TALOHA
Revue scientifique internationale des civilisations
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numéro 20

Article

Le zébu dans les traditions de la Commune de Sandrandahy, Fisakana Atsimondrano


Lucien Marie Aimé RAKOTOZAFY, maître de conférences, ICMAA, rlucienma@yahoo.fr.
Nelly Ranaivo Rabetokotany, maître de conférences, ICMAA, nchran@gmail.com.

Date de mise en ligne : 19 avril 2012

Résumé

Cet article est un exercice de confrontation de sources sur le zébu pour connaître l’histoire du terroir de Sandrandahy. Le passé de cette commune rurale de l’actuelle région d’Amoron’i Mania se raconte à travers la tradition orale, la littérature orale, les vestiges archéologiques et les pratiques culturelles qui toutes évoquent le zébu. Les premières installations humaines durables dans la région remontent aux 15è -18è siècles et forgent les premières représentations de la population de Sandrandahy Fisakana Atsimondrano, une branche du groupe Betsileo, sur le zébu. Le terroir de Sandrandahy s’est créé un univers culturel autour du zébu qui est à la fois un bien et une identité.

Abstract

This paper is an exercise of confrontation of the zebu sources for the history of the land of Sandrandahy. The past of this rural community in the current region of Amoron'i Mania tells through oral tradition, oral literature, the archaeological and the cultural practices that all evoke the zebu. The first sustainable human facilities in the region date back to centuries 15th – 18th and forge the first representations of the people of Sandrandahy Fisakana Atsimondrano, a branch of the Betsileo, on the zebu group. The land of Sandrandahy created a cultural universe around the zebu that is both a good and an identity.

Riassunto

Lovan-tsofina, hain-teny sy ohabolana, arikeolojia, fomba amam-panao, ireo rakitra navelan’ny lasa ireo no entina hahafantarana ny tantaran’i Sandrandahy, ao amin’ny Faritr’Amorin’i Mania. Izy ireo dia milaza avokoa ny toerana lehibe ametrahan’ny mponina ao Sandrandahy Fisakana Atsimondrano ny omby eo amin’ny fiainany amin’ny ankapobeny. Mifanojo amin’ny fotoana nitoeran’ny mponina maharitra voalohany tamin’io faritra io izany. Tamin’ny taonjato faha-15 sy 18 no nanorenan’ny Betsileo tatsimo izany tontolony mifototra amin’ny omby izany.


Table des matières

Texte intégral

Le zébu est un bœuf à bosse qui possède une paire de cornes relativement développées (Photo 1). On rencontre à Madagascar différents types de bœuf du genre Bos (Bovinae, Bovidae) : « omby manga »  ou zébu bleu, en réalité de couleur noire, à l’état sauvage ; « omby bory » ou zébu sans corne ; « omby rana » ou bœuf sans bosse ni cornes ; « omby dia, omby haolo » ou bœuf à l’état sauvage. Les zébus malagasy, dans la variété Bos taurus indicus (Bos indicus) se rencontrent dans toute l’île. En subissant quelques métissages avec de nouvelles races introduites à Madagascar, ils deviennent plus élancés, et les vaches plus productives en lait. Les taureaux castrés appelés « omby vositra » sont des zébus destinés à être engraissés, contrairement aux bœufs féconds, les « omby jaolahy ». On vend rarement les vaches et ce sont les bœufs castrés qui sont vendus au marché soit sur pieds soit aux étales des bouchers. En cas de besoin, on vend de jeunes bœufs non castrés.

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Photo 1 : Un jeune Zébu malagasy, de type Kirioka

En 2006 et 2007, en observation archéologique et anthropologique sur le terrain de la commune de Sandrandahy, notre attention fut attirée par la place prépondérante occupée par les zébus dans la vie de cette commune, partie sud de la région du Fisakana, rond sur la carte de Madagascar (cf. Carte). Nous avons éprouvé le besoin d’approfondir les valeurs culturelles liées au zébu, particulièrement au sein du groupe social des « Zanakandriambe » de Sandrandahy.

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Carte 1 : Localisation de la commune de Sandrandahy

Sandrandahy, commune rurale dans le Fisakana Atsimondrano, tient son nom de la rivière Sandrandahy, qui coule à 300 m environ au nord de la localité. Elle présente des caractéristiques culturelles propres au Betsileo du Nord et, dans cette partie des Hautes terres malagasy, des coutumes liées au culte des ancêtres mettent en scène des bœufs.

La localité de Sandrandahy est également connue à travers des traditions orales lui attribuant une histoire en relation avec les bœufs remontant à la période historique des royaumes (deuxième moitié du 18è - 19è siècle), particulièrement, au moment de l’unification du royaume du Fisakana par le roi Raboloky ou Rivoekembahoaka II, en 1808. Toutefois, des données archéologiques, livrées par les abris sous roches du site d’Ambanivato, ont mis au jour des restes d’ossements de bœuf ainsi que des tessons de poterie ayant l’âge relatif du 15è siècle, selon l’étude de Rakotozafy et Ranaivo-Rabetokotany (sous presse). Cette période semble être très en deçà de l’intégration de Sandrandahy-Fisakana dans le royaume merina durant le règne d’Andrianampoinimerina (1787-1810). On rapporte que la population de Sandrandahy pratiquait surtout l’élevage contemplatif de zébus. Le parc à bœufs du roi ou « valan’Andriana » a été construit, au temps des royaumes, à côté des habitations pour faciliter la surveillance des troupeaux, mais aussi pour les contempler. Nous proposons, dans cet article, l’ébauche d’une monographie culturelle du Fisakana Atsimondrano, en relatant l’importance des zébus dans la vie des Betsileo de Sandrandahy.

La commune de Sandrandahy se trouve dans le Fisakana, la partie extrême nord de la région administrative actuelle d’Amoron’i Mania, appelée pays des Betsileo tavaratra ou Betsileo du Nord, en opposition aux Betsileo tatsimo ou Betsileo du Sud du Matsiatra ambony , le « vrai Betsileo » selon Dubois (Dubois,1938: 16). Le nom Fisakana vient de la rivière Fisakana, litt. lieu où l’on pêche les écrevisses et les crabes et correspond aux régions où la rivière et ses affluents prennent source. La rivière Fisakana a pris le nom de Mania, au niveau de Soanipandalo près du village d’Amoronimania, au nord-est de Fisakatsiavadika (Ratsimbazafimahefa : 1971, 17) jusqu’à son confluent dans le fleuve Tsiribihina. Selon le témoignage d’un villageois, cette appellation est attribuée à la reine merina Ranavalona II (1868-1883) lors de sa traversée de la rivière en 1873. Elle s’est alors exclamée : fa maninona no ity irery no mania ? litt. pourquoi seule cette rivière coule-t-elle en sens inverse ? – alors que les autres rivières de la région se déversent toutes vers le versant est. Actuellement, les rivières affluents de Mania définissent la région administrative d’Amoron’i Mania.

