TALOHA
Revue scientifique internationale des civilisations
Précédent   Bas de page   Suivant   Signaler cette page   Version imprimable

Numéro 21

Article

Voanjo et clans locaux dans le Betsileo au début du 19e siècle, d’après les traditions écrites des Soazany de Vohitraivo dans le district du Vohibato.


Pr Henri RASAMOELINA, Université de Fianarantsoa.

Date de mise en ligne : 3 janvier 2015

Résumé

Le texte ci-après est une étude d’une tradition familiale consignée qui relate l’histoire de l’alliance d’un voanjo, sorte de colon-éclaireur désigné par les souverains de l’Imerina d’Andrianampoinimerina à Ranavalona I pour aller s’installer dans les provinces conquises, ici le Betsileo, avec les clans locaux à travers le mariage. On peut voir à travers le récit la situation de la région à la fin du 18e et au début du 19e siècle.

Abstract

The present text is a study of a recorded family tradition that tells the story of the alliance of a voanjo, a kind of settler-colonizer sent by the sovereigns of the Imerina, from Andrianampoinimerina to Ranavalona I to settle in the conquered provinces, here the Betsileo region, with local clans through marriage. We can see through the story the situation of the region in the late 18th and early 19th century.

Extracto

Ity lahatsoratra manaraka ity dia manadihady tantaram-pianakaviana miresaka ny fahatongavana sy fipetrahana voanjo, izay olona notendren’ny mpanjaka tany Imerina hatramin’ny andron’Andrianampoinimerina ka hatraty amin’ny an’i Ranavalona voalohany tany amin’ireo faritra samihafa izay toy ny eto Betsileo izay nivadiany tamin’ireo olona tany an-toerana. Ahitana ny zava-nisy tany an-toerana tamin’ny faramparan’ny taon-jato faha 18 sy ny fiantombohan’ny faha 19 koa ity tantara ity.


Table des matières

Texte intégral

L’article de Vérin (2006) sur « Les voanjo et l’occupation pacifique du Lalangina en Betsileo d’après une tradition familiale », nous a incité à faire cette étude sur les relations résultant d’une mobilité migratoire entre l’Imerina et le pays betsileo à partir de traditions familiales. En effet, de nombreuses actions d’infiltration ou de colonisation par l‘intermédiaire des « paysans pacificateurs » précédant ou s’ajoutant aux conquêtes des provinces par le royaume merina, ont été fréquentes dans la province de Fianarantsoa à partir de la fin du 18e siècle et au début du 19e siècle.

Le présent texte donne un autre exemple d’intégration de ces voanjo ou colons délégués par les rois de l’Imerina « pour aller s’installer dans les zones du Betsileo du sud et sans doute dans bien d’autres régions » (Vérin, 2006). L’étude se base sur la tradition familiale du « clan » appelé Soazany faisant partie des groupes vivant dans la communauté villageoise de Vohitraivo que nous avons étudiée ici précédemment (Rasamoelina, 2011). Cette tradition a été consignée par écrit en malagasy par Rainiady, né vers 1871 et mort en 19631.

Instituteur de garderie, catéchiste auprès du temple protestant de la London Missionary Society de Vohitraivo au début de la colonisation, devenu par la suite citoyen français et élu premier délégué cantonal plus tard, Rainiady se fera appeler Andriamanendrika, le nom de son arrière grand-père. Notable reconnu et riche, c’est lui qui a demandé auprès des autorités coloniales le déplacement du chef-lieu du canton d’Alakamisy-Itenina, de la montagne de Midongy plus au sud vers son emplacement actuel.

On peut  lire dans son manuscrit, la formation d’un « clan » ou d’un groupe lignager à travers l’alliance matrimoniale entre une femme autochtone et un voanjo appelé Andriamanendrika, désigné par Radama I pour administrer la localité et vivre sur place après la pacification du Vohibato en 1811. Selon cette tradition familiale, Andriamanendrika venait du village de Kianjasoa à Fianarantsoa dans le Lalangina, avec comme nom d’origine les Soazany que le Père Dubois cite parmi les soixante-dix-huit dénominations de clans betsileo dans son ouvrage (Dubois, 1938 : 579). Ce nom est porté par sa descendance actuellement. La tradition familiale permet aussi de voir un exemple de mouvements des populations betsileo à la fin du 18e ou au début du 19e siècle.

