TALOHA
Revue scientifique internationale des civilisations
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Numéro 21

Article

L’histoire de Ramaharavo


L. Modeste Rakotondrasoa, Université d’Antananarivo, , ICMAA, lmodesterakotondrasoa@gmail.com.

Date de mise en ligne : 20 avril 2015

Résumé

Cette compilation faite par un descendant de Ramaharavo entre de plain pied dans la présentation des textes de tradition orale initiée par Noël J. Gueunier : le texte est présenté tel quel dans la langue vernaculaire avec à côté une traduction qu’on voudrait la plus fidèle possible dans la langue française en gardant l’esprit et les mouvements originaux.

Les historiens ont connaissance d’un Rainimaharavo, mais est-ce bien celui de ce texte ? Ensuite, on y parle d’un roi parti vers l’ouest. Dans la mesure où c’est un roi et non une reine, il n’y a que deux possibilités, ou bien c’est Radama I ou bien c’est Radama II. Les recoupements historiques nous induisent à considérer que ce serait Radama II. Mais alors il ne serait pas mort ni enterré dans une tombe perdue des environs du Rova d’Ilafy ? Sa disparition est d’ailleurs entourée de mystère. Ce texte donnerait une possibilité d’explication : sa survie dans l’ouest du pays.

Abstract

This compilation made by a descendant of Ramaharavo is a typical presentation of the oral tradition texts initiated by Noël J. Gueunier: the text is presented in the vernacular language with a translation on its side, which strives to be as accurate as possible in the French language, while keeping the spirit and the motions of the original text. Historians know of a Rainimaharavo, but is that the one mentioned in this text? Moreover, the latter speaks of a  king who went to the West. Insofar as it is a king and not a queen, there are only two possibilities :  it is either Radama I or  Radama II. The historical crosschecks induce us to believe that it might be Radama II. But then, would that mean that he did not die and was not buried in a tomb lost of the vicinity of the Rova of Ilafy? Besides, his death is wrapped in mystery. This text would give a probable explanation about his survival in the western area of the country.

Riassunto

Ity tantara nomen’ny taranaky Ramaharavo iray ity dia tafiditra ao anatin’ny antsoin’i Noël J. Gueunier hoe fanehoana lovantsofina : atolotra amin’ny teny nahazoana azy ny lahatsoratra ary eo anilany ny dikan-teny frantsay izay heverina fa manakaiky indrindra ny fisainana sy ny fihetsika nanehoana azy. Ny mpahay tantara dia mahafantatra an-dRainimaharavo, nefa ny fanontaniana dia izy io ve no voalaza eto ? Etsy andanin’izay, voaresaka eto ny mpanjaka iray nandeha niankandrefana. Mpanjaka lahy no voalaza fa tsy mpanjaka vavy, ka roa ihany raha izany no mety ho izy: na Radama I, na Radama II. Ny fandinihana ny tantara no hilazana fa Radama II no resahina eto. Raha izay, dia tsy maty sy nalevina amin’ny fasana tsy hita manodidina ny Rovan’Ilafy izany ve izy ? Ny fahafatesany koa moa misy tsy mazava loatra. Ity lahatsoratra ity dia maneho fanazavana iray: ny fahavelomany tany amin’ny faritany andrefana.


Table des matières

Texte intégral

Ce texte est un recueil oral fait par un descendant de Rainimaharavo et de Rainialitera.

Nous avons peu de choses sur ces deux personnages de l’époque royale. L’originalité du récit consiste en ce qu’il remet une lumière sur une tradition : la survie du roi Radama après sa disgrâce. Il aurait repris connaissance et aurait été étranglé une seconde fois1. Déjà ici, il y aurait une méconnaisssance de l’âme malagasy : même un animal pris mais qui arrive à s’échapper est laissé pour retrouver sa liberté. Ainsi, ce roi et sa suite auraient émigré vers l’ouest et il semblerait que c’est là-bas qu’il soit décédé2.

Pourrait-on suivre sa trace et voir la part de vérité dans une confrontation entre les souvenirs traditionnels et les compilations « historiques » ?

Un chercheur de mes amis me dit que l’histoire n’est que ce qu’on veut bien voir et retenir. L’histoire est ainsi subjective. Comme l’a dit le professeur Eugène Régis Mangalaza dans son livre La poule de Dieu, « tout événement dépend de l’importance qu’on lui donne ». La description des événements du monde est donc soumise au sujet. Ceci est très dangereux en ce que l’histoire n’est pas unique car dépendante du sujet, des événements, des circonstances, etc., bref, de l’angle où l’on se trouve. Cela enlèverait-il toute prétention de l’histoire à devenir une science ? Vieille question de départ des sciences humaines : est-ce que l’être humain, soumis à toutes sortes de contraintes qui l’encadrent, peut-il être objectif ?

Le fait même de poser la question est un sophisme car l’histoire étant une suite d’événements qui se sont réalisés, elle est descriptive ; décrire est second par rapport à la chose, la science n’est pas l’objet étudié ; mais une réflexion sur l’objet : elle est toujours seconde. Mais un même fait peut être décrit différemment selon le rapporteur ; d’où plusieurs interprétations d’un fait historique.

Sans compter la possibilité du mensonge : l’homme est menteur. La tromperie semble faire partie de son être. Comme le mensonge est l’apanage de quelqu’un qui vise un but, un bien-être personnel, ce serait un geste anti-social qui s’éloigne de la notion kantienne de la liberté : la liberté pour Kant commence là où finit celle d’autrui ; le respect de l’autre est une des bases de la possibilité de la vie en groupe. Quand on ne se respecte plus et qu’on ne respecte plus les autres, la société se désagrège.

Parler de Madagascar n’est pas l’histoire d’une objectivité scientifique ; mais plutôt celle d’une subjectivité économique. Depuis les Grecs et les Romains, on savait que le scientifique dépend du politique, lequel dépend lui-même de l’économique. Tout grand mouvement politique de l’histoire de l’humanité a toujours été lié à des causes économiques. Ainsi par exemple, le fait que toutes les civilisations humaines soient des civilisations de l’eau est lié à une recherche du bien-être social liée à l’eau. Pour trouver les bases de l’histoire connue de Madagascar, il suffirait donc de voir les causes économiques. Marx s’en est bien rendu compte et son analyse est intéressante mais trop scientifique3 : il a voulu mettre l’homme dans un système non humain ; ainsi, des auteurs ont bien dit que le communisme marxiste est concevable pour un ange ou pour une bête ; mais pas pour un homme. Parce que l’homme a une conscience, une liberté. Ainsi, devant la défaite, Spartacus a eu le choix entre se rendre ou se battre, donc se suicider. L’homme se trouve toujours devant un choix, et ce choix peut déterminer l’histoire.

En ce qui nous concerne ici, plusieurs pôles d’intérêt ont « construit » l’histoire de Madagascar. On pourrait même dire qu’elle est le fruit d’une guerre d’intérêts économiques.

Pour expliciter ceci, nous allons prendre en compte quelques considérations : le livre du Pasteur Rabary considéré comme un « roman » par Gabriel Mondain4 qui l’a préfacé5. Dans cet ordre d’idées, d’autres suppositions peuvent s’ajouter : le naufrage de Laborde était-il un vrai naufrage ? Les souverains décédés l’étaient-ils tous vraiment ? Ceci n’est que l’esquisse d’un futur projet que nous tenterons d’entreprendre ; ici, seul un pan sera débattu : le « mystère » Radama II.

L’histoire circule au sein d’une famille malagasy des environs d’Ankadivoribe.

Une considération topographique du plan des lieux d’habitation de la famille parle d’écuries royales. La maison ancestrale de l’intéressé est au beau milieu de ce plan6.

Considérons le texte suivant qui nous vient du petit-fils aîné de Razafimahefa Pierre, un homme bien connu du pouvoir colonial puisqu’il était inspecteur des Eglises catholiques.

« 1) Matetika dia manatitra sy miara-dia amin’ny rainy i Maharavo kely rehefa handeha hiakatra an-drova na hanao fivoriana, na voaantson’ny Andriamanjaka. Efa antitra sy bebe taona io rain’Imaharavo io, sady lavitra ny lalana, mamakivaky lohasaha sy tendrombohitra ; izay no antony iarahany amin’ny rainy.

