient. Arrivés dans un village, les habitants disaient : « Chassez ces biby-là »5. Enfin, ils arrivèrent dans un autre village où ils mangèrent une maison. En voyant cela, un homme dit : « allons faire un parc pour ces animaux-là ». Quand le parc a été fini, il les fit entrer. Depuis ce temps-là, il a commencé à garder ces animaux. Mais lorsqu’un d’eux avait un petit, c'est-à-dire la femelle, elle meugle en disant : Mbo ! Mbo ! etc. En entendant son meuglement, l’homme avait dit : « C’est un bœuf parce que sa voix dit : Mbo ! Mbo ! » D’où son nom reste jusqu’à actuellement. »

Decary rapporte qu’un autre conte, recueilli chez les Betsimisaraka par Renel, fait sortir le premier bœuf d’un marais. « Un jour, des gens virent la terre d’un marais remuer. Ils creusèrent et mirent à jour un objet arrondi, couvert de poils. « Il ne peut pas sortir (Tsy omby), criaient les uns. – Il peut sortir (omby), criaient les autres ». Alors, par un puissant effort, sortit de la vase un gros animal ayant une bosse et des cornes, auquel on donna le nom de omby (bœuf), en souvenir du mot que répétaient ceux qui avaient assisté à sa sortie du marais ».6.

Une autre croyance largement répandue dans le Sud rapporte aussi que les bœufs tireraient leur origine des eaux. Elle pourrait s’expliquer, d’après Julien, par ce fait que, depuis l’embouchure du Mangoky jusqu’au cap Sainte Marie, l’eau douce, extrêmement rare sur la terre ferme, sourd de la mer en nombre de points de la côte sous forme de suintements, et parfois de fontaines jaillissantes. Les bœufs, guidés par l’instinct, s’engagent souvent loin dans les flots salés et, en longues théories, vont boire l’eau douce qui remonte en bouillonnant à la surface de la mer. Le retour à la terre ferme d’animaux aussi peu marins que les bœufs peut avoir fait naître l’idée que ces animaux tireraient leur origine de l’océan (G. Julien. Le culte du bœuf à Madagascar. Rev. d’Ethnogr. Et des Trad. Populaires, N° 19, 1024, p. 246.). »

« Jadis, à une époque tout à fait reculée, il y avait, dit-on, un pauvre homme appelé Tsiomby, qui habitait dans le pays Ménabé, région de Morondava (Tsiomby signifie : qui n’a point de place7. Il se nomme ainsi car tout le monde le détestait. Quand il mendiait au seuil de la porte ou qu’il suppliait d’entrer, on le questionnait : « Comment t’appelles-tu ? — Tsiomby ». Tout en riant, toute la chambrée disait : « Va t’en, chien de peau noire, puisque ton nom t’empêche de pénétrer ».

Confus, ne trouvant rien à manger dans les villages, Tsiomby vient s’établir au bord de la mer, sur une plage bien choisie. Là, il construit une haie8 dans laquelle il cultiva beaucoup de plantes sauvages. Pour avoir de quoi manger, il faisait de nombreuses excursions dans la forêt voisine fournissant des fruits nourrissants.

Les plantes de Tsiomby fleurissaient. Un grand nombre d’animaux marins et forestiers en étaient alléchés. Pendant l’absence de l’isolé, ses trésors étaient abîmés. Tsiomby, très en colère, prépara un piège. Un monstre de la mer fut pris. Cette victime gigantesque, armée de deux cornes pointues, douée d’une couleur rouge pourprée, lui inspira une effrayeur (sic) si intense qu’il s’éloigna pour réfléchir. Il se décida de la laisser tranquille durant deux jours de façon qu’elle fût affaiblie par la faim. La malheureuse bête tomba dans l’inanition. L’exilé en profita et, avec un cordage, l’attacha fortement.

Tsiomby l’élevait avec soin. A la longue, l’animal devenait domestique. Il s’appelait Menabé (rouge vif). Menabé avait été enceinte quand elle était arrêtée. Après quatre mois, voilà qu’elle mit au monde un petit du sexe mâle.

Les bestiaux de Tsiomby se multipliaient. Les couleurs étaient variées. Au préalable9, les hommes les dénommaient Tsiomby ; ils chérissaient bien leur propriétaire10 ; alors ils le déclarèrent leur roi plus tard.