Le royaume du Fisakana a atteint ses limites géographiques après la réunification menée par le roi Raboloky ou Rivoekembahoaka II (1796–1808). Pour faciliter l’administration de son royaume, le roi a regroupé le Fisakana Atsimondrano et le Fisakana Avaradrano, au sud et au nord de la rivière Fisakana (Ratsimbazafimahefa, 1971 : 97-98). Dans la partie centrale de Sandrandahy, à la limite nord-ouest du Fisakana Atsimondrano, se trouve Fisakatsiavadika qui a été le lieu de décision politique du Fisakana Atsimondrano (Ratsimbazafimahefa, 1971 : 18).

Au début du 19è siècle, sous le roi Andrianampoinimerina, la région du Fisakana rejoint l’Imerina enin-toko. Rivoekembahoaka II entreprend l’organisation du Fisakana, dorénavant rattachée à la régiondu Vakinankaratra, tout comme les localités de Betafo et d’Ambositra. Durant la période coloniale, Sandrandahy succède à Amoronimania, localité à 3 km de Fisakatsiavadika, pour devenir le chef lieu de cantonnement, sous la tutelle de la province d’Ambositra. Au retour de l’indépendance de Madagascar en 1960, la région de Sandrandahy est rattachée au district de Fandriana, dans l’actuelle Région d’Amoron’i Mania, auparavant préfecture d’Ambositra. Actuellement, Fisakatsiavadika, le site abritant les charmes protecteurs contre la férocité des crocodiles ou « fanidim-boay » se trouve près de l’école primaire publique du village d’Afotoana, un lieu de rendez-vous pour la pratique d’un combat de divertissement opposant l’homme au zébu ou savika.

Les originaires du Fisakana ou Terak’i Fisakana , sont d’origine cosmopolite (Randriamihajanirina : 1998, 28). La population autochtone des Vazimba compose la première souche. La seconde souche est formée des Zazafotsy originaires du Betsileo du Sud. La troisième souche rassemble des populations merina d’Antananarivo, d’Arivonimamo et de Betafo, des Zafiraminia du Sud-Est de Madagascar et des populations Betsimisaraka du Sud. L’histoire de la population de Sandrandahy remonte à l’histoire des Zanakandriambe (Ratsimbazafimahefa : 1971, 61) qui regroupent les Zafindriantsambo, les Zafindrazokarivo, les Zafindratsinarivo et les Zafidriamahadimby. Ces groupes forment  la grande famille des Enfants d’Andriambe ou Zanakandriambe. Trois frères et une sœur, descendants d’Andriambefefinarivo, fils d’Andriandavaloha, originaire selon la tradition orale de Faliarivo-Ambohimasina, dirigeaient des royaumes. L’intégration du Fisakana dans le royaume de l’Imerina mit fin au pouvoir des Zanakandriambe à Sandrandahy. Les populations descendant de cette grande lignée résident de nos jours dans les trois principaux villages ou fokontany de la commune de Sandrandahy. Ce sont les fokontany de Zafindriantsambo, de Zafindrazokarivo et de Zafindratsinarivo. Un quatrième fokontany, Andriamahadimby, situé plus ou moins au centre de la commune, abrite les descendants de la sœur des trois princes.

Ratsimbazafimahefa (1971) rapporte que, dans le Fisakana, toutes les couches sociales observent le tabou ou fady lié au respect des ancêtres. Ainsi, chez les rois ou andriana du Fisakana, sont tabou les omby kirioka qui causèrent la défaite sans affrontement du Fisakana face à la deuxième attaque merina menée par Radama I (1810-1821) sur le complexe des forteresses de Masoandrosambaina, d’Ambatomalaza et de Sakamahamasina, dans l’actuel Kirioka de Fandriana. Après un siège de plusieurs jours des forteresses, les troupes assaillantes ont utilisé les omby kirioka pour provoquer la fuite des assiégés, soldats compris. Rencontrer un omby kirioka est ainsi devenu pour la population du Fisakana l’annonce d’une malédiction. La population observe d’autres interdits : tuer des crocodiles et manger leur viande, utiliser des bêches usées ou angady mondry dans les environs de la rivière Fisakana ou y jeter des bouses de vache, rapporté par également par Kruger et Ravelojaona (1951). Ces pratiques sont nécessaires pour renforcer le pouvoir des charmes protecteurs du « fanidim-boay », qui protège à la fois la population et le bétail des attaques des crocodiles. Les Terak’i Fisakana, sous la protection de ces charmes, prennent le nom de « terak’i Fisakana tsa lanim-boay »  ou les originaires du Fisakana préservés des attaques des crocodiles. Les Betsileo tavaratra, qui comptent parmi eux les Zanakandriambe de Sandrandahy, sont fiers d’être reconnus ainsi.

Les expressions imagées ou oha-pitenenana, usent de la nature pour situer un temps dans la journée. Ainsi, les activités régulières des bœufs indiquent des horaires précis: la sortie des veaux ou mivoaka zanak’omby marque 9 heures du matin en hiver et 8 heures du matin en été; la rentrée des vaches ou mody reniomby donne 16 heures en hiver et 17 heures en été.

Les proverbes ou ohabolana, exprimant la sagesse malagasy, comparent souvent les comportements humains avec ceux d’autres êtres vivants, pour faire prendre conscience aux gens le respect à porter aux expériences des Anciens. On dit, ny ana-dray aman-dreny toy ny tsipak’ombalahy, raha mahavoa mahafaty, raha tsy mahavoa mahafanina, litt. les conseils des parents sont comparables aux coups de patte de bœufs, mortels si l’on est touché, étourdissants si on ne l’est pas.