Noho io fiakarana matetika eny an-drova io dia nifanerasera tamin’ny zanakandriana sy ny zanaky ny tandapa i Maharavo ; ka mandritra ny fotoana iasan’ny rainy, dia miara-milalao amin’ny zanaky ny manamboninahitra sy ny zanakandriana izy. Itantaràny angano sy hatsikana ireo ankizy tao an-tokotanin-drova ka variana sy gaga ; ary koràna sy hehy no mameno ny fotoana.

Taty aoriana dia ny vadin’ny Andriamanjaka mihitsy no manafatra hoe : « Aza adino ny mitondra an’i Maharavo kely rehefa mankaty an-drova ianao amin’ny manaraka. » Tsapany mantsy fa zaza marani-tsaina i Maharavo ary mora mifandray amin’ny manodidina azy ary tsapany fa tonga marani-tsaina sy mavitribitrika ireo ankizy tao an-dapa tamin’ny fifaneraserana aminy.

2) Anisan’ny manampahefana mamita iraka any an-tany lavitra ny rain’i Maharavo ; toy ny fikarakarana rehetra amin’ny fakàna ireo mpampianatra sorabe avy any Atsimo Atsinanana. Ireo Antemoro sy ny tariny ireo no lasa mpinamana taminy. Dia nifampita fahaizana izy ireo. Dia ny fitantaràny ny dia naleha sy ny zavatra rehetra tamin’ny zanany lahy no nampitombo tsikelikely ny fahaizan’ity farany.

Samy avo ranjanana na ny Rainimaharavo, na i Maharavo, samy fotsy ary nofosana.

Azo lazaina hoe confident-n’ny Andriamanjaka io Rain’Imaharavo io, satria izy koa no voairaka foana handeha haka, hitady sy hifantina ny raokandro itsaboana ny ao an-dapa, toy ny fakàna ny tangena any amin’ny faritra. Izy ihany koa no lasa mpanara-maso sy mpandrindra ny asan’ny “tafontranon’Andriana”, ka na dia mpibaiko ny antily aza izy, dia tsy navelan’ny Andriamanjaka ho any amin’ny fanazarantena ataon’ny antily7. Ny antily dia miaramila mpialoha làlana ny tafika, ireo mpitsikilo, “Dimampololahy” no fiantsoana azy ireo.

3) Lasa mpanaramaso ny fikarakarana ny sampin’Andriana koa izy; toa an’i Manjakatsiroa sy Kelimalaza. Maro ireo tsiambaratelo mikasika ny asa nosahaniny. Ka ny zanany Imaharavo no itantaràny ny voandàlana rehetra, hany ka toa vato namelan-kafatra ilehio.

Ka nony tsy teo intsony io rainy io, dia i Maharavo no nisolo ny asa nosahanin’ny rainy; ary lasa “confident”-n’ny Andriamanjaka toy ny rainy koa izy. Ka nialona ny Praiministra, hono.

Notendrena ho Andriamasinavalona Rainimaharavo, fa tsy nety satria tsy tiany ny hobaikoan’ny olona tsy tia azy, hono. Satria izy dia manamboninahitra mpibaiko koa na dia tsy Andriamasinavalona aza!

Anisan’ny itiavan’ny Andriamanjaka an-dRainimaharavo ny fahaizany zavatra maro ilaina amin’ny fifehezana ny fanjakàna, ny fitantanana ny sampin’Andriana, ny fitsaboana, sns.

4) Imanjakatsiroa: Hainy amin’ny antsipiriany ny mikasika io sampy io. Notantarain’ny dadany azy ny fiaviany, ny fanompoana sy ny fanamasinana azy; ary izy no lasa mpanaramaso ny harifenitra manodidina ny sampin’Andriana. Ohatra; toy izao ny sorona fanamasinana ny sampy vitsivitsy.

Manjakatsiroa: sorona alatsa-drà, olona virijiny. Fady tsy azo atao sorona ho an’i Manjakatsiroa ny taranak’andriana sy taranak’andevo.

Saina fotsy no tandindon’i Manjakatsiroa. Ny mpisorona sy ny mpanompo azy dia mifady osy, lambo, tongolo lay ary mirandrana. Malabary fotsy madio no fitafy sy salaka.

Ikelimalaza: vehivavy bevohoka no voatokana hatao sorona amin’Ikelimalaza ka ny mason’ny zaza ao ankibony no alaina. Atao amin’ny moara ary ahantona amin’ny saina mena. Fady lambo sy tongolo Ikelimalaza.

Fehilohamena sy ankanjomena no itafiana.

Saina maitso no tandindon’i Rafantàka.

Ny fotsy sy mena dia lokon’ny saina tamin’ny andron-dRadama I. Tandindon’ny sampin’Andriana io, dia Imanjakatsiroa sy Ikelimalaza. Rehefa hanafika na hanao matso, dia io saina io no entin’ny mpanompo azy mialohan’ny tafika rehefa hanafika na hanao matso. Aorian’ny “Dimampololahy” no misy ny sampin’Andriana.

5) Anisan’ny olona nandala ny sampy sy ny sikidy i Rainimaharavo. Maro ny fitsaboana avy tamin’ny Arabo no hainy sy voafehiny ka nampiasain’i Rainialitera taty aoriana. Ireto misy ohatra vitsivitsy.

Any an-tendrombohitra lavitra ny tanàna no manamboatra sy mipaika vato Ialitera, lehilahy fohy fa fonentana sy nofosana. Masiaka be ronono hono izy izay ary rangasofina.

Manamboninahitra izy fa tsy be toy ny raibeny sy ny rainy, toa enina voninahitra izy izay angaha? Rehefa vita tsara ny vato voapaika araka ny “commande” ataon’ny vazaha na ny “client”, –ohatra rangolahy na laona vato na koa vatolahy, sns.– dia tsy maintsy entina hatao “livraison”. Ka ny laona vato eo ho eo amin’ny 80 kilao, ny rangolahim-pasana 180 hatramin’ny 200 kilao, ny vatolahy 200 kilao, sns. Tsotra ny ataony mba itondràna laona vato iray ohatra 90 kilao eo ho eo: ody fanamaivanana natao tamin’ny fandrotrarana sy zavatra hafa; dia ranoina amin’ny rano an-tanim-bato; any an-tendrombohitra any no fanirian’ireo akata fanao ody ireo. Dia tampenana faham-borodamba ny sofina ary tsy miloa-peo intsony dia sotroina io fangaro io. Dia bataina ilay laona vato be; ary dia lasa maivana toa vera iray; dia entiny an-kilaometatra maro –izy irery no milanja io laona io hatrany amin’ny toerany. Rehefa tonga ny mpividy ka lafo ilay laona dia na olona efa-dahy aza sahirana dia sahirana mibata ilay laona izay nentin’Ialitera irery no nahatongavany teo.

6) Ody folaka

Sahirana dia sahirana ny Anglisy mampianatra ny miaramila malagasy ny fomba famolahana ny soavaly satria masiaka dia masiaka ireo soavaly dia noentina avy any Afrika Atsimo. Gaga anefa ilay manamboninahitra vazaha nahita ny nampitonian-dRainialitera ilay soavaly. Nisambo-dalitra vitsivitsy izy dia nataony tao anaty vera misy rano, dia natorany teo amin’ny lohan’ilay soavaly; dia nohazoniny mafy ny lamboridy –izy koa moa nofosana be rahateo! Tsy mahahetsika ilay soavaly ka manaraka azy mora foana! Ilay Anglisy saika hanao démonstration, kay izy indray no naka lesona. Ny hoe ody folaka dia famolahana no fototeny –famolahana omby sy soavaly– fa tsy hoe rantsam-batana folaka na tapaka tsy akory.

Ka io no tantarain’ny olona ankehitriny raha sendra latsaka ao anaty vera misy toaka na ranom-boankazo ny lalitra iray; dia mody miala tsiny hoe “ody folaka io” rehefa tsy te-hanary ilay toaka ilay tompon’ny vera. Dia mody esorina amin’ny ankihikely ilay lalitra, dia sotroina haingana ilay toaka, sady mbola manamafy hoe: “ody folaka iny!”

