TALOHA
Revue scientifique internationale des civilisations
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numéro 20

Article

AVANT PROPOS


Dr Chantal Radimilahy, radimilahych@gmail.com.

Date de mise en ligne : 7 septembre 2012


Texte intégral

Ce nouveau numéro de Taloha, le vingtième, a été longtemps attendu. Il paraît maintenant et nous présente une icône de la société malagasy1 : le zébu.

Le zébu Bos taurus indicus fait partie de la race des bovidés dont une des particularités est d’avoir une bosse sur le dos. On le rencontre dans plusieurs parties du monde mais à Madagascar il est l’emblème national et l’animal le plus présent dans tous les moments de la vie sociale.

Le présent volume est un recueil d’articles sur cette icône qui, dit-on dans les contes, est le prix à payer pour la vie d’un homme23. Il va d’une étude de l’espèce bovine malagasy, passant par des contes sur leur origine dans l’île, sur son élevage et son vol. Voler un zébu fait partie d’un rite de passage obligé pour un adolescent dans certaines régions de Madagascar. Malheureusement cette pratique sociale a dégénéré en vols organisés. Depuis quelques années on assiste à un regain d’intérêt sur les jeux autour du zébu : le tolon’omby qui est parfois organisé comme un spectacle. Le sacrifice d’un zébu est le point d’orgue de toute cérémonie traditionnelle. Le partage de cette viande suit une codification stricte entre les couches sociales présentes. Les premiers souverains de l’Imerina ont compris l’importance de la portée politique d’un tel acte et ont attribué à leur roi Ralambo la consommation de cette viande pourtant déjà bien connue dans le reste de l’île.

Les articles présentés dans le présent Numéro de Taloha, ne font pas le tour de la question mais dessinent des pistes de recherches pour approfondir l’univers du zébu. Et nous espérons que le lecteur ou chercheur intéressé par les recherches sur Madagascar trouvera ici des éléments pour alimenter sa réflexion.

Radimilahy Chantal

Directeur



Notes de bas de page

1 Nous pensons d’actualité de remplacer dorénavant le terme « malgache » sciemment péjoratif et considéré comme dévalorisant par le terme « malagasy » plus approprié (Madagasikara aurait donné malagasy dans la mesure où « l » se transforme en « d » et vice versa). Le terme ne date pas d’hier ; ainsi, dans l’éditorial des Annales de l’Université de Madagascar n°10, paru en 1968, le Pr Millet utilise au moins trois fois le terme : « république malagasy », « médecins et chercheurs malagasy », « les étudiants en médecine malagasy », etc.
2 « Un remède contre la mort. (Bara, recueilli à Ankiliabo, District de Manja)Un jour, dit-on, tous les animaux terrestres et aériens se rassemblèrent dans un lieu sûr, pour se demander comment on pourra éviter la mort continuelle, se décourageant que toute partie de leur descendance diminuait par suite des terribles maladies inconnues. Pour ce durable malheur, tous les rois de ces animaux adressèrent amèrement une prière à l’Eternel (Il s’agit en fait non pas de l’Eternel de la religion chrétienne, mais de Zanahary) pour qu’il leur accordait un remède efficace contre la mort. Ayant consenti à favoriser cette prière, l’Eternel avait ordonné à leurs rois de grouper tous leurs sujets près de la façade d’un édifice, et avait désigné le bœuf [Le bœuf dans ce conte, a été considéré par Dieu comme un gardien de confiance. Nul autre animal ne pouvait être mieux choisi dans ce but. Le bœuf en effet, dans les coutumes traditionnelles, non seulement, sert à l’existence du Malgache, mais joue aussi un important rôle religieux. C’est un animal quasi-sacré qui intervient dans toutes les circonstances du culte, dans les offrandes aux divinités et aux ancêtres ; les peuples pasteurs en font des hécatombes lors des funérailles et de l’édification des tombeaux. Il ne serait guère exagéré de parler du culte du bœuf. Ce caractère presque sacré ressort des considérations suivantes recueillies chez les Bezanozano : ‘l’homme et le bœuf sont les deux seuls êtres de la création qui possèdent un esprit. Le bœuf a la puissance sur lui. Doit-il être immolé, on le tourne vers le Nord-est pour lui faire regarder une dernière fois le soleil afin qu’il puisse l’implorer et lui recommander son esprit avant de mourir’ (Lt Vallier. Etude ethnologique sur les Bezanozano. Notes, Reconn., Explor., 1898, p. 65)] pour la garder jusqu’à son arrivée, attendu que ce remède avait été apporté d’avance par un de ses favoris à l’intérieur de ce bâtiment.
3 Ne pouvant pas attendre l’arrivée de l’Eternel, tous les animaux de cette réunion s’évadaient par force de l’assemblée. Le bœuf s’opposait vivement au départ illégal de tous ces animaux, mais ne put les empêcher. L’éternel arrivé dût repartir pour revenir le lendemain matin, pour que tous les êtres soient de nouveau réunis. Cette dernière réunion devait consister à distribuer le remède. Hélas ! Le gardien infidèle (le bœuf), accablé de faim et de soif, était parvenu à boire tout ce remède. L’Eternel posa en colère la question devant l’assemblée, et le serpent qui était resté non loin du gardien pendant l’absence des animaux, accusa le bœuf d’être coupable du vol. ‘Il a violé, dit l’Eternel, ce qui lui avait été confié. Pour votre mauvaise foi et votre abus de confiance, vous serez puni. –Mais, dit le bœuf, quelle punition ? Permettez-moi de vous demander une rémission. –Non, non, grand monstre à tête légère ! Tais-toi donc !’ Tout aussitôt, l’Eternel appelait tout être de la terre ; personnes et animaux devront se présenter dimanche au matin à l’endroit où a été faite la dernière réunion. A sept heures, tous ces êtres venaient au rendez-vous, se groupant en face de cet édifice. Un procès eut lieu, on écoutait ce que disait l’Eternel, et il finissait par dire que le remède efficace avait été bu par le bœuf. Ceux qui tomberont malades, soit vos futurs descendants, qui ne prendront pas un bœuf pour protéger leur vie, seront morts. Depuis lors, dit-on, chaque fois qu’on est gravement malade, ou quand on forme des vœux de bonheur et de prospérité, on fait un sacrifice en tuant un bœuf (Les sacrifices de remerciements ou d’actions de grâces portent le nom de sorona dans le Centre, transformé en soro dans l’Ouest et le Sud, et de Tsikafara dans le Nord et l’Est. J’ai décrit en détails un de ces rites auquel j’ai eu l’occasion d’assister de bout en bout au village Sakalava d’Andranofasika ; il était célebré en remerciement de la guérison d’un enfant et s’accompagnait du sacrifice d’un bœuf.), croyant que ce remède bu autrefois par le bœuf reste encore efficace dans sa chair qu’on mange. Et cela, dit-on, portera bonheur à tous ceux qui l’exécuteront. » (R. Decary. Contes et légendes du sud-ouest de Madagascar, Paris, 1964)

Pour citer cet article


Chantal Radimilahy. «AVANT PROPOS». TALOHA, numéro 20, 7 septembre 2012, http://www.taloha.info/document.php?id=1178.




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ISSN 1816-9082