Les oha-pitenenana et les ohabolana ornent les joutes oratoires ou kabary, qui accompagnent tous les évènements importants de la vie familiale ou de la vie politique et sociale de la communauté. Ces manifestations sont agrémentées de chants et de danses folkloriques. C’est l’occasion de passer des messages et de dialoguer selon des codes précis à travers le kabary qui est également un art oratoire. Cette communication orale publique est ainsi structurée : un préambule ou ala-sarona, une excuse ou ala-tsiny, une glorification et des salutations ou hasina sy arahaba, un fonds de discours ou ranjan-kabary et un résumé ou fintina. L’ensemble est embelli d’expressions et de proverbes pour impressionner et persuader l’auditoire. A Sandrandahy, comme partout ailleurs à Madagascar, le kabary est le lieu d’expression du respect dû à la sagesse et aux coutumes ancestrales ou fahendrena sy fomban-drazana.

Voici le préambule d’un discours de réjouissance ou ala-sarona kabary an-dañonana, illustré par des expressions évoquant les zébus.

Tompokolahy sy tompokovavy ! Sañatria ny taiñako ka ho natao sanga ka nanakona na natao tandroka ka nanoto raha mitsangana fa mba hañamafy izao andro mazava izao izay maha tafavory antsika eto, hanao ny adidy amin’ny razaña. Saingy tsa hitery omby tsy mirohy hoatra an-dRabemalo aho, ka ho fatin’ny daka no farany fa manao azafady ho fangatahan-tsaotra sy ho fangatahan-dàlana hiteny ary ho fanomezam-boninahitra anareo mañoloana. Tsa hanao ombilahy misalovan-kosy ka ho ditsoky ny nahiny koa anefa aho raha hitondra ny fitenenana avy amin’ny fianakaviana fa noho ny asa adidy, ny andraikitra voninahitra dia teny nomena izy ity koa mahasolanga fa raha tsa nomena mahajoko. Koa mangata-dàlana, Tompoko ! …

Ci-après une traduction large de ce préambule.

« Messieurs, Mesdames ! Si je me présente à vous, je me défends d’être cette frange qui barre le front ni d’être des cornes agressives, mais pour évoquer ce jour de célébration en la mémoire des ancêtres. Si le prend la parole, je ne serai pas cet insouciant de Rabemalo qui ne se met pas en retrait pour traire sa vache et meurt de ses coups de sabot ; mais je m’excuse d’abord pour solliciter votre bénédiction et l’autorisation de parler et afin de vous honorer noble assistance. Ainsi, je ne suis pas non plus un taureau piétinant la partie de rizière à travailler par d’autres et qui aura les yeux pleins de boue ; et si je me pose en porte-parole de la famille c’est par devoir dû au métier et pour l’honneur de la responsabilité. On m’a désigné comme porte-parole, cela m’honore sinon je serai méprisé. Noble assistance, permettez-moi de continuer mon discours ! ».

Un marché à bœufs ou tsenan’omby animait la localité de Sandrandahy chaque mercredi de la semaine. Andrianamponimerina fut à l’origine du choix et l’implantation de ce marché, destiné à contrôler les mouvements commerciaux à l’intérieur de son grand royaume (Ratsimbazafimahefa :1971, 105). Le Mercredi de Sandrandahy ou Alarobian’ny Sandrandahy proposait des produits de l’artisanat, de l’agriculture et de l’élevage. Implanté à Amboniandrefana, à l’ouest de Niadiana à sa création, il a été déplacé en 1940, près de la mairie, à Niadiana atsimo. L’expression ironique de tsena borak’i Sandrandahy, litt. marché éventré de Sandrandahy, apparut au moment de ce déplacement. La place du marché est restée jusqu’à nos jours au centre de la ville, mais le marché à bœufs a été transféré à Ankilivy, à 300 m à l’ouest du tsena borak’i Sandrandahy, pour faciliter les suivis fiscaux.

Le parc à bœufs ou valan’omby est quasi présent dans chaque village. Si le troupeau est important, le parc est clôturé par des rondins de bois. Pour un troupeau plus modeste, le parcage se fait dans une fosse en mur recouvert intérieurement de pierres bâties.

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Photo 2 : Un parc à bœufs à Antaiñimbe, à l’est de Sandrandahy

Pour la sécurité du bétail, les parcs sont construits à côté de la maison de leurs propriétaires. Ils sont munis d’un portail typique en bois, constitué de madriers sur les côtés et de traverses en rondins parallèles passant par des trous pour joindre les madriers. La protection des parcs est également assurée par des charmes de protection ou famaton’omby ou foñontona chez les Betsileo tatsimo.

Des pierres dressées mâles ou vatolahy annoncent la présence de parcs à bœufs. La tradition rapporte que l’ancien vatolahy de Fisakatsiavadika servait au roi de tribunal coutumier et populaire pour résoudre les litiges fonciers ou administratifs. Actuellement, pris comme un fétiche, c’est un lieu de rite pour établir la sécurité populaire contre les vols de bœufs et des biens ainsi que les homicides. Ainsi sans la bénédiction ou tso-drano du chef ou du doyen du village, aucun agent étatique, aucune police villageoise, aucun gendarme ne peut y effectuer des arrestations. Les vatolahy de Vatondrakotra et d’Anjanomanana ont la même fonction. Beaucoup de bœufs ont été volés dans la région de Sandrandahy, mais ils reviennent ou sont ramenés à leur propriétaire grâce au pacte moral liant les membres du village entre eux ou « dina ». Ce « dina » se fait avec une cérémonie pendant laquelle le devin lance une malédiction : Malheur à ceux et à leur famille qui volent un zébu !

Un bœuf est dessiné sur une pierre levée ou tsangambato à Ambatolahy, dans le quartier de Niadiana Avaratra -Sandrandahy. Chez les Betsileo, les pierres levées, des « tsangambato » représentent des personnages disparus ou marquent des évènements ; des pierres levées dites mâles ou vatolahy servent de marquages territoriaux (Raherisoanjato, 1985). La tradition rapporte que le couple de pierres levées d’Ambatolahy évoque, pour l’un, le corps d’un guerrier disparu lors d’une bataille et l’autre à celui de sa sœur. Ce fut durant l’une de ces batailles entre le Fisakana et l’Ambositra que périrent ce guerrier et sa sœur. Leurs descendants ont érigé côte à côte, en 1927, en leur mémoire, ces tsangambato. Celle destinée au guerrier est haute et large, portant un « dessin de zébu » en peinture bleue et une inscription gravée au nord de la pierre disant Ramitohiony mort en 1878. Le bœuf symbolise et rappelle ici les bœufs tués et offerts à l’assistance lors du rite d’implantation des tsangambato. La pierre levée dédiée à la sœur est plus petite que celle de son frère ; un dessin d’oiseau en vol y est représenté.