Ka raha ny marina dia isika Malagasy no nampianatra ny Anglisy hamolaka soavaly amin’ny fomba haingana sy tsy mandany vola no tsy mandany lera. Ny Arabo no nampianatra azy ireo ody maromaro ireo. Izany hoe Rainimaharavo no nampita azy tamin’i Rainialitera. Marobe ny fahaizan’i Rainimaharavo; fa vitsivitsy no niampita tamin’i Rainialitera, ary tsy nisy niampita tamintsika intsony ankehitriny. Tsy hay ny antony; hoe lasa kristiana ve? Ny tsy azoko dia izao: Rainialitera dia kristiana, kanefa dia mampiasa ody amin’ny fiainany andavanandro.

7) Na i James Cameron aza dia talanjona tamin’ny fahaizan’i Rainialitera mipaika vato. Sary tsotra amin’ny taratasy no asehon’i James Cameron. Avy hatrany dia rafitra ny asa; ary tena ao amin’ny ilany azy rehefa vita. Mahay mandrafitra hazo ihany koa i Rainialitera; satria anisan’ny ekipa nanao réparation an’i Manjakamiadana izy fony tovolahy –mbola vita tamin’ny hazo ny lapa tamin’izany. Ka nony novàna ho vato, dia Rainialitera no nanana andraikitra niaraka tamin’ny vazaha; ary ny- tranony teny Ambodifano dia nataony nitovy tamin’ny lapa Manjakamiadana, fa somary kelikely kokoa. Efa rava io trano naorin-dRainialitera io noho ny sotasota nataon’ny tsy tia sy ny mpankahala ka tsy haiko na Rainialitera no tompony na izy no nanamboatra fotsiny.

Manao ny fanamboarana rehetra amin’ny rafi-bato izy. Ary i James Cameron no patron nibaiko azy. Mahazo mivoaka sy miditra malalaka ao amin’ny rova izy. Atahoran’ny miaramila izy satria koa mahay mazia ary koa tia somonga ; kanefa masiaka ; eo rahateo ny maha-manamboninahitra azy. Izay miaramila mpiambina tratrany milalao fanorona dia ampilanjainy ampahana vato voapaika. Izy misotro fanafody dia maivana ho azy ilay silaka andry vato ; dia omeny na atolony an’ireo miaramila tratra nilalao fanorona fa tsy niambina : avy hatrany dia voatsindry vato izy roalahy, dia eo raikitra eo ; eo no raisina, fay !

8) Ny fitaovany sy fiasany trano, fanaovana pai-bato, sy ny sisa, dia mbola nisy voatahiry tao amin’ny tranon’i Papà tao Ambodifano tao ambany rihana tamin’ny 1973. Tao no nahitako ireo fiasana tranainy ireo ; tao no vita tamin’ny hazo, tao ny vita tamin’ny vy, karazana lamasy, « pince » sy birà. I dadafara Leksa no nanazava sy nitantara tamiko ny mikasika ireo.

Rehefa nalefa nandositra ny Andriamanjaka tena izy, dia maty voakenda roroka nisolo vaika azy ny zanak’anadahin-dreniny, mpiaraka aminy sy ny Menamaso. Fikoropahana no nialana sy nandaozana ny lapa ; olona efapolo mianaka no indray nalefa nandositra. Samy nanana ny lalan-kivoahany izy ireo niala ny lapa. Fa samy namonjy miankandrefana ny dia.

Nony tafavoaka lavidavitra, dia tafara-dia nanalavitra an’Iarivo.

Herinandro taty aoriana, nantsoin’Andriamampandry mangingina Rainialitera ka nataony hoe: “Efa napetrako ao anaty vata fasianao fitaovana fiasàna fampiasanao ny sabatry ny Andriana, ny volamena sy volafotsy ampombaina ny lasa nampandosirina.

Ianao Rainialitera no afaka mivezivezy, miditra sy mivoaka ao anaty Rova, sy ety ivelany ka tsy voasava, satria ambany grady noho ianao ireo ireo miaramila mpisava ireo; ka ataovy izay ahatafavoahana ireo zavatra ireo. Dia ianao no manatitra azy; manatratra ireo lasa nandositra any Antsakalava any. Ianao rahateo mahay mitaingin-tsoavaly ka inoako fa tsy ho sarotra aminao io asa io; fa izaho Randriamampandry efa tsy atokisan’ny Tandapa vaovao mpiodina intsony.”

9) Sarotra ho an-dRainialitera ny fandidiana:

Hamoaka vata lehibe misy fitaovam-piasàna eo am-bavahadin’ny Rova.

Any amin’ny rihana voalohany no havoaka io vata be io.

Rainialitera efa nahazo fanasàna tsy hihetsika eto Iarivo; fa hisy fizaràna seza amin’ny manamboninahitra atokisana hiara-miasa amin’ny Mpanjaka vavy sy ny Praiministra.

Ny soavalin’ny Tafika dia ny Praiministra no manome alàlana hitondra soavaly hody sy amin’ny fotoana maharitra.

Soa ihany fa nisy andian-tsoavaly vitsivitsy alefa hosasàna eny Ikopa havoaka avy ao amin’ny tokotanin’ny rova. Mila tana-maro hitarika ireo soavaly ireo. Io no nohararaotin-dRainialitera amoahana ireo entana efa voaoman-Randriamampandry.Tafavoaka tsy nisy olana, tsy nisy nisava ireo soavaly.Tao anaty gony misy tain-tsoavaly ny sabatra sy ny entana hafa.

Nampitafiana bodofotsy ireo soavaly ireo. Ary nony latsaka ny alina, dia lasa niankandrefana nitaingin-tsoavaly Rainialitera.

10) Ela ny diany teny am-panenjehana ireo olona nandositra hisintaka an’Iarivo, hiazo any Antsakalava.Tratrany teny anebakeban-tany ireo mpandositra, natolotra ny entana: Sabatra maha-mpanjaka, volamena sy volafotsy.

Avy eo dia nitodi-doha izy.

Voatery dia an-tongotra no niverenan-dRainialitera taty Iarivo; fa notazomin’ny Andriamanjaka ny soavaly; andevo iray no nasolo ny soavaly hitondra ny vatsy sy ny entana. Matin’ny tazo io andevi io nony afaka andro vitsivitsy; izy irery sisa no nanohy ny dia ka amam-bolana vao tafaverina tao Ankadivoribe.

Efa vita ela ny fizarana asa sy seza ho an’ny manamboninahitra nitokisan’ny Praiministra sy ny mpanolotsaina isan-tokony. Tsy nanana anjara andraikitra teny an-dRova intsony Rainialitera.

11) Dia nanao asa fanorenan-trano sy nitety faritra maro izy: trano fiangonana, fasana, vatolahy, làlana; izany no namboariny sy nataony antom-pivelomana; maro ireo mpiasa mpanampy azy. Lasa mpanana be izy ary velona ny ahiahy. Taty aoriana elabe, nisy ny nanely tsahoa hoe: « Lainga ny hoe nanatitra ny sabatry ny Andriana sy ny volamena ary volafotsy Rainialitera; fa nafeniny ao amin’ny tranovato naoriny ao Ambodifano ireo zavatra ireo. »

Ireo marivo salosana dia nanomboka nitady sy nisava ary nisikotsikotra ny vodirindrina...hany ka niha-rava tsikelikely ilay trano vato. Ny hazo sarobidy moa dia namidy; toy ny gorodona sy ny varavarana rehetra... Voamboana vita sikotra tsara tarehy; ny andry vato dia tapitra nianjera; Dongon-tany sisa tavela; lasa tanàna haolo ilay lapa kely tao Ambodifano, tanànan-dRainialitera. Lapa kely tsara tarehy hono izy izay!

12) Nisy koa fahaizana avo lenta izay nozarain’ny mpimasy arabo tamin-dRainimaharavo dia ny fifehezana ny varatra izany, ny fifehezana ny havandra, ny fibaikoana ny rotsa-korana ary ny fifehezana ny rivotra.

Raha hitady raokandro any amin’ny ala atsinanana i Rainimaharavo, dia mitondra mpimasy arabo izy hanoro sy hamantatra ilay fanafody ilaina sy tadiavina. Fomba tsotra no ampiasain’io mpimasy io. Andatsahany varatra amin’ny alalan’ny fanondrony ny zava-maniry iray; ka raha latsaka ny varatra dia tsy io izany no tadiavina; fa raha tsy mipoaka ny varatra, na tsy misy tselatra, dia io ilay tena izy; na koa mipoaka ny varatra, fa tsy may ilay zava-maniry. Dia io no hotazana sy entina mba anamboarana fanafody. Anisan’izany ny odi-may; notondroin’ilay mpimasy arabo ilay hazo maniry, nipoaka ny varatra, nisy tselatra mazava be; fa tsy may ilay hazo. Dia io no nakana ravina an’entana vitsivitsy.