Le roi est toujours respectable. Personne n’ose l’appeler par un mauvais nom. Or Tsiomby se change en Omby. Les animaux sont aussi désignés omby. L’influence du roi Omby est stricte. Pouvoir et réputation se trouvent dans une extrême exagération. Ses sujets le traitent comme un Dieu. En cas de maladie, ils consultent Omby, soit pour délivrer des médicaments efficaces, soit pour faire des paroles magiques capables de guérir. Aujourd’hui même, ceux qui savent employer des remèdes s’appellent ombiasa (ombi=omby ou Dieu ; àsa= œuvres ; ombiasa=qui sait pratiquer les œuvres de l’Omby ou de Dieu, ou tout court, le guérisseur). C’est encore dans la même raison que les malgaches ont tendance, à chaque misère, de sacrifier un bœuf (omby) à leur Dieu Omby, de manière qu’ils en obtiennent secours et bonheur sain.

Telle est, d’après une légende, l’origine du bœuf et du nom malgache omby. Jusqu’à présent, certaines régions de Morondava ont le nom de Menabé, pays natal des bœufs. Voilà pourquoi, dit-on, les Sakalava du Menabé possèdent d’immenses troupeaux de bœufs.

On imagine que le Canal de Mozambique abrite encore des zébus11 »

Plus de quarante années après la collecte de ces contes par Decary, nous pensons qu’il est légitime d’y revenir. Notre analyse comprendra trois étapes avant d’aboutir à une conclusion finale sur les relations entre histoire, contes et sciences : Analyse des contes sur l’origine des bœufs, l’hypothèse des courants marins et l’aventure du Sarimanok.

La première conclusion qu’on peut tirer de ces contes est que l’origine du bœuf12 est marine. Il faut noter que plusieurs contes parmi les plus caractéristiques de ceux de Madagascar parlent d’une traversée des Eaux, ainsi par exemple le conte de Tsimamangafalahy, Point-N’achète-C’est-un-Mâle. L’existence de cette traversée dans les contes malagasy pourrait être mise en relation avec le conte sur l’origine des bœufs d’une certaine manière. D’autres contes encore parlent d’origine marine ; ainsi par exemple un conte d’origine de la femme qu’on rencontre chez les populations du sud malagasy13.

Une autre remarque concerne la différenciation entre conte et mythe. On a toujours semblé dire que Madagascar n’a pas de mythe et même que les Malagasy n’inventent plus de conte ; mais se contentent d’en répéter. Selon Claude Lévi-Strauss14, le mythe caractérise une population qui vit son histoire : une société sans mythe est ainsi une société sans histoire, qui n’attendrait plus rien de la vie. De la même façon, les études actuelles introduisent une certaine dynamique dans les contes, même actuels : les contes se transforment ! Tout ceci nous permet de dire que l’affirmation du début de paragraphe est entâchée d’une certaine idéologie peut-être dévalorisante ( ?). Ce que nous remarquons cependant, c’est que le mythe est présent en terre malagasy. Il en est ainsi de ce qu’on qualifie de contes d’origine. D’après Mircéa Eliade15, le mythe est au fondement de rites et de manières d’être ; en ce sens, le mythe relate en général des faits simples, sans fioritures. Si on prend les mythes d’origine (par exemple le mythe d’origine du tabac16) analysés par C. Lévi-Strauss, on ne décèle aucune différence avec le conte malagasy actuel sur l’origine du bœuf : tous les traits mythiques sont présents : la clarté et la brièveté, ainsi que le fait qu’il est au fondement de rites et de coutumes.

Tout ceci nous permettrait de dire que notre conte actuel sur l’origine du bœuf possède tous les traits pour en faire un mythe, une légende. D’après les chercheurs ayant réfléchi sur le genre, ceux-ci ont un fond de vérité qui les relie à l’histoire. C’est d’ailleurs ce fond de vérité que nous allons essayer de mettre au jour.

Une considération quasi-générale sur l’aire malagasy présente le bœuf comme d’origine aquatique. La note de Decary sur les bœufs qui nagent loin des côtes à la recherche des résurgences d’eau douce au milieu de la mer est vérifiée, mais fait dévier l’idée que nous voudrions mettre au jour : celle d’une origine marine de cet animal dans l’île.

