TALOHA
Revue scientifique internationale des civilisations
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Numéro 21

Article

De la légende du « Fisakana tsa lanim-boay »1 chez les Betsileo Tavaratra (du Nord) à l’histoire naturelle des crocodiles de Madagascar


Rakotozafy Lucien Marie Aimé, Institut de Civilisations Musée d’Art et d’Archéologie Université d’Antananarivo Madagascar, rlucienma@yahoo.fr.

Date de mise en ligne : 10 décembre 2014

Résumé

La légende sur le « Fisakanatsalanim-boay », Natifs du Fisakana, épargnés par les crocodiles, dans le Betsileo du nord, montre que les crocodiles ont existé dans la région de Fisakana bien que cette espèce ne se rencontre plus dans le milieu. L’enquête ethnologique et historique sur la toponymie des noms de village et de place étudiés rapporte que les crocodiles vivaient le long de la rivière Fisakana vers l’année 1900. Mais ces reptiles ne fréquentent plus la région non pas grâce aux amulettes mais à cause des contraintes socioéconomiques. L’analyse archéologique montre que la dernière apparition de ces sauriens dans le Fisakana était probablement entre les années 1800 et 1900 (fin du 19è siècle). L’analyse des données paléontologiques sur les crocodiles disparus de Madagascar, fossiles et subfossiles, propose que seule l’espèce vivante Crocodylus niloticus a colonisé le Fisakana mais qui a disparu de la région probablement suite à la modification et destruction de l’environnement.

Abstract

The legend of « Fisakanatsalanim-boay » shows that crocodiles existed in the Fisakana region even though this species is no longer found in the area. The ethnological and historical survey of the names of villages and the place studied reveals that the crocodiles existed along the Fisakana River in 1900. But those reptiles do not live any longer in the region not thanks to amulets but because of social and economic constraints. Archaeological analysis shows that the last evidence of the existence of those saurians in the Fisakana was probably between 1800 and 1900 (end of the 19th century). The analysis of the paleontological data on Madagascar’s extinct crocodiles, fossils and subfossils, suggests that only the living species Crocodylus niloticus settled in the Fisakana but it disappeared from the region probably after the modification and destruction of the environment.

Extracto

Ny lovantsofina mikasika ny « Fisakana tsa lanim-boay » dia maneho fa niriaria tao amin’ny faritr’i Fisakana ny voay na dia tsy naharenesana ny fisiany intsony tao ankehitriny. Ny fanadihadiana ny fomba amam-panao ary ny tantara mikasika ireo nihavian’ireo anaran-tanàna sy toerana nohadihadiana manokana dia mampiseho fa ny voay dia niaina tao amin’ny reniranon’i Fisakana tany amin’ny taona 1900. Saingy ny tsy fahitana an’ireo biby dia mandady ireo eto dia tsy noho ny fanidim-boay fa ny voka-dratsin’ny tontolo ara-piharina sy ny fiarahamonina. Ny fanadihadiana ara-arkeolojia dia maneho fa niaina tao Fisakana ireo “sauriens” ireo teo anelanelan’ny taona 1800 sy 1900 (faran’ny taonjato faha-19). Ireo antotan-kevitra ara-paleotolojika mikasika ny voay efa lany tamingana teto Madagascar, sisan-taolana fosila sy soba-fosila, dia mamaritra fa ny karazana voay ankehitriny Crocodylus niloticus no hany nivelona tao Fiakana saingy tsy hita tao intsony noho ny vokadratsin’ny famolahan’ny mponina ny tontolo iainany sy ny fihariana ara-toekarena.


Table des matières

Texte intégral

L’insularité de Madagascar aurait pu engendrer un isolement, pourtant elle a été propice au développement de sa méga diversité biologique. Madagascar possède une faune sauvage à taux d’endémicité élevé. Des espèces animales ont disparu de la grande île malagasy alors que d’autres y ont été récemment introduites et vivent soit à l’état sauvage, comme le cas des crocodiles communément appelés voay ou mamba, soit à l’état domestique comme le cas des zébus, Bos taurus indicus (Rakotozafy, 2012). Les Malagasy jouent ainsi un rôle important dans l’évolution de la faune à Madagascar du fait que leurs exploitations portent atteinte à l’équilibre de l’environnement. Parfois l’interaction homme/nature reste confuse dans la disparition de cette faune. D’ailleurs, les facteurs de disparition sont mal définis et varient suivant les espèces et les milieux géographiques. La répartition spatiale inégale de quelques espèces, cas des crocodiles, et leur disparition dans le temps nous intéressent. D’après les mythes et légendes, différents groupes sociaux malagasy se rapportent à ces crocodiles. La légende sur le Fisakana tsa lanim-boay ou les natifs de Fisakana épargnés par les crocodiles, est perpétuée tant que la population s’abstient de les attaquer. Un fanidim-boay2 a été instauré pour rassurer les gens. Cette marque de fierté chez les habitants Terak’i Fisakana présente cependant une ambiguïté : pourquoi la disparition actuelle des crocodiles dans cette région alors qu’il y était interdit de les tuer. Ceci nous amène à réfléchir sur la cause de cette disparition.