13) Nony tonga teto Imerina volana vitsivitsy, dia hoy ny fanontaniana hoe “aiza ary ny hodi-may”? Nokarohina nozahana fa tsy hita. « Aiza ary ilay tsivakimbaratra ? » Nony hita ilay ravinkazo, dia nomena anarana hoe “tsivakimbaratra”. Manasitrana ny hoditra sy nofo main’ny afo na rano mangotraka io Tsivakimbaratra io. Ny fadiny dia tsy azo tehirizina an-trano io ravina io rehefa sitrana ny fery; fa mitarika fahamaizan’ny trano; izany hoe mikai-doza. Ariana avalana any Ikopa ny sisa tavela tamin’ny tsivakimbaratra rehefa sitrana ny may, sao mampidi-doza.

14) Tsy mpimasy tsy akory Rainimaharavo, fa lehilahy tso-piaina, marani-tsaina, mahay mifandray amin’ny manodidina; ka voafolaka manara-dia azy ireo manam-pahaizana vahiny ireo ka ataony fitaovana hampandry fahalemana ny tany. Nomen’ny Andriamanjaka vohitra honenany ireo mpimasy arabo ireo fahiny elabe. Ohatra ny mpimasy arabo atao hoe Habiby dia nipetraka tao Ambohitr’i Habiby; ny nipetrahan’i Ahaba dia Ambohitrarahaba.

Anisan’ny tafa nifanaovako tamin’i dadabe Razafimahefa Pierre, tamin’izaho niandry azy teny amin’ny hopitaly Befelatanana fony izy voan’ny fahatapahan’ny lalandrà, ka notsaboina teny. Ny tongony no nalemy, fa miresaka ara-dalàna tsara izy ary tsy very saina; fa mitantara izay sendra tiany ambara ho fanilo miampita. Nony niditra hopitaly fanindroany izy dia efa reraka be, ka tsy nitantara intsony fa baiko moana no nataony.

15) Tsy mazava tamiko ny fifandraisan’i Rainimaharavo sy Rainialitera, mpianaka nifampiteraka ve sa zanak’anabavy sa zanadrahalahy? Ny fanamarihana aloha dia nifankatia tokoa izy mianaka. Tsy nisy nanambara tamiko ny momba ny raibeny sy renibeny koa anefa.

Saika nisy ny diantanan’i Rainialitera daholo ireo tranovato fahiny teto Ankibonimerina. Toy ny fiangonana, ny fasandrazana, ny tsangambato, ny kitohatohabato, ny arabe. Simban’ny orana tao ambony ireo sary fahiny nirakitra ireo razantsika ireo satria nitete ny tafo, tsy nisy nikarakara.

16) Tamin’izaho afaka CEPE, nifindra 6ème, dia nanao vakansy tany amin-dry dadatoa Marcel fony izy mivady nivarotra teny Andravoahangy ambony; nony avy eo izy nifindra teny Antohomadinika. Nisy tany malalaka filalaovan’ny ankizy tao Antohomadinika eo afovoan-tanàna, dia vory eo daholo ny ankizy rehetra. Vahiny izahay, sady manao tenim-betsileo; hany ka fialam-bolin’ny ankizy teo ny miresadresaka aminay; nifandray tsara ihany ny tadin-dokanga. Fa nisy zazalahy boda mainty izay no mpisotasota taminay, manao sabotazy ny kilalao izay ataonay. Tezitra aho indray andro fa notondrahan’io zazalahy io hoilividanza teo ambony kalesy-rolema; feno menaka mainty izaho sy ny kalesy. Dia hoy aho hoe “Ilay andevolahy demony velona ity!” Satria koa moa tamin’izany fotoana izany ny fiheverako dia hoe izay mainty dia andevo avokoa. Satria mijery sinema mikasika ny fanandevozana tany Afrika izahay tao amin’ny trano fandefasana sarimihetsika tao Ambalanjatovo tany Fianarantsoa; anisan’izany ry Bozambô sy ry Tamangô, filma noareblan mikasika ireo pirate sy andevo nangalarina tany Afrika.

Tezitra ny renin’ilay zazalahy boda maintibe ka tonga nanatona tao amin’i Papà Razafimahefa Pierre – i Papà no nasain’i Mama Lety niambina anay; fa izy sy ry mama lasa niantsena tany Analakely. Dia niresaka tao an-trano ry Papà sy ilay ramatoa. Avy eo dia natsoin’i Papà izaho hody any an-trano dia hoy izy tamiko: “Tsy fanao ny manompa olona sy manao olona hoe andevo izany fa vonoin’olona amin’izany eo ianao an!”

17) Nony avy niantsena ry Mama dia nentin’i Papà izaho hiaraka aminy hanao vakansy eny Ankadivoribe. Dia teny no nitantaràny tamiko ny mikasika ilay dadabeny tany aloha elabe tany, nanao ny asan’ny fitsaràna tamin’ny andron’ny Mpanjaka teto Madagasikara. Nambarany tamin’izany fa io dadabe io no mikarakara ny fampinomana tangena. Izy no mitady ny voantangena any an-tany lavitra any; izy no mifantina ny voa tsara hanaovana io poizina homena ny mpamosavy tratran’ny latsa-bato io. Entina eo an-kianja ireo olona ahiahiana; ampandohalehana milahatra tsara, atao tànana ivoho; dia asiana haronkely ao andamosiny. Dia milahatra ny vahoaka mandatsaka vatokely ao anatin’ny harona an-damosin’ny olona hitany nivoak’alina na nanitsa-pasana. Ka izay mavesatra ny harony no atao tatitra any amin’ny Andriamanjaka. Dia voriana ny mpanolotsaina. Dia manao tatitra ny mpanolotsaina. Dia ny mpanjaka sy io dadabentsika io no manapaka farany amin’izay hanaovana ireo olona vitsivitsy misy vesatra maromaro ao an-karon-keliny. Satria lehilahy mahitsy fijery io dadabe io ary natokisan’ny mpanjaka. Ary vitsy no nahalala fa mpanolotsina manokan’ny mpanjaka izy. Satria voasarontsaron’ny andraikitra hafa io asa maha-mpanolo-tsaina azy io. Eny am-panaovana fanorona eny am-bavahadin’ny tanàna no iresahany ny mikasika izay hanaovana ireo ahiahiana ho mpamosavy.

18) Izay hita sy tsapa fa endrikendrika no nahatonga olona iray tratry ny latsabato maro, dia misy fombafomba ataon’io dadabe io mandritra ny fampinomana : raisiny ny kapoaka mangidy, kapoaka feno rano tangena io. Dia somary atsipy amin’ny vazantany efatra; atopatopa ankavia sy ankavanana; atao izay hahavery sasaka azy, na fari-bodiny sisa tavela ao anaty kapoaka dia somary atao an-terisetra ny fampitohofana io kapoaka io ao am-bavan’ilay ahiahiana. Tsy tafiditra ao am-bavany ny ankamaroan’ilay poizina fa raraka ety ivelany. Sady takon’ny lamba fotsy isaloran’i Dadabe izay ataony ao. Ny vahoaka moa ery ambany ery mitazan-davitra alamin’ny miaramila mpiambina mba tsy hanatona akaikin’ny toeram-pampinomana. Avy eo, hono, dia ampisotroina kobam-bary manta sy hoditr’akoho manta ilay olona dia teriterena ny kibony dia avela hitsinkasinkasina eo ambony lampihazo eo. Raha mahazaka tena izy rehefa avy mandoa dia asain’i dadabe halain’ny havany haingana mba ampandroina eny Ikopa; dia manao fety be ny fianakaviany fa tsy maty fo aman’aina.