Cette idée est assujettie au fait que les paléontologues n’ont pas encore mis en évidence une origine autochtone du zébu. Soulignons cependant que même si une origine indigène sera démontrée dans le futur, cela n’annule nullement le fait que des bœufs soient venus de l’extérieur de l’île, comme beaucoup d’autres éléments aussi.

Les mythes d’origine sont en général courts : ils présentent l’origine d’une chose ou plutôt la cause de l’origine et s’arrêtent. Dans les deux contes que nous avons ici –trois si l’on prend en considération le conte betsimisaraka de Charles Renel présenté par Decary– l’origine marine de l’animal est attestée. L’explication de Julien (« Les bœufs, guidés par l’instinct, s’engagent souvent loin dans les flots salés et, en longues théories, vont boire l’eau douce qui remonte en bouillonnant à la surface de la mer. Le retour à la terre ferme d’animaux aussi peu marins que les bœufs peut avoir fait naître l’idée que ces animaux tireraient leur origine de l’océan ») n’est satisfaisante que pour une partie infime du littoral malagasy alors que le conte se rencontre dans toute l’île.

Nous pensons qu’il y a ici matière à réflexion et prendre ce que dit le conte comme fond de vérité. Considérons dans ce conte peul sur l’origine du café les relations logiques entre le conte et la réalité.

Conte éthiopien sur l’origine du café : « Un paysan se rend compte que les chèvres qui broutaient les feuilles et les fruits rouges d'un arbuste devenaient robustes et hyperactifs. Il ramena cette plante et ses fruits au père supérieur du couvent. Après l'avoir entendu, celui-ci décréta que cet arbre est celui du diable. Il jeta les fruits dans le foyer. Une bonne odeur s'en dégageait qui attirait tous les prêtres. Excédé, le père jeta de l'eau sur le feu. L'odeur n'en fut que plus forte: c'est l'origine du café ».

Voici une deuxième version de ce conte:

« La légende de Kaldi. Aux environs de l’an 800, un berger musulman originaire de Kaffa (d’où le nom de café) au sud-ouest d’Addis-Abeba est en train de garder ses chèvres. L’une d’elles mange les feuilles d’un arbre et se met à sauter, toute excitée. Curieux, le jeune Kaldi essaie à son tour de manger les feuilles. Heureux de sa trouvaille, il la fait partager à des religieux qui s’en servent pour rester éveillés des nuits entières pour prier. Le café est découvert».17

Dans ce conte d’Ethiopie, l’origine du café, est d’emblée considérée comme historique. « Le propre du mythe est de fonder des comportements sociaux », a dit Mircéa Eliade dans Aspects du mythe. Il ajoute à propos des événements mythiques de la Bible que « des épisodes ne sont pas historiquement ‘authentiques’, tout en étant ‘vrais’ sur le plan spirituel. Mais il reconnaît également la difficulté de prouver l’historicité même d’un événement historique. » (p.202)

La relation vérité historique/événement mythique ; c’est-à-dire la relation entre l’histoire et le conte est donc très aléatoire et difficile à prouver. Cependant, comme nous le voyons avec le conte sur l’origine du café, certains contes d’origine sont proches de l’histoire.

Dans notre conte sur l’origine du bœuf qui se rencontre en général dans toute l’île, le bœuf n’était pas connu à ce moment-là. Son nom viendrait d’une aventure qui lui serait arrivée ; en général, du fait qu’il ait pu entrer ou sortir par la porte d’un parc, ou dans un autre enclos, ou par un trou dans l’eau des marais18 (Cf. ci-dessus le conte d’origine des bœufs chez les Betsimisaraka) ; Malzac et Abinal donne comme définition de « omby : adj. Suffisant, capable de contenir, qui contient ; arrivé, rendu, entré dans »19. En considération de sa taille, la remarque est pertinente : le bœuf est l’un des plus gros animaux actuels de Madagascar. En sortant de l’eau, il arrive à entrer dans un enclos, ou à sortir d’un passage étroit, etc. En fait, il est omby, suffisant.

Mais ce qui nous intéresse n’est pas tant son nom ou le sens qui y est rattaché par les gens que sa venue : il sort de la mer. Des recherches ultérieures à Decary montrent que le terme omby vient du mot africain angumbe qui le désigne aussi. Est-il concevable que d’un lieu extérieur à l’île malagasy, un ou des bœufs aient pu nager et arriver sur les côtes malagasy ? Nous ne faisons qu’esquisser ici la question.