Comme partout ailleurs, les crocodiles ont des comportements agressifs et une apparence répugnante ils tiennent toutefois une place importante dans la culture malagasy. Ils sont parfois considérés comme des ancêtres, sans toutefois détrôner la première place des zébus qui restent l’animal de prédilection lors des rituels.

Selon les traditions rapportées par Callet (1908 : 831), les crocodiles servaient au même titre que le tanghin3 à trouver la vérité lors du jugement d’un délit (cf. Annexe 2). Selon d’autres traditions, tuer des crocodiles ou souiller leur environnement sont fady, interdits, de même que piétiner leurs fèces. Les crocodiles sont protégés par un fady à Madagascar (Glaw & Vences 1994) et celui qui ne les respecte pas ou les tue risque une malédiction de même que ses proches. Les crocodiles du lac d’Anivorano dans le nord de l’île vivent en harmonie avec la population locale qui les considère comme leurs ancêtres.

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Photo d’un crocodile du Nil,

élevé en captivité au Parc Botanique et Zoologique de Tsimbazaza

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Photo de crocodiles du Nil,

vivant dans le lac Ravelobe – Anivorano

A part les cas isolés d’ignoble extraction à usage rituélique et décoratif de leurs dents dans les temps anciens (Gueunier, 1995) les Malagasy ont généralement respecté ces sauriens dans toute l’île où des légendes rapportent leurs relations harmonieuses avec les humains, cas de celles de « Fandasirambola », recueillie dans la région ouest de Madagascar

Dans la légende du « Fisakana tsa lanim-boay », la région était infestée par des crocodiles ; on a dû instaurer le Fanidim-boay amulette contre leurs attaques. Lors de l’implantation de cette dernière, les natifs de Fisakana s’étaient convenus de respecter les fady, interdits y afférents, entre autres, ne plus tuer les crocodiles. Le fady aurait permis la sauvegarde de ces animaux de telle façon qu’actuellement personne n’en entend plus parler ni en rencontre dans les environs, une contradiction que nous allons élucider.

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Fig. 1 : Carte de localisation du Fisakana

Depuis le retour de l’indépendance, le Fisakana correspond au district de Fandriana. Il est rattaché à la préfecture d’Ambositra, actuelle Région d’Amoron’i Mania, arrosée par les rivières affluentes de la Mania. Situé dans la partie nord de l’Amoron’i Mania, le Fisakana était un des royaumes Betsileo Tavaratra (du nord) dont la réunification fut menée par le roi Raboloky ou Rivoekembahoaka II (1796 – 1808). Pour faciliter son administration le roi l’a regroupé en Fisakana Avaradrano (au nord de la rivière) et Fisakana Atsimondrano (au sud). Les chefs lieux de décision politique étaient Manoahasina (Randriamihajanirina, 1998) et Fisakatsiavadika (Ratsimbazafimahefa, 1971) ou Andohanisandrandahy (Randriamihajanirina 1998). Notons que le Fisakana a rejoint « l’Imerina enin-toko » au début du 19e siècle sous le règne d’Andrianampoinimerina. A cette époque, le roi en exercice Rivoekembahoaka II a pu conserver le trône pour parfaire l’organisation administrative et politique instaurée par le royaume Merina. Le Fisakana fut alors rattaché au Vakinankaratra, tout comme les localités de Betafo et d’Ambositra (Ratsimbazafimahefa, 1971).

Les Terak’i Fisakana, aux origines indéfinies, présentent des caractères communs dont le plus important est le cosmopolitisme (Randriamihajanirina, 1998). La première souche fut la population autochtone, des Vazimba, relayée par des Zazafotsy originaires du Betsileo du Sud. Puis sont venues des populations Merina d’Antananarivo, d’Arivonimamo et de Betafo, des Zafiraminia du Sud-est et des populations Betsimisaraka du Sud. La pêche fut l’une des principales activités dans tout le Fisakana mais aux environs du village de Fisakanatsiavadika litt. l’endroit où l’on pêche (des écrevisses) sans retourner (les roches), où cette activité était aisée (Ratsimbazafimahefa 1971). Bien que certains parlent de Fisakanatsiavadika (Fisakana - tsy - avadika), la population utilise plus Fisakatsiavadika, une appellation en relation avec l’engagement de respecter le fanidim-boay,. C’est d’ailleurs, le nom officiel maintenu actuellement par la FTM (Foibe Taosarintanin’ny Madagasikara).

L’environnement de la région de Fisakana possède de nombreuses zones aquatiques, des marécages asséchés et transformés en rizières, cas de la ville de Fandriana (Randriamihajanirina 1998), des ruisselets, des affluents de la Mania telles la rivière Fisakana elle-même, la rivière Sandrandahy venant de Mahazoarivo et Sandrandahy, la rivière Sahatorendrika venant de Tsarazaza, la rivière Sahanamby venant de Fandriana.