19) Fa raha tsapa kosa fa tena mpamosavy ratsy fanahy ilay olona, dia mody araraka kely amin’ny vazantany efatra; dia genagenaina tsy ho very loatra ny ao anaty kapoaka. Atao fohifohy ny vavaka sy ozona atao amin’ilay olona ahiahiana. Asanasana be ny vavan’ilay olona; dia aidina moramora any an-tendany any ny rano rehetra tao anaty kapoaka. Avy eo dia tampenana ny vavany tsy ho afa-mandoa. Dia kobam-bary kely no amena azy; ary sombina hoditr’akoho kely dia kely no atao eo imolony; sady tampenana ny orony sy ny vavany; ary alefa itsinkasina ery rehefa avy eo. Torana moa ilay ratsy ary haingam-piasa ilay poizina. Tsy mahazaka tena fa dangy ilay mpamosavy. Ka raha toy izany dia tsy azon’ny havany kasihina ny fatin’io mpamosavy io. Ary ny tena loza hoy ny Vazaha dia izao: Tsy azo alevina ny mpamosavy maty tamin’ny fampinomana fa atsipy any Ampamarinana, dia hohanin’ny alika ny fatiny. Ary ny havany sy ny vady aman-janany dia avarina ho andevo. Ka ireo olona ireo dia mety ho fotsy hoditra, olona isan-karazany; fa tsy ny mainty ihany no andevo. Ranavalona III anie ka mainty fihodirana e, ilay ataon’ny any Fianarantsoa ho “maitso kely”! Nefa izy dia Andriana sy Mpanjakan’I Madagasikara! Ny taranak’andriana ao Ambohimalaza dia mainty hoditra sady mety ho ringi-bolo. Nisy koa teto Imerina ireo natao hoe Mainty nefa fotsy hoditra. Toy ny taranaky ny Mainty enin-dreny!

Izany no anatra nomen’i Papà Piera aho.  »

 « 1) Souvent le petit Maharavo accompagne son père quand celui-ci se rend au palais pour une réunion ou quand il est appelé par le Roi. Il est déjà vieux, assez âgé, ce père de Maharavo8, et la route est longue, à travers monts et vallées ; c’est pour cela qu’il allait avec son père.

A cause de ces fréquentes montées au palais, il était en contact avec les princes et les enfants des courtisans9 ; et pendant que son père travaillait, lui il jouait avec les enfants des officiers et les princes. Il leur racontait des contes et des plaisanteries, à ces enfants de la cour du palais qui étaient captivés et charmés ; et la journée était remplie de joie et de rires.

Plus tard, c’était la femme du prince régnant elle-même qui lui disait : « N’oublie pas d’emmener le petit Maharavo quand tu viendras au palais la prochaine fois. » Elle comprenait l’intelligence de Maharavo et sa facilité à communiquer avec son entourage et elle sentait que les enfants du palais devenaient intelligents et vigoureux quand il se mêle à eux.

2) Le père de Maharavo était un officier qui faisait des missions dans les terres lointaines, comme tous les préparatifs pour ramener les enseignants de Sorabe du Sud-est. Ces Antemoro et leur suite sont devenus amis avec lui. Et ils ont échangé leurs savoirs. Et ce sont les récits de son voyage et de toutes ces choses à son fils qui augmentent petit à petit les connaissances de ce dernier.

Tous deux étaient de haute taille, que ce soit Maharavo ou Rainimaharavo, ils étaient de peau blanche et bien en chair.

On peut dire que ce Rainimaharavo était le confident du Roi, parce que c’est toujours lui qui était le commissionn aire pour prendre, pour chercher et choisir les simples pour guérir les gens du château, de même que pour chercher le tanguin dans les régions. C’est encore lui qui était le superviseur et l’organisateur du travail des « toits-du-roi », et même s’il dirige les éclaireurs, le Roi ne lui imposait pas d’assister à leur entraînement. Les éclaireurs étaient des soldats qui devançaient l’armée, des espions, « Cinquante-Hommes » était leur appellation.

3) Il est aussi devenu le surveillant des préparatifs des talismans royaux, comme Manjakatsiroa et Kelimalaza. Il y a de nombreux secrets qui concernent les travaus qu’il a assumés. Et c’est à son fils Maharavo qu’il raconte toutes les nouveautés. Et c’est de cette façon que ce dernier est devenu la pierre qui retient les secrets.

Et quand son père n’était plus là, c’est Maharavo qui l’a remplacé dans ses attributions ; et il est devenu comme son père le confident du Roi comme l’était son père. Et on disait que le Premier ministre en était jaloux.

On l’avait désigné Andriamasinavalona, mais il a refusé parce qu’il ne pouvait pas accepter de recevoir des ordres de quelqu’un qui ne l’aime pas, dit-on. Parce que lui, il était officier d’active même s’il n’était pas Andriamasinavalona.

Une des raisons pour lesquelles le Roi (ou la reine ?) aimait Rainimaharavo était sa connaissance des nombreuses choses pour gouverner le royaume, la maîtrise des talismans royaux, l’art de guérir, etc.

4) Imanjakatsiroa : Il connaît tous les détails en ce qui concerne ce talisman. Son père lui a raconté son origine, la manière de le servir et de le vénérer, et il est devenu le surveillant de tout ce qui concerne les talismans royaux. Ainsi par exemple, voici les sacrifices pour sanctifier quelques talismans.

Manjakatsiroa : sacrifice sanglant, une fille vierge. Il est tabou d’offrir en sacrifice à Manjakatsiroa des descendants d’Andriana ou des descendants d’andevo. Le drapeau blanc symbolise Manjakatsiroa. Ses sacrificateurs et ses serviteurs ont le tabou de la chèvre, du sanglier, de l’ail et de se tresser les cheveux. Ils se vêtent de la toge « malabary » blanche et d’un pagne10 blanc.

Ikelimalaza : C'est une femme enceinte qui devait être sacrifiée à Ikelimalaza et ce sont les yeux de l’enfant dans son ventre qu’on prend. On les met dans une corne à talisman et on pend le tout sous un drapeau rouge.

Ikelimalaza a le tabou du sanglier et des oignons.

On se vêt d’un bandeau11 rouge et de vêtements de la même couleur.

Rafantàka est symbolisé par un drapeau vert.

Du temps de Radama Ier, le drapeau était blanc et rouge. C’était le symbole des talismans royaux, Manjakatsiroa et Ikelimalaza. Quand ils vont à une bataille ou faire un défilé, c’est ce drapeau que les serviteurs arborent devant l’armée quand ils vont à une bataille ou à un défilé. C’était derrière les « cinquante-hommes » qu’il y a les talismans royaux.

5) Rainimaharavo vénérait les talismans et le sikidy. Il y a beaucoup de médications venant des Arabes qu’il maîtrisait et que Rainialitera a utilisées plus tard. En voici quelques exemples.

C’est dans les montagnes loin des villages qu’Ialitera fabrique et sculpte les pierres ; [c’était] un homme de taille courte mais trapu et bien en chair. Il était violent mais généreux et il avait les oreilles pointues.

Il avait des honneurs mais pas aussi nombreuses que son grand-père et son père ; il semblait qu’il avait six honneurs. Quand il avait fini de travailler la pierre selon la commande des vazaha ou du client –par exemple un rangolahy ou un mortier en pierre ou une pierre levée, etc.– il devait faire la livraison. Et un mortier en pierre pesait environ 80 kilogrammes, les pierres tombales 180 à 200 kilogrammes, les pierres levées 200 kilogrammes, etc. Il procédait simplement pour transporter le mortier en pierre d’environ 90 kilogrammes : il utilisait la « médication contre les lourdes charges » faite avec une herbe des champs et autre chose ; il y ajoutait de l’eau des rochers ; c’est dans les montagnes que poussent ces herbes médicinales. Et il se bouchait les oreilles avec des chiffons, ne parle plus et boit la mixture. Puis il prend le gros mortier en pierre comme si c’était un simple verre ; et il le porte sur plusieurs kilomètres –il était seul pour ramener le mortier à destination.

Quand l’acheteur arrive et que le mortier est vendu, même quatre hommes ont du mal à soulever le mortier que Rainialitera a apporté à lui seul.

6) Ody folaka

Les Anglais avaient des difficultés pour apprendre aux soldats malagasy la manière de dresser les chevaux parce que ceux-ci étaient rétifs et venaient d’Afrique du sud. L’officier vazaha était étonné en voyant la manière dont Rainialitera calmait le cheval. Il attrapait qualques mouches puis il les mettait dans un verre rempli d’eau, puis il lançait l’eau sur la tête du cheval, en tenant fort les rênes –ai-je bien dit qu’il était trapu ?

Le cheval ne pouvait bouger et le suivait docilement ! L’Anglais pensait faire une démonstration, et c’était lui qui prenait la leçon. Dans le mot ody folaka12, médication pour les ruptures, le radical est « dompter » –dompter un boeuf ou un cheval– mais non rupture de membres.