Image1

Selon Deschamps (1965), Andrianampoinimerina a appliqué la politique d’infiltration ou d’installation de colons appelés voanjo sur l’expansion et l’organisation de son royaume. Il a écrit : « Dans les contrées conquises ou désertes, telle la région d’Anjozorobe dont on a chassé les habitants, on installe des Voanjo (arachides), c’est-à-dire des colons merina qui assurent à la fois la protection et la mise en valeur » (Deschamps, 1965 : 124). Cette politique était appliquée depuis la prise d’Antananarivo par le roi si l’on se réfère à L’Histoire des Rois du Père Callet qui rapporte : « Andrianampoinimerina désigna des colons qui viendraient se fixer les premiers, ici, à Tananarive : deux mille hommes originaires de l’Avaradrano et quatre cents provenant des Andrianteloray » (1958 : 389).

Dans leur traduction du Tantara ny andriana, Chapus et Ratsimba ont tout de suite utilisé le terme colon pour parler de ces voanjo (Chapus et Ratsimba, 1958 : 389). Pour Boiteau, la création de ces voanjo a marqué un sens profond de la politique car depuis Andriamasinavalona, les membres de la famille royale avaient pris le pas sur les premiers groupes statutaires de la noblesse. Les premiers nobles du temps de Ralambo en étaient passablement ulcérés. 

« Andrianampoinimerina se créa une clientèle parmi eux en leur distribuant des terres aux environs immédiats de Tananarive. Ces terres, dites voanjo – parce qu’on y cultivait une sorte de légumineuse dont les fruits s’enterrent à maturité comme ceux de l’arachide et constituent un mets apprécié, appelé voanjo ou voanjobory-- donnèrent leur nom à ces premier « colons » ; on continua, par la suite, à donner le nom de voanjo aux concessions faites à des étrangers au fokon-tany, et aux colons européens eux-mêmes » (Boiteau, 1969 : 158). Le dictionnaire de l’Académie Malgache Rakibolana Rakipahalalana (2005 : 1113) s’en tient à cette définition du mot voanjo et cite en premier exemple les huit cents colons installés par Andrianampoinimerina dans la localité d’Anjozorobe et ses environs.

Par la suite, les successeurs d’Andrianampoinimerina, Radama I et sa femme ont continué à appliquer cette politique mais, selon Jean Pierre Raison, dans une nouvelle conception dans la mesure où l’Etat devenu plus grand et moderne dépendait des communications (Raison, 1984 : 128).

Ramiarondrovita venait d’Ambohimanga et a été désigné pour résider comme voanjo à Andrainjato au sud-est de la ville de Fianarantsoa (Vérin, 2006), dans la commune où se trouve maintenant l’Université. Il s’est marié à des femmes autochtones parmi lesquelles Rasamimananjatoray, aïeule de Rasolofo Raymond qui a consigné par écrit la tradition familiale. Par la suite, il a été obligé de participer aux pacifications de la région Tanala. Evénements qui, il faut le savoir, se sont passés sous le règne de la reine Ranavalona I en 1830 sous la direction de Rainiharo : « après un siège de neuf mois, les Tanala se soumirent, sans toutefois permettre aux Merina de monter sur l’Ikongo » (Ardant du Picq, 1933 : 49-54). A son retour, Ramiarondrovita a demandé à revenir à Andrainjato. Ses descendants, du clan Maromaitso, sont aujourd’hui éparpillés dans les districts du Lalangina à Somotra et Ambodihady, du Vohibato à Ambalona près de Mahasoabe et à Anjorozoroana au nord d’Antanjombe et même à Sandralahy au nord d’Ivato dans l’actuelle Région Amoron’i Mania.