Les combats de taureaux ou adin’ombalahy mettent en scène des bœufs non castrés ou omby jaolahy. Une tradition relate que ces combats de divertissement s’organisent sur une place large quelconque, habituellement choisie dans une dépression, entourée d’un enclos en rondins, pour que les spectateurs, assis en hauteur et autour, en sécurité, aient une vue plongeante sur la scène. Les bœufs qui s’affrontent appartiennent généralement à deux personnes d’une même famille. Ces combats sont destinés à renforcer l’amitié et la fraternité entre les membres de la famille, d’où l’expression  toy ny adin’ombalahin’ny mpianakavy, izay resy tsy akoraina ary izay mandresy tsy hobiana, lors d’un combat de taureaux, le vaincu n’est jamais humilié et le vainqueur n’est pas félicité. Le comportement des taureaux lors des combats ont inspiré les ancêtres pour transmettre aux jeunes l’art du défit verbal. C’est le don-tany sy kapo-tandroka, litt., frapper le sol et entrechoquer les cornes. On dit que ce type de jeu aurait existé très longtemps dans la grande île. Les bœufs sauvages engageaient le combat comme l’indique le proverbe toy ny ombalahy be vozona ka tsy mifidy tany hiadiana, c'est-à-dire, un taureau à cou robuste peut se battre n’importe où.

Les combats entre homme et bœuf ou savik’omby, ou toloñ’omby ou encore savika sont plus populaires que les adin’ombalahy et opposent des zébus castrés ou omby vositra à des jeunes gens. Ces combats s’organisent pour deux circonstances.

- La première agrémente des fêtes privées ou des réjouissances collectives ou lañonana. A cette occasion, le savika se déroule dans une arène à enclos en rondins de bois, autour de laquelle les spectateurs s’installent. Le savika est un sport pour tester la force et le courage des jeunes hommes. Il consiste à faire tomber le taureau en le saisissant par la bosse et le cou, tout en esquivant les coups de cornes et de pattes arrière. Ces accrochages fatiguent l’animal qui finit par tomber à terre. Les lutteurs ont leur secret pour se protéger contre les blessures et agissent ensemble pour maîtriser l’animal ;

- La seconde occasion se déroule durant la période de repiquage des plants de riz, en général aux mois de septembre, octobre et novembre. Le travail traditionnel d’une rizière irriguée nécessite le piétinement du champ par des groupes de zébus qui sont entraînés un à un sur toute la surface du champ. A un moment donné, les jeunes gens du village vont s’accrocher aux cornes des zébus afin de stimuler ces derniers à piétiner encore plus activement la rizière. C’est l’acte du misavika. Ce travail a inspiré le proverbe suivant, toy ny omby mangalatra hosy ka ditsokiny ny nahiny, litt. comme un bœuf piétinant là où un autre est déjà ne peut qu’avoir les yeux voilés par la boue trop fortement retournée.

Le partage de la viande de zébu ou mandofo hena qu’on réalise lors du décès d’un membre de la famille au moment du culte funéraire ou fandevenana. On offre soit des produits en nature des parts de riz ou fotsim-bary par exemple, soit un objet symbolique comme un linceul et selon le degré de liaison du défunt avec la famille un ou deux bœufs, soit des marques symboliques exprimées en numéraires comme le solon-dranombary tsy masaka, litt. pour remplacer le bouillon de riz non cuit, ou le solon-tsingan-dandy ampanarahana ny maty, litt. pour remplacer le linceul dû au défunt. Ces dons respectent la clause de solidarité ou fehim-pihavanana liant les membres de la communauté entre eux et honorent la loi du donner et du recevoir ou atero ka alao. Tout concourt à maintenir la solidarité ou fihavanana.

Dans la région de Sandrandahy, un ou plusieurs bœufs sont tués pour nourrir tous ceux qui viennent pour réconforter la famille endeuillée. Ces bœufs sont débités en morceaux et partagés cru et marquent l’acte du mandofo hena. Les funérailles se font dans un tombeau ancestral selon des rites typiques. Si le corps mortuaire ne peut pas être ramené dans le tombeau ancestral, pour une raison particulière (cas d’éloignement, disparition du corps à cause d’une bataille ou d’une noyade), une pierre levée est érigée près du tombeau suivie des rites de l’enterrement classique.

A Sandrandahy, les cérémonies de recouvrements de linceul des restes mortuaires ou lañonam-pamadihana, une pratique liée au culte des ancêtres, se déroulent en période d’hiver austral, entre les mois de juin et août. Elles sont de grandes occasions de partage où le zébu est constamment présent. Il anime les réjouissances par le savik’omby et compose l’essentiel des repas servis composés de riz accompagné de viande grasse de bœuf et arrosé de bouillon de bœuf, c’est le varibemenaka.

Les bœufs à Madagascar portent l’appellation commune de « omby ». Avant qu’on ait régulièrement consommé leur viande, ils furent nommés, dans l’ancien temps, barea et/ou jamòka. A Sandrandahy, on évoque deux histoires pour expliquer l’origine du mot omby :

- Un roi, avait beaucoup de bœufs qu’il voulait parquer. Un jour, il disait à ses serviteurs : «omby ao ve ireo?», la place est-elle suffisante? Omby! (Ça rentre!), répondirent ces derniers d’où leur appellation omby.

- Un jour, une famille royale invita beaucoup d’amis lors d’une cérémonie de retournement de morts. Du riz et de la viande de jamoka en quantité ont été offerts aux invités. Les serveurs devant tant de munificence se sont exclamés : « mahomby ity ny andriana fa afa-po ny nasaina », ce seigneur a comblé ses invités, c’est un homme à la hauteur de son rang.

Les omby kirioka (cf. Photo 1) sont tabou pour les nobles ou andriana du Fisakana, parmi eux ceux de Sandrandahy. A la fois symbole de force et de déclin du royaume du Fisakana, les omby kirioka de couleur noire rougeâtre et à tête généralement tachetée de lignes blanches sont tabou pour les familles royales. Ce caractère sacré des omby kirioka marque la force mais aussi le déclin du royaume du Fisakana (Ratsimbazafimahefa: 1971, 99-101). Pour cela, on rapporte deux interprétations.