Et c’est resté dans les usages quand il y a une mouche qui tombe dans un verre de jus ou d’alcool, l’intéressé s’excuse en disant que c’est un ody folaka, quand il ne veut pas jeter le contenu. Et il enlève avec l’auriculaire la mouche, et il avale rapidement le jus en répétant que c’était un ody folaka !

En vérité, c’était nous les Malagasy qui avions appris aux Anglais à dompter les chevaux avec une manière rapide, pas chère et qui ne prend pas de temps. C’étaient les Arabes qui lui avaient appris ces nombreuses médications. C’est-à-dire que Rainimaharavo les a transmis à Rainialitera. Rainimaharavo avait de nombreuses connaissances, mais bien peu était arrivé à Rainialitera, et presque rien n’est arrivé jusqu’à nous actuellement. On n’en connaît pas la cause, est-ce parce qu’on était devenu chrétiens ?

Ce que je ne comprends pas, c’est que Rainialitera était chrétien ; mais il utilisait ces ody dans sa vie quotidienne.

7) Même James Cameron était étonné du savoir de Rainialitera sur l’art de travailler la pierre. Il montrait un simple dessin sur papier, et le travail commence directement et la pierre était toujours comme il la voulait. Rainialitera savait aussi travailler le bois ; parce qu’il était de l’équipe qui réparait Manjakamiadana quand il était jeune –le palais était en bois à ce moment-là. Et quand on l’a changé en pierres, c’était Rainialitera qui s’en était occupé avec les vazaha ; et sa maison d’Ambodifano, il la faisait pareille au palais de Manjakamiadana, mais en plus petit. Cette maison érigée par Rainialitera est maintenant détruite à cause des malversations de mal-intentionnés et de leur haine et je ne sais pas si Rainialitera en était le propriétaire ou seulement le constructeur.

C’était lui qui faisait toutes les constructions en pierre. Et James Cameron était son patron qui lui donnait les directives. Il pouvait entrer et sortir librement du palais. Les soldats avaient peur de lui parce qu’il connaissait la magie et aimait plaisanter ; et pourtant il était strict ; c’est aussi parce qu’il était officier. Il faisait porter aux soldats en faction qu’il surprenait en train de jouer au fanorona13 une portion de pierre travaillée. Comme il boit une médication contre les lourdes charges, le morceau de rocher lui est léger, et il le donne à porter aux soldats qu’il a surpris en train de jouer pendant les heures de faction ; ils sont coincés sous le rocher, les deux soldats, et ils y restent ! Ils ne sont pas prêts de recommencer !

8) Ses outils et ses appareils de construction, ses outils pour travailler la pierre, etc. il y en avait de conservés dans la maison de Papa à Ambodifano au rez-de-chaussée en 1973. J’y ai vu ces anciens outils ; il y en avait qui étaient faits en bois, des qui étaient faits en fer, des sortes de massues, des pinces et des burins. Oncle Alex m’avait expliqué ce qui concerne ces outils.

Quand on a fait fuir le vrai Roi, on a étranglé pour le remplacer son cousin croisé, compagnon de beuverie avec les Menamaso. C’est avec précipitation qu’on a quitté et abandonné le palais ; on a fait fuir une quarantaine de personnes. Chacun avait son chemin pour sortir ; mais tout le monde est allé vers l’ouest. Et une fois sortis loin, ils sont allés ensemble quitter Antananarivo.

Une semaine plus tard, Andriamampandry appelait en silence Rainialitera et lui dit : « J’ai déjà mis dans ta malle à outils habituelle le sabre du Roi, son or et son argent qu’on doit rapporter à ceux qu’on a fait fuir.

Toi, Rainialitera, tu as la possibilité de circuler librement, d’entrer et de sortir du palais, et à l’extérieur sans être fouillé, parce que tous les soldats fouilleurs sont de plus bas grade que toi, alors fais sortir ces choses. Et ce sera toi qui les apporteras, tu rejoindras ceux qui se sont enfuis à Antsakalava. Tu sais déjà monter à cheval et je crois que cette mission ne sera pas difficile pour toi ; car moi Randriamampandry, les nouveaux conseillers qui ont trahi n’ont plus confiance en moi. »

9) Il était difficile à Rainialitera de trancher :

Faire sortir une grosse malle avec les outils par la porte principale du Palais.

C’est du premier étage qu’on doit faire sortir cette malle.

Rainialitera a déjà reçu l’invitation de ne pas bouger d’Iarivo, car il y aura une distribution de sièges aux officiers de confiance qui vont travailler avec la Reine et le Premier Ministre.

C’est le Premier Ministre qui donne l’autorisation aux chevaux de l’armée de rentrer et de rester là-bas pour une longue durée.

Heureusement qu’il y a eu un troupeau de chevaux à emmener se laver dans l’Ikopa dans la cour du palais. On a besoin de mains pour conduire ces chevaux. Rainialitera en profite pour faire sortir les bagages préparés par Randriamampandry. Il est arrivé à sortir sans problème, personne n’a fouillé les chevaux. C’était dans un sac plein de crotte de cheval qu’on a mis le sabre et les autres bagages.

On a mis des couvertures sur les chevaux. Quand la nuit fut venue, Rainialitera galopait vers l’ouest.

10) Il a voyagé longtemps pour suivre ces gens qui se sont enfuis quitter Iarivo, pour rejoindre Antsakalava. Il a rejoint les fuyards dans le no man’s land, les bagages furent donnés, le sabre royal, l’or et l’argent.

Puis il a rebroussé chemin.

Rainialitera était forcé d’aller à pied pour le retour vers Iarivo parce que le roi a retenu le cheval ; il l’a remplacé par un esclave pour porter les bagages et le ravitaillement. Cet esclave a été tué par la malaria quelques jours après ; il était seul pour continuer et cela lui a pris des mois pour rentrer à Ankadivoribe.

Le partage du travail et des sièges pour les officiers de confiance du Premier Ministre et pour les conseillers était terminé depuis longtemps. Rainialitera n’avait plus de part de travail au Palais.

11) Il s’est mis à bâtir des maisons et a traversé diverses régions : [il a construit] des églises, des tombeaux, des pierres levées, des routes ; c’est ce qu’il a construit et dont il a fait sa subsistance ; il avait beaucoup d’employés qui l’assistaient. Il est devenu un homme très riche et c’est ainsi qu’est née la suspiscion. Longtemps après, quelqu’un a répandu la rumeur que : « C’est un mensonge que Rainialitera a ramené le sabre royal ainsi que l’or et l’argent ; il les a cachés dans la maison de pierre qu’il a construite à Ambodifano. »

Ceux qui étaient facilement convaincus commençaient à chercher et à rogner les murs… si bien ce que la maison en pierre est tombée petit à petit en ruines. Les bois précieux furent vendus, comme le plancher et toutes les portes. C’était du bois précieux bien travaillé, les colonnes en pierre étaient toutes tombées ; seul est resté un amas de terre ; le petit palais d’Ambodifano, la maison de Rainialitera, est devenu un village abandonné. Il paraît que c’était un joli petit palais !

12) Il y avait aussi des connaissances de haut niveau que les astrologues arabes ont partagé avec Rainimaharavo comme la maîtrise de la foudre, la maîtrise de la grêle, le fait de commander à la pluie et la manière de dompter le vent.

Quand Rainimaharavo allait chercher des simples dans la forêt de l’est, il amenait avec lui un devin arabe qui lui montrait et lui enseignait à reconnaître le médicament voulu et cherché. Le devin avait une manière simple pour la recherche : il faisait tomber la foudre avec son doigt sur la verdure ; quand la foudre frappe ces arbres, c’est que ce n’est pas ce qui est cherché ; mais si la foudre ne tombe pas, ou s’il n’y a pas d’éclair, c’est alors la plante qu’on cherche ; ou encore si la foudre frappe, mais que la plante n’est pas brûlée. C’est ce qu’on prend et qu’on emmène pour en faire la médication. Le médicament contre la brûlure en fait partie ; le devin arabe a montré avec le doigt la plante, la foudre a retenti, il y a eu un éclair brillant ; mais la plante n’a pas brûlé. Et de cette plante, on a pris quelques tas de fagots.