L’une des hypothèses que nous voudrions mettre en relief est l’existence des courants marins.

Les courants marins sont des déplacements d’eau qui sont le fruit d’une différence de température. Les courants font partie des déplacements des éléments terrestres : il y a ainsi des courants atmosphériques, des courants marins et des courants magmatiques. Des hypothèses de science-fiction parlent même de courants spatiaux.

Les courants atmosphériques sont des déplacements d’air dans les différentes couches de l’atmosphère. Les courants marins sont des déplacements d’eau dans les couches de la mer. Les courants magmatiques sont des déplacements de matière dans les couches terrestres. Il s’agit en ce qui nous concerne ici des courants marins qui ont considérablement aidé les navigateurs dans l’histoire des voyages marins.

« Le plus connu des courants marins est le Gulf stream : c’est un courant chaud de l’Atlantique. Il doit sa naissance au courant des Caraîbes et aux eaux de la mer des Antilles qui se déversent par le canal de Floride. Il devient le courant nord-atlantique, se divise en branches multiples et se transforme en dérives diffuses. Par l’intermédiaire des vents d’ouest, il adoucit considérablement les climats de l’Europe occidentale.20 »

Les courants marins du canal de Mozambique et de l’Océan Indien sont autrement moins étudiés.

Dans les anciens numéros de notre revue Taloha, on en parle mais d’une manière incomplète qui ne permet pas de tirer des conclusions quant à nos questions. C’est dans le premier numéro de Taloha que nous allons considérer deux textes dont le premier est intitulé « le contexte océanique des anciennes migrations : vents et courants dans l’océan indien ». Ce texte a été écrit par Gérald Donque. L’autre extrait est un texte de Jean Valette « De l’origine des malgaches ». Il est y écrit que l’immigration vers Madagascar devait être antérieure à celle des Malais. Nous allons commencer par cet extrait pour cerner le cadre général des recherches antérieures, afin d’aborder le problème du courant marin.

« Une des grandes raisons qui avaient amené tous les auteurs à admettre l'origine africaine des Malgaches, c'est d'une part la proximité du continent africain et d'autre part le grand éloignement des terres orientales distantes de plus de 4.000 kms. Mais, dit Grandidier, les noirs d'Afrique sont et ont toujours été peu adonnés à la navigation, et les courants, qui sont contraires pour venir du continent à la Grande Ile, rendent difficile la traversée du Mozambique de l'Ouest vers l'Est, tandis que les noirs indo-mélanésiens sont d'excellents marins et le grand courant équatorial leur est favorable. Du reste, si l'on admet que l'Inde primitive et la presqu'île malaise ont été le point de départ d'où les noirs océaniens se sont répandus en Océanie, comme semblent l'attester les îlots ethniques que l'on retrouve encore dans les montagnes de l’Himalaya et de Vindhya, il est tout naturel qu'une branche se soit portée vers l'Ouest, pendant que d'autres sont allées vers l'Est, fuyant les invasions mongoliques et caucasiques qui eurent lieu dans le Sud de l'Asie plus de 2500 ans avant J.C. Il est en tout cas certain que l’immigration des Indo-mélanésiens à Madagascar a précédé l'ère chrétienne, car le malgache, contrairement aux langues de l'archipel asiatique, ne contient pas de mots d'origine sanscrite. » (Taloha 1 :19)

Ces quelques lignes tirées de l’article de Jean Valette sur l’origine des Malagasy montrent bien une certaine incompétence idéologique de l’époque : Madagascar étant une île, rien n’empêche a priori la venue des habitants de l’extérieur. L’île étant formée depuis des millénaires et l’homme depuis des milliers d’années, il est plus que probable que des êtres vivants aient atteint l’île de l’extérieur. Par ailleurs la preuve par l’absence ne prouve pas que l’île ne fut pas un berceau de l’homme. Notre proposition est de laisser ouverts les champs d’investigation ; investigation qui n’a jamais été faite d’une manière complète jusqu’à présent.