Andriamanendrika, dont le véritable nom serait Ratsirinaimanga lui, a été, selon la tradition consignée par son arrière petit-fils Rainiady, désigné par Radama I pour s’établir à Vohitraivo et administrer la localité. Le rôle des voanjo était d’organiser les corvées royales comme les gardiennages des zébus appartenant aux souverains d’Antananarivo. Ces bœufs s’appellent les tsimirango à Vohitraivo et Sangasanga à Vohibato, et Magnaratea à Tsienimparihy, marofotsy et maromena à Andrainjato pour le Lalangina et les Maromaitso à Ialanimaitso à la lisière de la forêt tanala à l’est. A cause de l’insécurité, aucun bœuf royal n’aurait été placé en Isandra. La tête avec cornes des zébus morts devait toujours être ramenée à Antananarivo pour être reconnue par le souverain. Selon les souvenirs des Soazany de Vohitraivo, les hommes de l’Imerina, du Manandriana et du Lalangina, désignés, prêtent serment avec tangena de bien servir le roi ou la reine. Mais les voanjo eux-mêmes avaient leurs propres troupeaux.

Selon le manuscrit, Andriamanendrika avait un troupeau de 200 zébus castrés placés dans trois parcs à bœufs ou vala : Ambalamonina, Ampihadianalanana et Ambodivohitra, et les vaches (dont on ne connait pas le nombre) étaient parquées à Andidy et Ambalatsimirango, aux alentours du village fortifié de Vohitraivo où Andriamanendrika devait résider en tant que fonctionnaire de l’Etat (noho ny maha mpanao fanjakana an’Andriamanendrika dia nonina teny Vohitraivo izy). Notons que le village d’Ambalatsimirango est le lieu de résidence de ceux effectuant à tour de rôle des corvées à Vohitraivo.

Selon le traditionniste soazany appelé Rabarijaona ou Randriamarotsifa, à qui nous avons posé la question en 1978, le roi Radama aurait fait choisir à Andriamanendrika entre Vohipary (un monticule à l’ouest du chef lieu actuel de la commune rurale de Talatan’Ampano) et Vohitraivo et il a choisi ce dernier. La désignation s’est faite après la descente du roi en 1811 pour mener la guerre contre Vohibato qui a refusé de porter le deuil d’Andrianampoinimerina -souverain que les habitants n’ont pas voulu reconnaître (Rainihifina, 1958). Et le manuscrit affirme qu’il n’y avait ici qu’Andriamanendrika comme voanjo (ary tsy mba nisy voanjo hafa eto Vohitraivo hafa tsy Andriamanendrika irery ihany).

Vohitraivo est un site fortifié entouré d’épaisse forêt dont les derniers grands palissandres ont été abattus par les paysans dans les années 1990. Il dispose de vaste pâturage propice à l’élevage, ce qui a expliqué le choix d’Andriamanendrika selon la tradition. Vohitraivo fait face au sud-est d’un côté au monticule de Vohitrafeno, résidence d’Andriambelonandro, un des deux frères roitelets du Vohibato qui se sont opposés à Radama I, et de l’autre à celui d’Anjanamahasoa ou Anjanina, au nord-est d’Alakamisy Itenina sur la route de Mahasoabe, habitation des hova mpanominda nobles spécialisés dans les sacrifices de zébus lors des rites royaux.

Arrivé à Vohitraivo où la coutume de la polygamie était encore en vigueur, Andriamanendrika avait pris deux femmes : la première Renifehy, fille d’Andriatsimamonarivo chef du clan Otaray à Vohitraivo, avec qui il a eu deux filles, mais ces dernières n’auront pas d’enfant et sont enterrées à un lieu appelé Amin-dRatakalo ; et la seconde Renifara qui va prendre le nom de Ravitasoa aïeule de tous les Soazany actuels de Vohitraivo.

L’histoire de Renifara ne diffère pas de celle des membres d’autres clans qui se sont déplacés dans le Sud-betsileo à la recherche de nouveau pâturage pour leur bétail. Le géographe Portais (1974 : 8), par exemple, à partir d’enquêtes auprès des clans Bongo et Mahaditra dans la plaine d’Ambalavao a conclu que : « l’attachement des paysans à ses bœufs est proverbial et c’est souvent la recherche de meilleurs pâturages, plus que la recherche de nouvelles rizières, qui a été à l’origine d’importantes migrations ».