13) Quand ils sont revenus en Imerina quelques mois plus tard, la question a été posée : « Où est la médication contre les brûlures ? ». On a cherché, mais on n’a pas trouvé. « Où est donc passé ce qui n’a pas été cassé par la foudre ? ». Quand on a retrouvé les branches et feuilles, on lui a donné le nom de tsivakimbaratra, ce qui n’a pas été cassé par la foudre. Il soigne les peaux et les chairs brûlées par le feu ou par de l’eau bouillante, ce tsivakimbaratra. Son interdit est que ces feuilles ne peuvent être conservées à la maison quand les plaies sont guéries, car cela entraîne l’incendie de la maison ; c'est-à-dire un appel au danger. On jette dans l’Ikopa ce qui reste du tsivakimbaratra quand la brûlure est guérie, pour que cela n’entraîne pas un autre danger.

14) Rainimaharavo n’était pas un devin, mais un homme simple, intelligent, qui savait communiquer avec son entourage ; et les techniciens étrangers étaient enclins à le suivre et il s’en servait pour maintenir la paix dans le territoire. Le Roi avait donné à ces devins arabes des villages où vivre il y a très longtemps. Par exmple, le devin arabe appelé Habib était installé à Ambohitrabiby, le village de Habib ; là où était Ahab, c’était le village de Ahab, Ambohitrarahaba.

C’était le sujet de conversation entre moi et grand-père Razafimahefa Pierre, quand j’étais son garde à l’hôpital Befelatanana quand il avait eu une attaque, et qu’on l’a soigné là-bas. Il avait les jambes paralysées, mais il parlait normalement et avait toute sa tête, et il racontait tout ce qu’il voulait dire pour que cela se transmette. Quand il est à l’hôpital la deuxième fois, il était déjà très fatigué, il ne racontait plus rien mais faisait seulement des signes.

15) Les relations entre Rainimaharavo et Rainialitera ne me sont pas claires, sont-ils père et fils ou oncle et neveu ? Ce qui est remarquable, c’est qu’ils s’aimaient beaucoup. Personne ne m’a rien dit non plus à propos de leurs grand-pères ou grand-mères.

Il y a eu des traces de la main de Rainialitera dans toutes les maisons en pierre ancienne d’Ankibonimerina. Comme les temples, les tombes ancestrales, les statues, les escaliers de pierre, les routes pavées. La pluie a détruit dans le grenier toutes les photographies de nos ancêtres parce que le toit a fui et personne ne s’en est occupé.

16) Quand j’ai eu mon CEPE14 et que je suis passé en 6ème, j’ai passé mes vacances chez Oncle Marcel quand ils tenaient un commerce à Andravoahangy ambony ; puis ils ont habité à Antohomadinika. Il y avait une place de jeu des enfants d’Antohomadinika au milieu du village, et tous les enfants s’y réunissaient. Nous étions des étrangers et nous parlions avec l’accent betsileo, et les enfants s’y amusaient en parlant avec nous ; on avait de bonnes relations. Mais il y avait un gros enfant tout noir qui nous cherchait noise, il sabotait les jeux que nous faisions. Un jour je me suis mis en colère parce que ce garçon a arrosé d’huile de vidange notre calèche sur roulement à billes ; la calèche et moi, on était plein d’huile noire. Je me suis mis en colère et je lui ai dis : « Espèce de vrai diable d’esclave ! » Parce qu’à ce moment-là, je pensais que tous les noirs étaient des esclaves. Parce qu’on regardait des films sur l’esclavage en Afrique à la salle de cinéma d’Ambalanjatovo à Fianarantsoa, comme Bozambô ou Tamangô, des films en noir et blanc sur les pirates et esclaves volés en Afrique.

La mère du gros garçon noir s’est mis en colère et est allé voir Grand-père Razafimahefa Pierre –Parce que Mama Lety a dit à Papa de nous garder, parce qu’elle et Maman sont allées faire le marché à Analakely. Et Papà a eu une conversation avec la dame. Puis Papà m’a appelé à la maison et m’a dit : « Ce n’est pas une façon d’insulter les gens et de les traiter d’esclave, tu risques d’être tué par les gens ! »

17) Quand Maman est revenue, Papà m’a emmené avec lui passer les vacances à Ankadivoribe. Et c’est là qu’il m’a raconté ce qui concerne son grand-père il y a très longtemps et qui faisait le travail de juge au temps des Rois de Madagascar.

Il m’a dit à ce moment-là que cce grand-père préparait le jugement par le tanguin. C’est lui qui cherchait les grains de tanguin dans des lieux lointains ; c’est lui qui choisissait les grains bons pour préparer le poison à donner aux sorciers désignés par le vote. On emmenait sur la place les gens soupçonnés ; on les faisait agenouiller en rang, les mains derrière, et on mettait derrière leur dos un petit panier. Les gens se mettaient en rang et jetaient un caillou dans le panier derrière le dos de celui ou celle qu’ils ont vu sortir la nuit ou danser sur les tombes. Et ceux qui ont le panier le plus lourd font l’objet d’un rapport au Roi. Alors, on réunit les conseillers, et les conseillers font leur rapport. Et c’était le Roi et notre grand-père qui décident à la fin de ce qu’on va faire  à ces quelques gens qui ont de nombreux poids dans leur petit panier. Parce que ce grand-père avait une vue droite et avait la confiance du Roi. Peu de gens savaient qu’il était le conseiller particulier du Roi, parce que c’était couvert par les autres attributions, ce fait qu’il était conseiller spécial. C’est en faisant le fanorona à la porte d’entrée du village qu’il discute de ce qu’on va faire de ces gens soupçonnés de sorcellerie.

18) Pour ceux qui sont vus et convaincus que c’est sur des rumeurs qu’une personne a dans son panier de nombreux cailloux, Il y a une falsification que fait le grand-père pendant l’action de faire boire : il prend la tasse amère, c’est une tasse pleine de tanguin. Il en lance aux quatre coins de la terre, il en lance à gauche et à droite, il fait en sorte qu’une bonne moitié se perde, ou qu’il reste juste une petite quantité dans le récipient et on met visiblement de la force et de la contrainte pour le lui faire boire le récipient à la bouche du suspect. La plupart du poison n’arrive pas dans sa bouche, mais se perd à l’extérieur. Et la toge blanche de Grand-père le cache. Le peuple en bas regarde de loin et les soldats les empêchent de trop s’approcher du lieu.

Puis, dit-on, on fait boire de la farine de riz crue et une peau de poulet crue à la personne et on presse son ventre et on le laisse se débattre sur l’estrade. S’il arrive à se mettre debout après le vomissement, Grand-père dit à ses parents de le prendre vite et de le baigner dans l’Ikopa ; et ceux-ci lui font une grande fête parce qu’il est sain et sauf.

19) Mais si on se rend compte que c’est vraiment un mauvais sorcier, on fait semblant d’en jeter aux quatre coins de la terre, on fait en sorte qu’il ne s’en perde pas beaucoup de la tasse. On raccourcit la prière et la malédiction pour la personne soupçonnée. On lui fait ouvrir tout grand la bouche et on verse lentement dans sa gorge toute l’eau de la tasse. Et on ferme sa bouche pour qu’il ne vomisse pas ; Et c’est juste un peu de farine de riz qu’on lui donne, et on lui met à la bouche juste une petite portion de peau de poulet ; et on couvre sa bouche et son nez et on le jette pour se débattre après. Il s’évanouit et le poison fait rapidement effet. Il n’arrive plus à se tenir debout et le sorcier meurt. Si c’est ainsi ce qui se passe, ses parents ne peuvent plus toucher le corps du sorcier. Et le plus cruel, disent les vazaha, c’est qu’on ne peut même pas l’enterrer, le sorcier mort pendant le fampinomana, on le jette à Ampamarinana, et les chiens dévorent son cadavre. Et ses parents ainsi que l’époux et les enfants sont jetés-> comme esclaves. Et ces gens peuvent être de peau blanche, de diverses origines, parce que ce ne sont pas seulement les noirs qui sont esclaves. Ainsi, Ranavalona III était de peau noire, ce que les gens de Fianarantsoa appellent « maitso kely » ! Et pourtant elle était Andriana et Reine de Madagascar ! Les descendants des Andriana d’Ambohimalaza sont de peau noire et peuvent avoir les cheveux crépus. Il y avait aussi ici en Imerina ceux qu’on appelait Mainty et pourtant, ils avaient la peau blanche. Comme les descendants des Mainty enin-dreny !