Trois points nous interpellent dans ce texte : la venue du peuplement du continent indien ; la venue du peuplement du continent africain, et les possibles datations. Comme nous l’avons dit, Madagascar étant une île, rien n’empêche l’arrivée de populations étrangères. En ce sens, toute datation sans preuve irréfutable se réduit à une idéologie. Pour nous, il suffit de considérer que des êtres vivants à Madagascar aient pu venir de plusieurs continents extérieurs ; on peut considérer les bœufs parmi ces êtres vivants. La question est de savoir comment ils seraient arrivés sur l’île. Aurait-ce été avec les populations humaines ? Ou aurait-ce été à la nage en suivant les courants marins ? Ou de quelle autre manière ?

Jean Valette écrit dans Taloha 1, p. 21 que « Julien savait pourtant que les Makoa sont des esclaves importés à une date très récente, et de ce fait leur migration n'a rien de volontaire et ne préjuge en rien de leurs qualités de marins. Il n'en aurait pas été de même des Vazimba, si, premiers habitants, ils étaient arrivés par leurs propres moyens ! Et Julien de continuer en relevant diverses traditions sur les Vazimba, tout en semblant condamner sa propre théorie en écrivant :

« Qu'il s'agisse de l'Océan Indien, du Pacifique ou de tout autre mer, on ne doit pas perdre de vue que les courants furent dans les temps anciens les meilleurs propagateurs de l'espèce humaine ». Cet argument n'est-il pas un des plus forts avancé ? »

Sans tenir compte des discussions pseudo-scientifiques puisque entachées de diverses idéologies qui soutiennent par exemple l’une, que les Malagasy viendraient d’Afrique, et l’autre qu’ils viendraient des îles océaniennes, ou même de la solution tangente qu’ils viendraient de l’Asie en passant par l’Afrique, nous soutenons que Madagascar étant une île, la plupart des choses qu’on y rencontre auraient pu provenir de l’extérieur, soit du continent africain tout proche, soit du continent asiatique tout proche aussi, si on tient compte des courants marins ; beaucoup de scientifiques ont tendance à délaisser ce dernier fait pour des raisons diverses21.

L’extrait de texte ci-dessus pose une chronologie en disant que les premiers arrivés sont les indo-mélanésiens, suivis des malais à une époque récente (XVIè siècle environ). Il semble que cette chronologie soit arbitraire et même entachée d’idéologie. Des recherches récentes sembleraient faire remonter plus loin cette chronologie ainsi que leur succession. Les hommes venant généralement avec leur culture et ainsi leurs animaux domestiques, ils auraient ramené avec eux les bœufs.

Récemment, dans les années quatre-vingts, sept aventuriers marins avaient tenté de rallier Madagascar en partant de Bali22, une île de l’Océan Indien qui par son langage et ses traits culturels, semble très proche des Malagasy. C’est l’histoire du Sarimanok. Sans une connaissance approfondie des courants marins, avec un trimaran à voile, ces aventuriers ont fait quelques 5000 km en deux mois, refaisant ainsi la route des premiers navigateurs océaniens. On peut supposer qu’une connaissance approfondie des courants marins aurait pu réduire ce temps de voyage.

Le livre qui relate cet exploit moderne a été édité chez Grasset en 1989. C’est un livre de 288 pages dont voici résumée l’aventure.

« En 1985, Bob Hobman et un équipage de six marins gagnaient un fabuleux pari : traverser l'océan Indien, de Bali à Madagascar, sur un trimaran de bambou comme l'avaient fait, il y a quelques milliers d'années, les premiers marins de la planète. Le « Sarimanok » (c'est le nom d'un petit oiseau porte-bonheur du Sud-Est asiatique) a été construit selon les techniques néolithiques disparues (aucun métal, seulement des matériaux organiques). De l'abattage de l'arbre qui, évidé, constitue la coque, au tissage des voiles, tout releva de prouesses hors du commun. La traversée, longue de 4 000 milles, sera une formidable épreuve. Pendant deux mois, les tempêtes se succèdent. A bord tout est trempé, la nourriture (à base de poisson séché) pourrit, un des hommes tombe malade, et l'équipage n'a rien à espérer du pétrolier norvégien qui croise sa route sans apercevoir ce fétu de paille sur l'océan. » http://www.librairiedialogues.fr/livre/695335-sarimanok-bob-hobman-grasset)

L’aventure du trimaran montre l’existence d’une route maritime directe de Madagascar vers les îles indo-océanniennes et retour. C’est une route qui semblait très fréquentée depuis des époques reculées comme tendraient à le démontrer de « nouvelles » conclusions scientifiques et des preuves historiques qu’on avait tendance à négliger. Il en est ainsi de l’existence de relations anciennes entre ces îles océaniennes démontrées par l’existence de poteries ou d’autres objets (porcelaines, marmites ou récipients en chloritoschiste sur les îles, sculpture d’animaux de forme inconnue, etc.)