- Un jour, le fils d’un andriana tombe malade. Pour le guérir, le devin guérisseur de la famille demande au père de trouver un omby kirioka  pour extraire son sang. Seul le frère du père, régnant dans une région avoisinante, en possède. Mais l’oncle refuse de donner et de vendre son bœuf, alors que l’enfant agonise. L’enfant mort, l’oncle rongé par les remords dit : « personne parmi mes descendants ne doit plus élever de omby kirioka, car trop attaché à ce zébu, j’ai laissé mourir mon neveu ».

- Un jour, Randriambeavona, un andriana habitant non loin de Fisakatsiavadiaka, est poursuivi par des brigands. Il se réfugia dans des bottes de paille qu’un omby kirioka brouttait. Les poursuivants craignant le bœuf se gardèrent de chercher l’andriana. Sauvé par le bœuf, l’andriana interdit de tuer et de manger les omby kirioka. Selon la croyance des andriana du Fisakana, transgresser cet interdit provoque des malheurs et rencontrer des bœufs kirioka leur prédit une malédiction.

On évoque également un autre interdit lié au zébu. Les crocodiles du Fisakana ont épargné le zébu du Fisakana de leur férocité. Prenant sa source à la lisière de la forêt de l’Est, la rivière Fisakana, infestée de crocodiles, impitoyables selon les légendes, arrose Ambohipoloalina, le berceau du royaume du Fisakana, de petits royaumes environnants. Ratsimbazafimahefa (1971) rapporte que le roi d’Ambohipoloalina, Ratrimo, aurait demandé à un devin taïva, litt. un habitant du lieu bas, un Betsimisaraka du sud, de fabriquer des charmes pour se protéger la population et le bétail des crocodiles ou fanidim-boay. Pour ce faire, celui-ci mit dans une marmite en argile une aiguille plantée dans le tronc d’un bananier, une bêche usée brûlée au rouge avec diverses espèces d’herbes. La marmite et son contenu furent jetés dans la rivière Fisakana, au niveau de l’actuel Fisakatsiavadika. Emportée par le courant, la marmite ne fut récupérée que des heures plus tard à Ifatihita. Le devin enterra la marmite et son contenu au centre d’un parc à bœufs du roi à Fisakatsiavadika et on y implanta une pierre levée apportée par la population. L’origine du nom de la localité de Fisakatsiavadika vient des mots prononcés par un devin lors du rite : Fisakana tsa mivadika, Andratsay tsa miorika, litt. si les natifs du Fisakana ne trahissent pas le pacte, la rivière Andrantsay ne remontera jamais en amont de la rivière Fisakana. Andratsay est une rivière infectée de crocodiles et rejoint la Mania en aval. On rapporte encore de nos jours que les crocodiles redeviennent méchants et les malheurs frappent à nouveau si on transgresse le fady. En le respectant, les natifs du Fisakana ne doivent plus avoir peur des crocodiles. Ainsi, un certain Rainikotomanga sifflait ces derniers, dit-on, afin qu’ils viennent vers lui et de monter sur leur dos pour traverser la rivière.

A la suite de l’établissement du fanidim-boay, la population doit supporter une autre malédiction, celle de ne pouvoir ramener des richesses et des bœufs, de la région du Betsimisaraka dans le Fisakana.

Après l’établissement du fanidy à Fisakatsiavadika, le roi s’est méfié du devin qui a fabriqué les charmes et s’est empressé de le faire exécuter par ses vassaux à Ampamonoantaïva (sur le chemin pour la région des Betsimisaraka). Le devin fut, ainsi, intercepté par les hommes du roi en ramenant les deux bœufs, salaire de la fabrication du fanindim-boay. On lui annonça qu’on va le tuer. Sans défense, le devin demanda à faire une dernière prière et prononça ces paroles de malédiction : « deux bœufs seulement sont mon salaire pour un acte de bienfaisance pour votre peuple, et vous allez me tuer. J’abandonnerai mes richesses, mais pour le prix de ce que vous me faites subir, vous, les « Tampatrana » - gens des Hautes terres - du Fisakana, ne pourrez jamais ramener dans votre région des biens, fruits de vos efforts, produits chez nous dans la région du Betsimisaraka.

Des zébus sont à l’origine du royaume de Sandrandahy à Faliarivo d’Ambohimasina et de la formation de la lignée des Zanakandriambe.

- Un jour, un homme riche, Randriandavaloha, venant du Sud l’actuelle région du Vatovavy Fito Vinany, dirigea un troupeau de bœufs et s’arrêta à Faliarivo où règne une famille riche en terroirs. Celle-ci a souhaité posséder ces bœufs alors que le nouveau venu tombe amoureux de la princesse. Randriandavaloha et la princesse se marient et s’installent à Faliarivo. Un prince héritier, Andriambe, naît de cette union. Ce prince eut plus tard trois fils, Randriantsamo ou Randriantsambo, Razokarivo et Ratsinarivo ainsi qu’une fille, Rafenoatinaomby (ou Ramaintsoakanjo ou Renitsifady). Ils sont à l’origine de la lignée des Zanakandriambe.

Pour protéger les troupeaux de zébus des assauts perpétrés par les royaumes voisins ennemis, le roi Andriambe devenu Andriambefefinarivo ou Andriambe fefen’omby arivo, celui qui a été protégé par 1000 têtes de zébus, s’est dissimulé au milieu de son troupeau pour échapper à ses ennemis. Ainsi, pour protéger le territoire et les biens, dont les troupeaux de zébus, les trois fils du roi de Faliarivo ont gardé chacun leur troupeau à des endroits stratégiques du royaume, sur les collines, pour guetter et neutraliser rapidement les éventuels assaillants. Randriantsamo s’est installé dans la partie sud-est du royaume pour contrôler la zone sud-est de Mihary ou Iary, ainsi que la zone est, du côté de la localité d’Imito, et pour former le groupe des Zafindriantsambo. Quant à Razokarivo, il s’est établi dans la partie nord à Ambalanarivo, chez les Zafindrazokarivo. Le dernier frère, Ratsinarivo, s’est placé à l’ouest du royaume et a été à l’origine du groupe des Zafindratsinarivo. Le roi Andriambe est resté à Ambohitrony, au centre du royaume, sécurisé par ses trois fils. Ainsi se sont formés les Zanakandriambe. Ce roi fut enterré à Ambohitrony.

L’usage d’ustensiles en os, dérivés des restes de zébus.

