Article

INTRODUCTION



Date de mise en ligne : 7 septembre 2012

Texte intégral

Les dix articles présentés dans le présent ouvrage essaient de faire un tour de la question. Cependant, un cas si vaste ne peut tenir en un ouvrage et certains aspects aussi intéressants soient-ils peuvent ne pas être abordés ici.

Le point de départ est une étude de Rakotozafy Lucien sur l’histoire naturelle du zébu, suivie de celui de Rakotondrasoa L. Modeste sur plusieurs contes collectés par R. Decary relatifs à l’origine du zébu sur l’île. Ces récits, ont été recueillis vers 1930, « grâce à l’initiative du Directeur de l’Enseignement de l’époque, M. Cheffaud. Il s’était adressé à des instituteurs des écoles du premier degré, et ceux-ci les avaient fait rédiger par leurs élèves, directement en langue française. » (Decary, p. 10) Ces récits restent immuables ; les mêmes versions malagasy continuent à être racontées sans aucune modification jusqu’à maintenant.

Un autre article de Rakotozafy Lucien et de Ranaivo Rabetokotany Nelly retrace l’importance historique et sociale du zébu dans la constitution de la communauté de la localité de Sandrandahy dans la région de l’Amoron’i Mania.

Ensuite, Claude Allibert nous présente la tradition bien connue de la consommation de viande de bœuf qui serait due à Ralambo ; il en fait une analyse qui ne peut s’empêcher de jouer sur les mots désignant le bœuf en Océanie et en Afrique : comment le nom du zébu en malagasy a-t-il pu passer du terme océanien lambo au terme bantu omby. Cet éminent chercheur aurait fait un parallèle avec l’interdit du zébu en Chine1, interdit qui aurait couvert tout l’océan indien et serait ainsi arrivé jusqu’à Madagascar si l’on considère que le bananier avait été introduit en Afrique par les Chinois vers les premiers siècles avant notre ère ? Le vatolambo en chloritoschiste d’Ambohitsara en aurait été un souvenir.

Rakoto Ignace présente la difficulté de l’application du droit en matière de vol de bœufs à Madagascar. Historien juriste, il appuie ses affirmations sur une étude de la période 1787-1960 ; c’est-à-dire toute la période royale et la période coloniale jusqu’à l’indépendance. Sa conclusion est une leçon de bon sens : « le législateur ne doit jamais oublier que, pour qu’un droit et une institution judiciaire donnent satisfaction, il faut qu’ils prennent une assise solide sur une situation de fait, qu’ils doivent être adaptés aux impératifs géographiques et aux réalités humaines du moment. En matière de vol de bœufs, en particulier, une justice plus expéditive au sens de rapide, simple, avec correctionnalisation des peines, paraît mieux réussir, à l’expérience. »

En période hivernale, la viande de bœufs est à l’honneur lors des famadihana, remplacement des linceuls des ancêtres. Razafindralambo Lolona nous parle du partage de la viande de zébu durant ces cérémonies et constate que ce partage suit des règles strictes de commensalité qu’elle compare à celles ayant existé chez les anciens grecs. Elle conclut notamment que : « Dans les anciennes sociétés grecques, la mort du bœuf et son partage entre citoyens se situent au-delà des liens de parenté. […] Le partage de zébu crée ainsi une substance commune. C’est le fihavanana qui rassemble parents et non-parents dans la même communauté, y compris entre personnes de catégories sociales différentes », telles les Fotsy et les Mainty sur les Hautes Terres malagasy.

Bako Rasoarifetra continue dans cette tradition culinaire de la viande de zébu, mais en tant qu’archéologue, concentre surtout son analyse sur les vestiges archéologiques. Elle conclut que « la préparation de la viande, la conservation et la cuisson ne diffèrent point pour l’ensemble de l’île ; la technique et le savoir-faire se transmettent de générations en générations et constituent en partie le référant identitaire de la population malagasy. »

Solofomiarana Rapanoël analyse la place de la tauromachie dans l’Imoron’Imania en partant du cas général des changements opérés par le modernisme sur la tradition : comment négocier l’intégration à la mondialisation ? La culture locale permet de définir l’identité et de s’affirmer dans le dialogue des cultures actuel. Le zébu, un compagnon fidèle de l’homme dans la région d’Amoron’Imania, joue un rôle dans les diverses manifestations de la vie sociale : économique, rituel, ludique. Parmi son utilisation, est relevé le savika (tauromachie), spécifique aux Betsileo et dont la renommée va au-delà des limites de la région. L’article essaie d’apporter des suggestions pour réussir la rentrée de cet élément culturel dans le concert des nations.

Mariona Roses présente deux rituels de prévention contre les vols de zébus dans le district de l’Isandra, région de la Haute Matsiatra. Il s’agit des rituels du tsitsika et du tatao comme pratiques alternatives pour prévenir les vols. Ce n’est pas tant la sanction que la crainte de manquer au serment sacré prêté devant les ancêtres et à son pouvoir surnaturel qui en fait un moyen dissuasif pour les voleurs de zébus.

Le dernier article, celui de Rasamoelina Henri, présente l’évolution des situations matérielles et l’innovation en milieu rural à Madagascar en prenant le cas de la communauté villageoise de Vohitraivo, District de Vohibato, Région Haute Matsiatra.

p. le comité

L. Modeste Rakotondrasoa



Notes de bas de page

1 Vincent Goossaert, 2005, L’interdit du bœuf en Chine, Agriculture, éthique et sacrifice, éditions du Collège de France, Paris.

Pour citer cet article

«INTRODUCTION». TALOHA, numéro 20, 7 septembre 2012, http://www.taloha.info/document.php?id=1177.