Selon des traditions familiales généralement admises, entendues lors des grands événements comme le famadihana (renouvellement des linceuls ou introduction de corps dans le tombeau ancestral) ou les funérailles de grandes personnes dans la région, le point de départ originel des différents groupes lignagers existants résulte de scissions des clans originels, quand le troupeau devenu trop nombreux nécessite la recherche de nouveaux pâturages tanin’omby. Le départ d’une femme accompagnée de quelques-uns de ses frères avec leur troupeau est un cas qui se rencontre. Voici l’histoire de Renifara dont la version en malagasy sera donnée en annexe :

Selon les traditions, le clan a pour origine  six frères et sœurs Randriamarotsifa, Ramasianananjato, Ravolampizato, Rasoavita, Randriamanendrikony et Rafaravavy de Vohitromby dans le village appelé Ambatolahiroa..

Quand Rasoavita est devenue grande, elle s’est mariée à Ankarimaso avec Randriatsimiovazanaka d’origine Kalatsara également et a vécu à Ankondro au-dessus d’Ambatomena sur le bas-côté est du dit village d’Ankarimaso. Quand les deux se sont mariés, ils ont eu deux enfants : un garçon et une fille Renifara et Rabemananjato. Et quand les deux enfants sont devenus riches, Rasoavita a changé de nom en Renifara et Andriatsimiovazanaka en Randriamarotsifa.

Renifara fille et Rabemanahizato ont résidé à Ankarimaso mais quand leur troupeau s’est multiplié, ils sont partis vivre à Anjanamahasoa à la recherche de nouvelles herbes et ont résidé à Amin-dRahaja au sud d’Ambalapangady ».

Les villages cités se trouvent au nord-est de l’actuelle ville de Fianarantsoa dans le Lalangina, alors qu’Amin-dRahaja et Ambalampangady sont situés du côté de l’ancien village fortifié d’Anjanina à l’est de Vohitraivo, donc dans le Vohibato. L’arrivée de Renifara fille et de son frère peut être située peu avant ou peu après la descente de Radama I dans la région en 1811. En effet c’est en arrivant ici qu’elle va épouser, selon le manuscrit, Andriamanendrika à Vohitraivo.

« Renifara s’est alors mariée à Vohitraivo et a épousé Andriamanendrika voanjo désigné par Laidama pour résider à Ambalamonina qui est un endroit herbeux et que le nombre de ses bœufs déjà castrés est de 200, mais il n’a pas dit le nombre de ses vaches à ses enfants et que le nombre de ses parcs à bœufs est de cinq : ceux déjà castrés à Ambalamonina, Ampihadianalanana et Ambodivohitra, les vaches à Andidy et Ambalatsimirango.

Il est originaire de Kianjasoa là où il y a eu l’Ecole Régionale – c’est-à-dire à l’actuel Tsianolondroa- H.R.- et il est du clan Soazany.

Quand Renifara a épousé Andriamanendrika, elle a changé de nom en Ravitasoa et comme Andriamanendrika est un fonctionnaire de l’‘Etat, ils ont résidé à Vohitraivo. Il n’y a pas eu d’autre voanjo qu’Andriamanendrika seulement à Vohitraivo ».

Notons que les petits villages ou hameaux où il y avait les parcs à bœufs étaient, dans le Betsileo à l’époque, rattachés à un site fortifié comme ici à Vohitraivo ou Anjanina et Vohitrafeno à l’Est et au Sud-est.

Le manuscrit de Rainiady que nous avons traduit se termine avec l’énumération des enfants et petits-enfants d’Andriamanendrika et de Ravitasoa, avec un peu plus de détails sur ses grands-parents. Aujourd’hui leurs arrières-petits enfants sont à la dixième génération à partir des deux ancêtres. Voici comment se termine le manuscrit :

« Et les époux Andriamanendrika ont eu deux enfants, un garçon et une fille : Razafy et Ratsarazafy.