- A Anjanomanana, un roi polygame vivait avec sa famille et élevait un grand troupeau de bœufs. Un jour la principale femme ou « vadibe » alla visiter la seconde épouse ou «  vadikely ». Cette dernière refusa de donner à la vadibe la cuillère en os travaillé que celle-ci lui demanda pour éplucher du taro. Se sentant offensée, la principale femme rentra chez elle et invita tous ses sujets et les populations environnantes à un banquet spécialement composé de viande de bœuf. La vadibe exigea de ses invités de n’emporter aucun os du bœuf consommé. Ainsi, la reine s’est estimée venger de l’offense faite par la vadikely en obtenant une grande quantité d’os prêts à être taillés en cuillère.

Le grand roi de Vatondrakotra, Rarapaharazana, possédait peu d’esclaves et n’avait qu’un bœuf et deux vaches lors de son installation dans la région, alors qu’il était issu de la famille royale de Faliarivo.

- Le roi Rarapaharazana vécut sur un rocher appelé Vatondrakotra pour assurer sa sécurité et être protégé par ses sujets habitant aux alentours. A cette époque, une grande famine frappa la région. Un devin vint à y passer et demanda au roi de lui donner ses bœufs. En échange le devin dit au roi de suivre ses instructions s’il voulait devenir riche. Après des hésitations, le roi accepta. Le devin lui demanda de planter des potirons, des patates et du manioc. La production fut abondante grâce au bon travail d’arrosage effectué par les sujets, si bien que l’échange des produits de la terre contre des bœufs fit gagner au roi 7, puis 70, ensuite 700, enfin 7000 têtes de bœufs. A chaque groupe de bœufs acquis, on fabriqua des charmes de protection ou « famaton’omby » et on érigea une pierre dressée, après que le devin eut enterré des espèces végétales spéciales. Les taureaux de Rarapaharazana furent imbattables lors des combats de taureaux contre ceux du roi de Kirioka de Fandriana. Le roi de Kirioka, Rivoekembahoaka II, demanda à Rarapaharazana de lui donner ses taureaux. Rarapaharazana refusa. Et la guerre fut déclenchée entre le roi de Vatondrakotra et le roi de Kirioka.

- Une fois les soldats de Kirioka à portée de vue, Rarapaharazana envoya des centaines de chiens de garde pour les tuer. Et, c’est ainsi que les troupes de Kirioka furent vaincues à Ampandevenambola. Les gens étaient rémunérés pour enterrer les corps d’où le nom du lieu dit Ampandevenambola. Après sa victoire, le roi Rarapaharazana se fit appeler Andriatsihoaranandriana, celui qu’aucun roi ne peut vaincre. Mais, plus tard, à l’aide de canons, la deuxième attaque de Rivoekembahoaka II fut victorieuse. Le royaume de Vatondrakotra s’inclina devant celui de Kirioka. Vatondrakotra fut rattaché à Kirioka au sein du Fisakana. A sa mort, le roi Andriatsihoarana fut enterré près du rocher de Vatondrakotra. On vient jusqu’à nos jours faire des sacrifices là où Andriatsihoarana (ou Andriatsihoaranandriana) fut enterré, pour évoquer sa puissance.

Andriatsitakonampinga était le meilleur combattant tauromachique, mpisavika ou mpitoloñ’omby, de la région de Sandrandahy.

- Un jour, le roi de Kirioka, Rivoekembahoaka II, lança un défi à celui qui arriverait à battre ses bœufs. Il lui donnerait des bœufs en récompense et il serait ramené en chaise à porteurs ou « filanjana ». Andriatsitakonampinga releva le défi et réussit. Revenu sain et sauf du combat, devenu riche, il s’installa à Iary, au sud de Faliarivo-Ambohimasina chez les Zafindriantsambo et fut à l’origine de l’appellation de la localité d’Iarinomby, où il devint un andriana. Des années plus tard, sa fille eut une liaison amoureuse cachée avec un prince de Vatondrakotra. Le scandale éclata et le père, Andriatsitakonampinga, exigea du prince des bœufs pour réparer l’offense. Malheureusement, le troupeau, une fois arrivé dans le village d’Iarinomby, brouta tous les toits et les murs en chaume des maisons du village. Emporté par la colère, le roi demanda au jeune prince qui était son père et comment ces bœufs ont-ils pu détruire ces maisons. Le prince répondit qu’il était le fils d’Andriatsihoarana et que ces bœufs lui appartenaient. Stupéfié, Andriatsitakonampinga ne garda que quelques bœufs du troupeau amené par le prince. Ils furent destinés à enlever les malédictions sur les amoureux. Ces derniers étaient considérés comme frère et sœur au vu des relations entre Andriatsihoarana et Andriatsitakonampinga. Par ailleurs, les localités d’Iarinomby et de Vatondrakotra sont des villages frères de sang originaires de Faliarivo. Ce fut un mariage célèbre et sans précédent dans la région.

Deux années durant, nous avons sillonné la région pour aller à la rencontre des vestiges du passé, traces de la relation des hommes du Fisakana avec les zébus. Nos observations in situ, enrichies par les contes et les légendes, recueillis auprès des témoins, ont été suivies de collectes de surface de vestiges culturels, de tessons de poterie et d’ossements de bovidés essentiellement. On rencontre des structures archéologiques à Fisakatsiavadika et Anjanomanana et des restes de bœufs à Faliarivo, à Vatondrakotra et à Ambanivato.

C’est un site situé à 1 km à l’ouest de la route vers Fandriana, à environ 3 km à vol d’oiseau au nord de Sandrandahy. Il repose sur une colline, localisée à 200 m au sud de la rivière Fisakana / Mania. Le site de Fisakatsiavadika est une ancienne occupation humaine entourée par deux fossés ou hadivory, dont l’un, interne, a en moyenne 8 m de large. L’entrée, à l’ouest, est un portail formé de deux pierres dressées.

Au milieu près du portail, se trouve un ancien parc à bœufs en forme de fosse, dont la face intérieure est recouverte de pierres. Un autre parc de forme légèrement différente, servant d’arène aux savika, se trouve au centre du site, où se dresse à l’intérieur une pierre levée entourée de petits blocs de pierres, marquant le fanidim-boay. Des savika et des danses folkloriques ou hira-gasy y ont été récemment organisés par les descendants du roi de Fisakatsiavadika.

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 (a)                                                                   (b)

(a) Le vatolahy, dans le parc à bœuf en fosse, marquant le fanindim-boay, entouré de pierres et de végétaux.

(b) Le fossé de protection, entourant le site (côté ouest du site), de 8 m de large et de 2 m de profondeur environ.