En outre, l’existence de ces relations est prouvée aussi par des constructions communes : le canal des Pangalanes n’a pas été construit par Galliéni comme on tend souvent à le faire croire. Le nom du canal vient du malais Pang Kalan23 qui signifie bien route aquatique. Sa construction est logique : elle permet d’aller du nord au sud de l’île à l’abri des vagues de l’océan et dans une sécurité certaine.

Voici ce qu’écrit Jean Valette dans Taloha 1, p. 23 :

« Julien a consacré le premier chapitre de ses lnstitutions politiques et sociales de Madagascar à quelques « Considérations sur les premiers habitants de Madagascar ». Assez peu préparé à ce genre d'étude il en est réduit à partir des données de différents chercheurs, de linguistes en particulier. Avec Gauthier, il pense « que non seulement la langue malgache n'est qu'une simple branche du tronc malayo-polynésien, rnais encore s'est séparée de la famille indonésienne avant que l'influence du sanscrit s'y fut faite sentir, et que l'influence arabe en raison de la différence très marquée qu'elle revêt dans les vocabulaires malgache et rnalais, a dû s'exercer séparément sur les deux langues à une époque où elles étaient par conséquent distinctes ». Il y avait là, en partant de ces prémisses, un certain nombre de conclusions à tirer. Mais ce n'était pas le but de Julien, car, beaucoup plus ambitieux, c'est au delà de ces Océaniens que vont ses préoccupations, c'est à ce qu'ils appellent les vrais autochtones, ceux qui habitaient Madagascar avant les Océaniens. Et il n'hésite pas à formuler sa thèse : « Il ne nous paraît pas téméraire d'affirmer que les Africains y précédèrent tous autres immigrants ». Nous revenons ainsi à la thèse du peuplement africain, qu'il appuie sur des faits linguistiques. « Notre conviction est née de constatations que nous avons pu faire dès longtemps et à maintes reprises au cours de nos travaux. Elle est basée sur un fait linguistique de la plus haute importance, lequel réside en ce que presque aucun mot de la, famille malayo-polynésienne ne désigne les choses qui sont de l'essence même du milieu, tels les éléments de la faune et de la flore. La grande majorité des plantes et des animaux qui ne sont pas tous d’importation, sont désignés par des noms bantous ; il en est de même d'un grand nombre d'instruments ou d’ustensiles, d'objets mobiliers, des vêtements, termes fiscaux et administratifs, etc., preuve irréfutable que l'influence de civilisations africaines dans l’évolution de la civilisation malgache s'est exercée antérieurement à toutes autres, ainsi que le corrobore la signification de noms géographiques restés jusqu'ici inexpliqués et comptant parmi les plus anciens dont Ies légendes aient conservé le souvenir. »

Dans son article « le contexte océanique des anciennes migrations »(56), Gérald Donque écrit aussi qu’« Un (tel) itinéraire direct Java-Madagascar ne rencontre donc pas, a priori, d'obstacle insurmontable au cours de l'hiver austral, saison pendant laquelle les cyclones tropicaux sont absents de cette zone. »

Cette hypothèse semblerait affirmée par l’aventure du Sharimanok dont l’odyssée a duré deux mois. Dans notre hypothèse actuelle de l’itinéraire qui comporte une connaissance des courants marins, cette durée pourrait être considérablement raccourcie si l’on tient compte de ce que la vitesse d’un courant marin peut atteindre 10 km/heure.