Et quand Ratsarazafy est devenue grande, elle a pris le nom de sa mère Ravitasoa et a épousé Randriatsimiovazanaka. Ils ont eu les sept enfants suivants : Ravelo (Ratsarampanjato), Rendrala, Randriamarotsifa, Ravita, Rakalabia, Randrianary et Rafaralahy Ramija. Et quand Ravita est devenue grande, elle a épousé Randrianarenina venant d’Iavonaomby à Ambalamarina du clan Mamodila ou Seva  ».

Les descendants de ces sept enfants forment les membres du clan Soazany actuels de la communauté villageoise de Vohitraivo, répartis dans les hameaux d’Ambalaroina, Amindradanga et Ambalamonina pour ceux de Ravita, Ambalatsimirango pour ceux de Rakalabia, et à Ampanazava pour ceux de Rendrala et Randriamarotsifa. Ils ont chacun construit depuis plus de cinquante ans leur tombeau respectif. Les descendants de Randrianary et Rafaralahy Ramija ne sont pas connus : soit ils n’ont pas eu de descendance soit ils sont partis vivre ailleurs.

Randrianarenina et Ravita qui ont résidé à Ambalaroina ont eu une fille appelée aussi Ravita qui s’est mariée à Raikamisy du clan Leohasina venant d’Ampandroatsalamanga à l’ouest de Vohitraivo. Les époux Randrianarenina et Ravita ont résidé à Ambalaroina et ont eu six enfants dont Rainiady. Et ce dernier s’est marié à Ratsaramananjato, une Leohasina du village Antanikorosoa à Andranovorivato. Le père de Ratsaramananjato, Raimampy a travaillé à Vohitraivo comme premier pasteur de la L.M.S en 1880. Un frère de Rainiady appelé Ramasiapy a participé à la Première Guerre Mondiale en 1914-18 et n’est jamais revenu.

En conclusion, l’on peut dire que la lecture et l’étude de cette tradition familiale permettent de voir une autre image de ceux que l’on a appelé voanjo sous le règne de Radama I et de celui de sa femme Ranavalona I. Ce sont des « fonctionnaires » chargés d’organiser les corvées royales, fondement de la vie du royaume avant la mise en place d’une véritable administration en 1830. Si Ramiandrovita étudié par Vérin vient directement d’Ambohimanga en Imerina, Andriamanendrika lui est originaire de Kianjasoa Fianarantsoa. Toutefois il semble que les Soazany sont aussi originaires du Nord, probablement de l’Imerina.

Le texte montre également qu’à la fin du 18e ou au début du 19e siècle, les habitants du Sud-betsileo vivant de l’élevage se déplaçaient à la recherche de bons terrains de pâturage pour leurs bétails. Les parcs à bœufs -vala- sont disséminés en dehors des villages fortifiés tanàna et donnent naissance aux différents hameaux où les habitants se sont éparpillés. Ils ont peu à peu abandonné les sites fortifiés comme Vohitraivo devenus ainsi haolo vides. L’importance de l’agriculture ne s’est manifestée que plus tard.

Pour terminer, on doit noter qu’après la nomination d’un gouverneur et la construction de la ville de Fianarantsoa en 1830 (Rasamoelina, 1994), l’on ne parle plus de l’administration de ces voanjo. Ils ne seront signalés dans les correspondances des nouvelles autorités avec le pouvoir central à Antananarivo, correspondances conservées aux Archives Nationales. Ceci permet de réaffirmer que les voanjo ont été plutôt une sorte d’éclaireurs envoyés pour s’occuper de telles ou telles localités avant l’arrivée de la véritable administration de l’époque.

-Akademia Malagasy, 2005. Rakibolana Rakipahalalana, Antananarivo.

-Ardant Du Picq, 1905. Une peuplade malgache, les Tanala de l’Ikongo, Le Tour du Monde, pp 541-565.

-P Boiteau, Les droits sur la terre dans la société malgache précoloniale, Sur le mode de production asiatique, C.E.R.M, Paris, pp. 135-168.