Photos 3 : Le site de Fisakatsiavadika

Faliarivo se trouve au sud de Sandrandahy, sur une colline à 1768 m d’altitude. Entouré par une forêt naturelle clairsemée, le site est entouré de fossés de protection discontinus. Dans la partie la plus surélevée du site, se trouve le tombeau du roi de Faliarivo, Ratsinarivo, contemporain dit-on d’Andriandavaloha. Ratsinarivo régnait, d’après la tradition, à Faliarivo au moment où Randriandavaloha arriva sur place. Le tombeau aux formes simples est délimité par des pierres bâties. Attenant au tombeau, on découvre un lieu pour vénérer les ancêtres et demander leur bénédiction. Il y a une table en pierre réservée à recevoir les offrandes qui accompagnent les rites. On trouve, érigé au sud du tombeau, une pierre levée destinée à marquer le territoire. En surface, on voit des restes de poteries et des restes d’ossements (dents, os longs) de zébus. Au nord du site, se trouvent deux tombeaux semblables, implantés côte à côte. Séparés l’un de l’autre de 1,5 m, ils mesurent chacun 3 m sur 2,5 m et sont en pierres bâties et à toiture plane.

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Photo 4 : Tombeau de Randriandavaloha

Sur une colline de 1678 m d’altitude, au nord nord-ouest de la localité de Faliarivo, existe une maison en ruine où sont éparpillés des tessons de poterie épaisse en terre cuite. On découvre également une vaste cuvette de plusieurs mètres carrés ayant servi de parc à bœufs, matérialisé par une bordure en terre avec l’entrée située au sud. A l’ouest du site, s’érigent sept pierres levées, rappelant les maîtres des lieux.

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( Les sept vatolahy des andriana ayant vécu à Anjanomanana, une vue par le sud-est)

Photo 5 : Site d’Anjanomanana

Le site de Vatondrakotra se trouve à environ 1 km à l’ouest d’Anjanomanana. Il se  localise à la limite ouest de la colline surplombant la rivière Mania, en direction vers Ifatihita, le nom du pont permettant de traverser sur route (entre Antsirabe et Ambositra) la rivière Mania. Le Vatondrakotra est un couple de rochers accolés latéralement et joints par des pierres. L’ensemble mesure à vue d’œil 5 m de haut, sur une surface de 30m² environ.

Au-dessus du Vatondrakotra, sur le côté ouest, des pierres bâties servent, selon les traditions, de mur de soutènement à un mur en herbes de grande taille ou vero. On a découvert en surface des tessons de poterie et des fragments d’ossements de zébu dont la présence suppose une ancienne structure habitée. A l’est du rocher, se dressent les tombeaux d’Andriatsihoarana et de quelques autres andriana. Les tombeaux sont agrémentés de pierres levées renfermant les charmes protecteurs des zébus ou famaton’omby.

Le site est actuellement un lieu de culte des ancêtres ou doany, très fréquenté pour demander richesse, enfant et protection des ancêtres.

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(a)                       (b)      (c)

(a) Les rochers accolés, vus de l’est

(b) Les rochers accolés vue du nord, mettant en évidence des jointements en pierres sèches

(c) Les pierres levées marquant les tombeaux royaux

Photos 6 : Site de Vatondrakotra

Le site d’Ambanivato se trouve entre les localités de Sandrandahy et de Faliarivo. Il s’étale sur le flanc d’un rocher de migmatite, qui présente des abris sous roche, où est décelée une ancienne occupation humaine. A deux endroits du site, on trouve, à l’est, une structure simple récente de restes d’activité humaine avec des tessons de poteries (marmites, vases, jarres), et, au sud, une structure complexe et à usage relativement plus ancien d’activité humaine. Cette deuxième partie du site possède un dispositif de protection, une sorte de forteresse à deux couches de murailles en pierres bâties et deux fossés apparentes dans sa partie sud. Notons qu’au dessus du deuxième abri, dans la partie nord-ouest, s’accumulent d’innombrables vestiges et de cendres. C’est un site du 15 au 19è siècle (Rakotozafy et

Ramisaharison, sous presse). Outre des restes d’ustensiles de cuisine, de marmites, de couteaux et de jarres, il y a également des ossements de zébus, présentant des marques d’outil tranchant.

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             (a)                   (b)                             (c)

(a) Le site, vu de l’est à partir de la RN44 sur le PK 3,3

(b) L’ouverture de la grotte est, vue de l’est

(c) L’ouverture de la grotte sud avec ses murs en pierres sèches

Photos 12: Site d’Ambanivato

L’abri le plus ancien du site d’Ambanivato aurait été, dit-on, habité par une famille royale accompagnée de ses sujets.

Un autre abri du site, d’occupation plus récente, aurait été utilisé occasionnellement par des populations en détresse en quête de refuge. Durant la période coloniale (1896-1960), à Sandrandahy, des abris, comme ceux du site d’Ambanivato, permettaient à la population de la région de se cacher de l’administration coloniale pour échapper au travail forcé. Pendant la période d’insurrection contre le pouvoir colonial en 1947, ces abris ont accueilli des familles ayant quitté les zones de bataille. On y trouve des traces de reliefs de bœuf consommé dont les ossements présentent des marques de coupe.

Le site témoigne de deux périodes marquantes dans l’histoire de Sandrandahy. La première tient à la phase d’unification des royaumes d’Ambositra et du Fisakana. Une pierre levée marquant la séparation entre les deux royaumes y existe encore de nos jours. Elle mesure 0,75 m de diamètre et 2 m de hauteur, et se dresse en bordure d’un ancien parc à bœufs. Elle se présente dans une posture inclinée vers le sud pour indiquer le sens du territoire. On rencontre d’autres pierres levées ayant la même signification à proximité, au sud de Sandrandahy, aux environs d’Ankadibe. A Sandrandahy, la population a donné les noms d’Ambatolahy, d’Ambavahady et d’Amboatavo aux espaces qu’elle a progressivement occupés. L’ensemble prit le nom de Sandrandahy quand les commerçants merina commencèrent à fréquenter la région à la fin du 18e siècle. Des pierres levées marquant les premiers villages existent encore à Sandrandahy, à Ambatolahy dont le nom vient de vatolahy.

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Photo 7 : La pierre levée de Niadiana Avaratra vue de l’est

La deuxième période est liée à l’intégration du royaume d’Ambositra-Fisakana dans le royaume merina, vers la fin du règne d’Andrianampoinimerina au début du 19e siècle. L’éponyme de Niadiana, là où on a combattu, vient de la bataille qui s’est déroulée entre les hommes d’Andriamanalina, roi d’Ambositra, et ceux du roi Andrianampoinimerina. La victoire revint à ces derniers.