C’est ce que m’a dit Grand-papà Pierre. »

C’est par le plus grand des hasards que j’ai eu vent de la légende du roi parti vers l’Ouest.

Dans ma famille circule la légende selon laquelle Rakotondradama a vécu, a eu une descendance et est mort dans un lieu situé à l’ouest de l’île. Mais je ne pensais pas retrouver une trace de son exode du côté d’Antananarivo. Puisque c’est un pan de l’histoire considéré comme tabou. J’ai même rencontré des gens considérés comme « maudits » : en approfondissant, j’ai pu trouver que ces gens sont des descendants du Roi Radama II et ils sont maudits parce que leur ancêtre a été maudit par sa mère. J’ai pu retrouver le fait que la source n’était pas le fait que le roi avait été étranglé ; mais plutôt qu’il semblerait avoir trahi. Qui aurait-il trahi ? Sa mère ou son pays ? On sait qu’il y a eu la charte Lambert qui avait fait des vagues dans l’histoire internationale. Mais plusieurs années avant cela, il semblerait qu’il y avait déjà eu une tentative de prise de pouvoir sur les conseils de représentants de pouvoirs extérieurs. Bref, cela mériterait une enquête historique plus approfondie.

Ce qu’on peut mettre en exergue ici, c’est que l’histoire de Madagascar a toujours été triturée suivant les analyses socio-politico-économiques de la puissance coloniale. Mais cela voudrait-il dire que les écrits d’avant la colonisation seraient fiables ? Les plus grands écrits concernant l’histoire de Madagascar seraient celui d’Ellis et avant cela celui de Flacourt que tout bon historien sur Madagascar se doit de connaître15.

La question serait si une telle éventualité suffit à enlever à l’histoire de Madagascar toute objectivité et ainsi la prétention à être une science.

Par ailleurs, le hasard de tout à l’heure concerne un dicton que le grand-père maternel de ma femme avait l’habitude de dire quand quelqu’un s’étrangle avec un os ; il disait de prononcer le nom de Grand-père Ramaharavo… et l’os s’en allait !

Ce texte pourrait être le point de départ d’une recherche généalogique dans la mesure où les pays comme Madagascar ont oublié leur histoire. En effet, dans la plupart des cas, rares sont les hommes dans une société orale qui connaissent clairement leurs ancêtres de la quatrième ou cinquième génération.

Ce texte peut ainsi s’ouvrir sur une confrontation généalogique : Est-ce que le Rainimaharavo qui est cité est bien celui qui était petit-fils d'Andriantsilavo, et par conséquent cousin de Rainilaiarivony, et qui a joué un rôle politique bien connu des historiens16 ?

Il faut remarquer aussi que le récit n'est pas entièrement homogène. Il y a des distinctions à faire selon la nature, c’est-à-dire le genre littéraire des différentes parties. Certaines sont des traditions familiales (en particulier les questions de métier, d'outils, etc.), d'autres semblent rattachées avec anachronisme : la mention des “Arabes” et de leurs connaissances médicales spéciales. Cette partie renvoie peut-être à une période plus ancienne ?

Peut-être pourrait-on y voir l'époque des Anakara à Antananarivo pendant les règnes d'Andrianampoinimerina et Radama ?

On peut dire dans ce cas que la mémoire collective confond à un certain moment les époques et qu’ainsi, déterminer une époque précise est une gageure presque impossible.

Une autre partie du récit appartient au genre caractéristique des récits d'étymologie populaire qui font intervenir la notion d’inconscient collectif. Il en est ainsi de l'affaire du tsivakimbaratra, que-la-foudre-ne-peut-faire-éclater. C’est une explication ‑ fabriquée ‑ du nom de l'arbre. Elle permet cependant une liaison avec le thème des “Arabes” : ce sont ceux-ci qui ont fait connaître la médication.

En conclusion, cette transcription suivie d’une traduction d’un fait d’histoire orale, en plus de donner un document qui cristallise les connaissances d’une famille plus d’une centaine d’années après les événements narrées, peut-être un point de départ pour de futurs scientifiques dans des recherches plus étendues s’appuyant sur les archives écrites (royales, coloniales, etc.).


Image1Annexe 1: Plan habitation familiale de Ramaharavo.

Image2Annexe 2 : Préface de Daty Malaza du Rév. Rabary.


Bibliographie

Rabary (Pasteur), 1924. Ny daty Malaza, TPFLM

Todd E. 1983. La troisième planête: Structures familiales et systèmes idéologiques, Seuil.

Todd E. 1984. L’enfance du monde, structures familiales et développement, Paris, Seuil.

Delval R. Radama II, prince de la renaissance malgache.

Ranaivoson D. 2004.), Iza moa? Bref dictionnaire historique de Madagascar, Tsipika.

Dictionnaires :

Abinal & Malzac, 1930. Dictionnaire Malgache-français, Tananarive, Imprimerie de la Mission catholique.

Flacourt, 1661

Littré, 1863

Robert, 1973

IFAN, 1983

Johns, 1835

Webber, 1853

Ellis W. ed., 1838. History of Madagascar. London : Fisher

Notes de bas de page

1 Ny Daty Malaza, Boky II, p. 59.
2 Voir ici la légende persistante, sur laquelle s'est appuyé R. Delval pour son livre Radama II, prince de la renaissance malgache.
3 C'est loin d'être démontré. Beaucoup d'esprits perspicaces ont refusé et continuent à refuser le primat du mode de production comme explication finale de l'histoire. Dans le domaine anthropologique, c'est par exemple la thèse d'Emmanuel Todd, qui place comme facteur déterminant
4 Mondain était un professeur, pasteur et missionnaire, directeur des écoles protestantes de Madagascar à partir de 1897 ; il a dirigé le collège Paul Minault, l'un des principaux établissements où s'est formée l'intelligentsia malgache du XXe siècle. Il a été l’auteur de nombreux ouvrages dans différents domaines des études “malgachisantes”, histoire, idées religieuses, ethnographie, domaine dans lequel il est le précurseur des études sur la place des femmes dans la société… (résumé de l'article Mondain dans D. Ranaivoson, Iza moa? Bref dictionnaire historique de Madagascar. Tsipika, 2004.)
5 Voir en annexe la page de préface du Daty Malaza na ny dian’i Jesosy teto Madagasikara.
6 Voir en annexe le plan des habitations familiales du conteur.
7 Antily (tily) s. Celui qui est en vigie, en sentinelle, en espionnage ; éclaireur ; employé exerçant autrefois les fonctions de notaires, de gendarmes, d’agent de la police. (Dict. Abinal & Malzac).
8 Les anciens Malagasy étaient habitués à « perdre » leur nom au moment de la naissance d’un fils. Ils prennent naturellement le nom de leur enfant. Tous les pères sont des « Rainy », pléonasme plaisant qui se rencontre dans toute l’île sous des formes différentes : « Iabany », « Babany », « Dadany », etc. La question à vérifier serait si vraiment Rainilaiarivony avait eu un fils du nom d’Ilaiarivony. Ici, il semblerait que Rainimaharavo en avait un.
9 Courtisan, Tandapa, Malzac, Dict. français-malgache.
10 “Pagne” est imprécis pour salaka. S'applique souvent en français d'Afrique à des vêtements amples, enveloppants. Mais aussi, dans la littérature coloniale, aux vêtements des “sauvages”. Le sens a changé plusieurs fois.
11 Johns 1835, Fehiloha, Head bands. Webber 1853, Feliloha, Couronne, bandeau, diadème autour de la tête
12 Folaka en malagasy a deux sens : rompu et dompté.
13 Le fanorona est un jeu typique malagasy qui simule une bataille entre deux adversaires. A ma connaissance il y a actuellement ce jeu en vente en Europe.
14 Certificat d’Etudes Primaires Elémentaires.
15 Ellis, William, ed., History of Madagascar. Foreign Secretary of the London Missionary Society. London : Fisher, 1838. 2 vol.
16 Il etait le bras-droit de la Reine et du Premier Ministre. Itait notamment chargé des missions délicates. Il est

Pour citer cet article


L. Modeste Rakotondrasoa. «L’histoire de Ramaharavo». TALOHA, Numéro 21, 20 avril 2015, http://www.taloha.info/document.php?id=1291.




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