-R.P. Callet, 1958. Histoire des rois. Traduction du Tantara ny Andriana par Chapus et Ratsimba, Tananarive.

- H. Deschamps, 1965. Histoire de Madagascar, Berger-Levrault, Paris.

- H.M. Dubois, 1938. Monographie des Betsileo (Madagascar), Institut d’Ethnologie, Paris.

- M. Portais, 1974. Le Bassin d’Ambalavao, Travaux et Documents de l’Orstom, n° 33, Paris.

- J. Rainihifina, 1958. Tantara Betsileo, Imprimerie Catholique, Fianarantsoa.

- J.P. Raison, 1984. Les Hautes Terres de Madagascar, Orstom-Karthala, Paris.

- H. Rasamoelina, 1994. Fianarantsoa, Ambozontany-Fianarantsoa.

-H. Rasamoelina, 2011, Evolution des situations matérielles et innovation en milieu rural à Madagascar. (Le cas de la communauté villageoise de Vohitraivo, District de Vohibato, Région Haute Matsiatra), Taloha n° 20.

- P. Verin, 2006 : Les voanjo et l’occupation pacifique du Lalangina en Betsileo d’après une tradition orale, Etudes offertes en hommage et à la mémoire du Professeur Lucien Xavier Michel-Andrianarahinjaka, F.T.M, Antananarivo, pp 61-66.


Extrait du texte original du cahier de Rainiady

Ila avy amin’ny Rangahy Ravita Kalatsara niandohana

Araka ny lovantsofina ny niandohany dia tao Vohitromby amin’ny tanàna atao hoe Ambatolahiroa. Nisy enina mianadahy dia Randriamarotsifa, Ramasianananjato, Ravolampizato, Rasoavita, Randriamanendrikony ary Rafaravavy.

Rehefa lehibe Rasoavita dia nanambady tao Ankarimaso, vadin-dRandriatsimiovazanaka Kalatsara koa ary nonina tamin’ny vala atao hoe Ankondro ambonin’Ambatomena, ambany atsinanan’ny tanàna Ankarimaso io. Rehefa nivady izy roa dia niteraka mpianadahy, Renifara sy Rabemananjato. Rehefa nanan-karena izy mianadahy ireo dia niova anarana Rasoavita ka naka anarana hoe Renifara ary Andriatsimiovazanaka nitsioka anarana hoe Randriamarotsifa.

Nonina teo Ankarimaso Renifara (zanany) sy Rabemanahizato fa rehefa betsaka ny ombiny dia nifindra aty Anjanamahasoa nanarakahitsa ka nipetraka tao amin-dRahaja atsimon’Ambalapangady.

Nanambady Renifara ka nanambady aty Vohitraivo, nanambady an’Andriamanendrika voanjo nataon’i Lehidama nonina tao Ambalamonina fa tany be ahitsa ao, ka ny isan’ny ombiny vositra dia nisy 200 lahy fa ny vavy tsy nolazainy amin’ny zanany ary ny vala nisy io ombiny io dia vala dimy. Ny vositra tao Ambalamonina sy Ambodivohitra Ampihadianalanana, ny vavy teny Andidy sy Ambalatsimirango.

Ny fiaviany dia teny Kianjasoa teo amin’ny misy ny Ecole Régionale ka Soazany no karazany.

Ary rehefa nanambady an-dRandriamanendrika Renifara dia niova anarana hoe Ravitasoa nefa noho ny maha mpanao fanjakana an’Andriamanendrika dia nonina teny Vohitraivo izy ary tsy mba nisy voanjo hafa eto Vohitraivo hafa tsy Andriamanendrika irery.

Ary niteraka Andriamanendrika mivady ka niteraka roa mianadahy dia Razafy sy Ratsarazafy. Ary rehefa lehibe Ratsarazafy dia naka ny anaran-dreniny hoe Ravitasoa ka eo izy vao nanambady an-dRandriamafaitra. Niteraka fito mianadahy izy ireo dia Ravelo (Ratsarampanjato), Rendrala, Rakalabia, Randriamarotsifa, Ravita, Randriamary ary Rafaralahy Ramija. Ary rehefa lehibe Ravita dia nanambady an-dRandrianarenina mponina eo Iavonaomby eo Ambalamarina Manodila na Seva no karazany eny (…).