Le réseau fluvial délimite les différentes zones de la région du Fisakana et les formes orogéniques déterminent les possibilités de déplacement des populations ainsi que les échanges en tout genre, où les bœufs jouent un rôle important. La récitation par nos témoins de la généalogie ou « tetý fahizay » confirme que Faliarivo était à l’origine du royaume de Sandrandahy. L’expansion du royaume vers le nord-ouest, puis vers l’est et nord-est, et enfin vers le sud, nous semble conforme à la réalité des fokontany constituant l’actuelle commune de Sandrandahy. En effet, les descendants des Zanakandriambe conservent toujours dans leur mémoire l’origine de leur parentèle.

L’origine du royaume de Faliarivo – Ambohimasina est attribuée à l’arrivée du roi Andriandavaloha qui venait du sud avec des troupeaux de bœufs. Les bœufs de Sandrandahy viendraient, dit-on, de la région taimoro du sud-est de Madagascar où l’élevage des bœufs aurait existé plus tôt qu’en Imerina. La venue plus tardive des populations merina à Faliarivo a peu modifié le mode d’élevage bovin chez les Zanakandriambe. Ceci se remarque par le respect de certains tabous ou fady autour du zébu et par l’appellation des charmes protecteurs des zébus. La chronologie des évènements étant très rarement précise, des questions se posent sur l’exact territoire du roi Andriandavaloha : a-t-il régné à Faliarivo-Ambohimasina comme le rapportent les traditions orales ou à Ianjanindavitra au nord-est d’Ambositra pour venir par la suite régner à Ambohipoloalina, berceau du royaume de Kirioka, dans l’actuelle région de Fandriana (Ratsimbazafimahefa : 1971, p.16). Par ailleurs, au cours d’un rite d’appellation des rois dans le doany de Faliarivo (tombeaux de Ratsinarivo et de Randriandavaloha), on a observé que le langage utilisé par le devin s’apparentait au dialecte sakalava. Les rois du Fisakana auraient-ils une origine sakalava ? On soulève également une confusion entre les Razafindratsinarivo, descendants de Ratsinarivo, issu d’Andriambe, fils de Randriandavaloha et les descendants du roi Ratsinarivo contemporain de Randriandavaloha, dont le tombeau se trouve à Faliarivo.

Les Zanakandriambe, à l’origine des agriculteurs, ont défini, avec l’arrivée de Randriandavaloha, un statut social fondé sur l’importance des troupeaux de zébus. Le pouvoir économique acquis par la possession de zébus accorde le pouvoir politique. Celui-ci prend après la mort une valeur supérieure qui est le pouvoir de bénir et de protéger les vivants ainsi que leurs biens. C’est le hasina. Actuellement, le pouvoir lié aux zébus s’est monétarisé et la richesse matérielle s’exprime de plus en plus par l’ampleur des biens immobiliers.

La coutume liée à la pratique du savika ainsi que le symbole de la solidarité traduit par le partage de la viande de zébu ou nofon-kena mitam-pihavanana définissent la culture de la population de Sandrandahy. Le savika, ce divertissement des anciennes familles royales de Sandrandahy, est devenu, de nos jours, une attraction touristique à but lucratif et se limite à tuer le temps des bouviers.

A travers ces activités ludiques autour du zébu ainsi qu’à travers le sens donné à certains tabous autour du zébu, on dénote l’important brassage culturel de la région de Sandrandahy par des apports betsileo tatsimo, taimoro et merina. Si les originaires du Fisakana se sentent particulièrement unis par un mode de vie lié à la rivière Fisakana, l’appartenance aux Natifs du Fisakana ou Terak’i Fisakana est fondée sur les coutumes liés au zébu dont le tabou les protège des assauts des crocodiles. Les descendants des Zanakandriambe de Sandrandahy rappèlent dans leur évocation lignagère les personnages héroïques de leur histoire : Andriatsihoarana propriétaire de zébus plus puissants que ceux de Kirioka ou le coriace guerrier Andriatsitakonampinga, meilleur combattant de savika, fierté des Zanakandrimbe tsy lanim-boay (Zanakandrimbe que les crocodiles ne peuvent attaquer).

Informateurs:

Rabe Thomas, Ra-Georges, Ra-Jean-Louis, Rakotovao Fils Irené dit Diodon, Rakotovelo, Rakotomanana Ignace, Rakotonjanahary Justin, Ralaimonjy Louis, Randriamifehimanana Jean René, Ra-Norbert, Razafinalaritsia Ulysse. Augsutine, Razafindrakoto Charles Louis, Razafintsalama Arsène, Ratsimbazafy Daniel dit Dadatsimba.



Bibliographie

Dubois H. –M., (S. J.), 1938. Monographie des Betsileo (Madagascar). Travaux et Mémoire de l’Institut d’Ethnologie, XXXI, Université de Paris, Paris : Institut d’Ethnologie.

Kruger E., Ravelojaona, 1951. Boky firaiketana ny fiteny sy ny zavatra malagasy (Dictionnaire encyclopédique malgache), Imprimerie Industrielle, Tananarive. N°148, pp : 555-569.

Raherisoanjato D., 1982 (1985). Les Pierres dressées (Vatolahy) dans la société Betsileo, un document pour l’historien. Bulletin de l’Académie Malgache, tome 60 (23-27).

Rakotozafy L.M.A., Ramisaharison A.J. (sous presse). Place d’Ambanivato dans l’Histoire du Fisakana Atsimondrano, Hautes terres de Madagascar. Taloha prochain numéro.

Randriamihajanirina D., 1998. Les crocodiles épargnent le peuple mais dévorent les souverains du Fisakana. Un essai d’interprétation des traditions du Nord-Betsileo (18e – début 19e siècle). Mémoire de CAPEN, Filière Histoire-Géographe, Ecole Normale Supérieure, Antananarivo.

Ratsimbazafimahefa P., 1971. Le Fisakana : Archéologie et couches culturelles. Musée d’Art et d’Archéologie, Antananarivo.

Pour citer cet article


Lucien Marie Aimé RAKOTOZAFY et Nelly Ranaivo Rabetokotany. «Le zébu dans les traditions de la Commune de Sandrandahy, Fisakana Atsimondrano». TALOHA, numéro 20, 19 avril 2012, http://www.taloha.info/document.php?id=1208.




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ISSN 1816-9082