Dans ce même article, Donque écrit que « le Contre-Courant Equatorial (est) dirigé d'Ouest en Est. En revanche, vers août-septembre, le Courant Sud-Equatorial, bien établi, puissant, frôle les rivages méridionaux de Java et suit une trajectoire très rectiligne le long du 10e parallèle Sud, de l'Australie du N.W. jusqu'au voisinage du Cap d'Ambre. Bien plus, des dérives ou des courants secondaires partant de l’extrémité occidentale de Java, voire de l'Ouest de Sumatra permettent, de ces îles, une liaison aisée avec le courant principal : les ponces dues à l'explosion du Krakatau, volcan situé entre Java et Sumatra, ont voyagé selon ce trajet qui les a fait en partie échouer sur les côtes malgaches. L'abordage, dans l'hypothèse de l’utilisation de cette route maritime naturelle, aurait donc pu se faire entre la baie d’Antongil et le cap d’Ambre bien qu'en utilisant les courants secondaires qui, à partir des longitudes de 50-60° E portent vers le S.W., il y ait eu la possibilité, encore une fois toute théorique du débarquement sur les secteurs les plus méridionaux des côtes orientales de Madagascar et même, en continuant la circumnavigation dans le secteur côtier Cap Sainte-Marie - Tuléar – Morondava24. Un tel itineraire direct .Java-Madagascar ne rencontre donc pas, à priori, d'obstacle insurmontable au cours de l'hiver austral, saison pendant laquelle les cyclones tropicaux sont absents de cette zone. »(56)

En conclusion de cette ébauche, nous pouvons affirmer que l’île de Madagascar a été de tout temps en relation avec les îles de l’Océan Indien et sans doute aussi avec l’Afrique. Le bœuf malagasy serait ainsi arrivé à Madagascar grâce aux courants marins, peut-être avec les premiers navigateurs, le bœuf nageant dans le courant, les hommes l’escortant en suivant eux aussi le courant25. Les premières embarcations ne pouvaient pas prendre les bœufs à bord.

Et cette conclusion est seulement reproduite fidèlement par le mythe sur l’origine du bœuf.

Toujours dans cet ordre d’idées, le canal des Pangalanes n’aurait-il pas été construit pour permettre de reprendre le courant marin pendant le moment de l’année propice où le voyage Madagascar-Océanie est possible après que nous ayons vu l’autre période de l’année où le voyage Océanie-Madagascar peut se faire avec les bœufs même à la nage ?

Plus loin dans cette hypothèse, la traversée des Eaux du « mythe »26 d’Ibonia serait aussi une reproduction fidèle d’une réalité connue à une certaine époque ainsi que peut-être aussi le conte d’origine de la femme chez les Mahafaly ou d’Ampelamanañisa, Femme-à-Ouïes chez les autres populations du sud-ouest malagasy. Pour conclure, nous proposerions de classer ces familles de contes malagasy d’origine comme mythes, à la suite de François Noiret et de Razafiarivony Michel27.



Bibliographie

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Légende du café in http://www.altereco.com/fr/nos-produits_fiche_13_cafe-awasa-pur-arabica-moka-d-ethiopie.html, Visité le 06/2011  ou www.afrik.com/article11660.html, visité le  01/11/2012

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Tanambelo V.R. Rasolondrainy, 2012, « Discovery of Rock Paintings and Libyco-Berber inscription from the upper Onilahy, Isalo Region, Southern Madagascar » in Studies in the African Past Vol 10 The Journal of African Archaeology Network.