« Le côté venant de Rangahy Ravita, du clan Kalatsara

Selon les traditions, le clan a pour origine  six frères et sœurs Randriamarotsifa, Ramasianananjato, Ravolampizato, Rasoavita, Randriamanendrikony et Rafaravavy de Vohitromby dans le village appelé Ambatolahiroa

Quand Rasoavita est devenue grande elle s’est mariée à Ankarimaso à Randriatsimiovazanaka, d’origine Kalatsara également et a vécu à Ankondro au-dessus d’Ambatomena sur le versant est du dit village d’Ankarimaso. Quand les deux se sont mariés, ils ont eu deux enfants : un garçon Rabemananjato et une fille Renifara. Et quand les deux enfants sont devenus riches, Rasoavita a changé de nom en Renifara et Andriatsimiovazanaka en Randriamarotsifa.

Renifara fille et Rabemanahizato ont résidé à Ankarimaso mais quand leur troupeau s’est multiplié, ils sont partis vivre à Anjanamahasoa à la recherche de nouveaux pâturages et ont résidé à Amin-dRahaja au sud d’Ambalapangady.

Renifara s’est alors mariée à Vohitraivo et a épousé Andriamanendrika, voanjo, désigné par Lehidama pour résider à Ambalamonina qui est un endroit herbeux et que le nombre de ses bœufs castrés est de 200, mais il n’a pas dit le nombre de ses vaches à ses enfants et que le nombre de ses parcs à bœufs est de cinq : les boeufs castrés à Ambalamonina, Ampihadianalanana et Ambodivohitra, les vaches à Andidy et Ambalatsimirango.

Il est originaire de Kianjasoa là où se trouvait l’Ecole Régionale et il est du clan Soazany.

Quand Renifara a épousé Randriamanendrika, elle a changé de nom en Ravitasoa, et comme Andriamanendrika est un agent de l’‘Etat, ils ont résidé à Vohitraivo. Il n’y a eu d’autres voanjo qu’Andriamanendrika à Vohitraivo.

Les époux Andriamanendrika ont eu deux enfants, un garçon et une fille : Razafy et Ratsarazafy. Quand Ratsarazafy est devenue grande, elle prit le nom de sa mère Ravitasoa et épousa Randriatsimiovazanaka. Ils ont eu sept enfants  : Ravelo (Ratsarampanjato), Rendrala, Rakalabia, Randriamarotsifa, Ravita, Randriamary et Rafaralahy Ramija. Quand Ravita est devenue grande, elle épousa Randrianarenina venant d’Iavonaomby à Ambalamarina du clan Mamodila ou Seva.

Fig.2

La carte d’identité de Rainiady

Image2

Fig.3 La grande famille de Rainiady

Image3Rainady est au premier rang avec une guêtre. Sa femme Ratsaramananjato est au milieu assise sur une chaise. Son père est derrière à gauche avec un garçon sur l’épaule et sa grand-mère Ravita  debout au milieu derrière sa femme (Photo de famille prise vers 1910).


Notes de bas de page

1 - Rainiady était un notable, membre influent du groupe avec 8 honneurs ; ses descendants devenus fonctionnaires ou religieux sont restés plus ou moins importants socialement et politiquement jusqu’à aujourd’hui.

Pour citer cet article


Henri RASAMOELINA. «Voanjo et clans locaux dans le Betsileo au début du 19e siècle, d’après les traditions écrites des Soazany de Vohitraivo dans le district du Vohibato.». TALOHA, Numéro 21, 3 janvier 2015, http://www.taloha.info/document.php?id=1280.




ICMAA   London School of Economics   INALCO   Université de Fianarantsoa   Université d'Antananarivo   Agence Universitaire de la Francophonie  
Revue électronique internationale publiée par l'ICMAA, en partenariat avec l'Inalco, la LSE et l'UF avec le soutien de l'AUF
ISSN 1816-9082