Notes de bas de page

1 Noiret F., 1993 : Le mythe d’Ibonia, Foi et Justice, Fianarantsoa.
2 Nous reportons à l’article récent de Tanambelo V. R. Rasolondrainy « Discovery of Rock Paintings and Libyco-Berber inscription from the upper Onilahy, Isalo Region, Southwestern Madagascar » où les dessins rupestres de la p. 180 et suiv. montrent des zébus peints.
3 Cf dans ce même ouvrage l’étude de Rakotozafy Lucien. et Ranaivo Rabetokotany Nelly : « Le zébu dans les traditions de la Commune de Sandrandahy Fisakana atsimon-drano »
4 « The Austronesians in Madagascar and Interaction with the Bantu of the East African Coast: surveying the Linguistic Evidence for Domestic and Translocated Animals » in Studies in Philippine Languages and Cultures Volume 18 (2008), 18–43
5 Biby, nom générique des animaux, et, par extension, tout être étrange, singulier et même plus ou moins dangereux.
6 Le même conte, à quelques variations près, se rencontre aussi chez les Masikoro (Razafiarivony 2006).
7 Orthographiée Tsiombé. Son nom signifie « où il n’y a pas de place » (pour établir un village).
8 Une haie qui entourait le champ qu’il défrichait.
9 Au début.
10 Devenu riche.
11 Il est à noter que, bien que très différent du précédent, ce conte attribue comme lui, une origine marine aux bœufs.
12 Nous ne pouvons nous empêcher de reporter ici à l’intéressant article de C. Allibert dans ce même volume qui nous parle du glissement sémantique pour la désignation du zébu malagasy qui part du terme océanien lambo au terme africain omby. (Cf dans ce volume l’article intitulé : « Ralambo et le zébu : leveur d’interdit ou promoteur de fady ? »
13 Le terme français « malgache » semblerait impropre ; nous préférons dorénavant le terme anglais « malagasy » plus conforme au nom « Madagascar » pour désigner la population de l’île.
14 Georges Charbonnier : « Entretiens avec Claude Lévi-Strauss », Gallimard, 1961.
15 Mircéa Eliade, 1963 : Aspects du mythe, p.33
16 « Dans un mythe Bororo d’origine du tabac, une femme portant un tronçon de serpent tué à la chasse par son mari, se trouve fécondée par le sang de l’animal. Elle enfante un serpent (…). Les frères de la femme, à sa demande, tueront le serpent, et des cendres du cadavre, naîtra le tabac. » (Le Cru et le Cuit, p. 212)
18 Notons un fait fréquemment rencontré sur les côtes malgaches dans les lieux où passent les courants marins : l’on y voit et l’on y entend l’eau qui coule à très grande vitesse par des trous qui laissent voir et entendre de grands courants marins. Des animaux ou d’autres matières, entraînés par le courant peuvent émerger de ces trous.
19 Dictionnaire Abinal et Malzac, art. omby.
20 Petit Larousse en couleurs, Canada, 1972, article Gulf Stream.
21 Ou bien cela est dû à la méconnaissance de ce que c’est qu’un courant marin ; ou bien c’est dû à une volonté délibérée de travestir l’histoire pour plusieurs raisons.
22 Il y a sur la côte nord-ouest de Madagascar une baie de Bali. Un courant marin passe à proximité.
23 Ce mot se rencontre sur la toile dans plusieurs sites internet.
24 Vers 1984, un navire d’aide internationale, n’ayant pu accoster dans aucun port malgache, a largué sa cargaison en plein océan indien. La plupart des habitants des côtes malgaches de l’ouest ont trouvé flottants  certains de ces produits; il y a eu ainsi des nouilles avec leurs sauces (inconnues à Madagascar à ce moment-là !), etc. à plusieurs centaines de kilomètres du lieu de largage et avec un océan de différence. Ce qui montre bien qu’un courant marin parcourt l’océan indien et le relie aux côtes malgaches du canal de Mozambique http://afriquepluriel.ruwenzori.net/madaga-c.htm&sa=U&ei=WYcRTvrZD8-5hAefia3YDQ&ved=0CBcQFjAFOAo&usg=AFQjCNFh2Y2lP20udxsZldsUs62YlaCjoA, visité le 4 juillet 2011
25 En jouant sur les mots, le terme malagasy pour garder les bœufs est dans le sud malagasy miarak’andro traduite librement par « accompagner (les bœufs) le jour » avec un sens passif : les bœufs suivent leur route (le courant !) et les gens se contentent de suivre et au besoin, d’intervenir. Pourquoi le jour ? Est-ce qu’on n’avait pas besoin d’escorter les bœufs la nuit ? Autant de questions auxquelles des études ultérieures pourraient répondre. Ainsi aussi par exemple le nom du taureau mythique des contes : Valalanampy, Taureau-Foudre.
26 Cf François Noiret, 1993 : Le mythe d’Ibonia
27 Voir la classification faite par Razafiarivony Michel,2006, page 92 et suiv.qui a subdivisé chez les Masikoro les angano, terme malagasy officiel pour contes en tantara, récit légendaire et tapasiry, terme vernaculaire pour conte. Le terme malagasy « arira » serait encore à approfondir.

Pour citer cet article

L. Modeste Rakotondrasoa. «A propos d’un conte sur l’origine du bœuf». TALOHA, numéro 20, 20 octobre 2012, http://www.taloha.info/document.php?id=1171.