Ratsimbazafimahefa (1971 : 14-15) a décrit cet environnement physique comme suit :

« … Le Fisakana est une entité géographique bien délimitée à l’intérieur d’une ceinture de montagnes qui l’entourent de tout côté, sauf au sud. Au nord, ce sont les sommets gneissiques, formant une haute barrière, séparant le Fisakana d’avec Antsirabe et les contreforts de l’Onive aux environs de Tsinjoarivo. (…) A l’est, la grande forêt du Betsimisotra forme une line continue. Au sud, le fleuve Imady sert de frontière avec l’ex-royaume d’Ambositra. Enfin, à l’ouest, une autre chaîne de montagnes, courant du nord au sud, oppose le Fisakana à la région d’Ilaka et de l’Andrantsay, tous deux formaient deux royaumes. Particulièrement dominé par des paysages montagneux avec de nombreuses chaînes de montagnes. »

Selon cet auteur, le Fisakana présente trois zones distinctes : la zone occidentale, constituée de sommets gneissiques, ou de quartz, de mamelons de montagnes primaires, d’une végétation d’herbe graminéenne, présente des traits généraux des Hautes terres ; la zone du centre, dominée par les vallées de Fandriana, de Mangoro, de Sahamadio et de Sandrandahy forment le grenier à riz du Fisakana, tant par leur superficie que leur fertilité ; la partie orientale à végétation de savoka annonçant la grande forêt concommittante possède un climat plus humide avec une pluviométrie importante. Les plaines du Fisakana sont dotées d’un climat assez doux mais des crues de rivières y occasionnent périodiquement de grands désastres. Les composantes biologiques (flore et faune) varient suivant le type d’écosystème : montagnard, avec des graminées ou couvert de forêt, aquatique, généralement bordé de plaines à dominance de terrains agricoles ou de plantes rudérales. Au Centre des plantations de légumes, d’agrumes et de tabac, complètent la production rizicole du Fisakana grâce au vaste marécage récemment et progressivement asséché par la population. Concernant la faune, on a seulement quelques espèces d’oiseaux, de reptiles et des Mammifères insectivores (ex. Tenrec ecaudatus, Tenrecidae). Les milieux aquatiques sont habités par des amphibiens et quelques oiseaux.

Le pays Betsileo est connu pour son attachement au culte des morts avec usage de zébus (sacrifice, sport de divertissement : toloñ’omby, savika ou lutte aux zébus). L’existence de crocodiles dans les rivières y a toutefois rendu difficile les activités socio-économiques telles que la pêche, la communication intra territoriale et l’élevage bovin. En plus d’autres raisons politiques, cette situation fut à l’origine de la légende du Fisakana tsa lanim-boay (Ratsimbazafimahefa 1971 et Randriamihajanirina 1998). Notons que, comme beaucoup de toponymes malagasy, ce nom vient de la rivière Fisakana, litt. « le lieu où l’on pêche les écrevisses et les crabes ».

C’est en 1873 que la rivière Fisakana a pris le nom de Mania jusqu’à sa confluence dans le fleuve Tsiribihina (Ratsimbazafimahefa 1971). Cette année-là, à Soanipandalo, près du village d’Amoronimania, au nord-est de Fisakatsiavadika, la reine Ranavalona II, en traversant la rivière, s’est exclamée : Fa maninona no ity irery no mania ?, litt. « pourquoi seule cette rivière coule-t-elle en sens inverse ? » En effet, toutes les autres rivières de la région se déversent vers le versant est. Prenant sa source à la lisière de la forêt de l’Est, la rivière Fisakana, infestée selon les légendes d’impitoyables crocodiles, arrose les petits royaumes du Fisakana pour les besoins de la population et sert d’abreuvoir naturel au cheptel bovin. Traditions orales et documents écrits parlent de deux versions principales pour deux localités différentes de Fisakana concernant l’origine de la légende du « Fisakana tsa lanim-boay » :

Version 1

A Ambohipoloalina, le berceau du royaume du Fisakana et ses environs, Ratsimbazafimahefa (1971) rapporte que le roi Ratrimo aurait demandé à un devin Taiva, Betsimisaraka du Sud, de procéder à un rituel de fanidim-boay, charme pour empêcher les crocodiles d’attaquer les bœufs et la population. Pour ce faire, un angady mondro ou lame de bêche usée fut brûlée au rouge, puis on alla à l’endroit où les crocodiles étaient les plus agressifs. Le devin jeta la lame rougie dans la gueule d’un gros crocodile ou voay be / mamba. Celui-ci blessé, s’est enfui en aval le long de la rivière jusqu’à Ifatihita (au niveau de l’intersection de Mania avec la RN 7 à une vingtaine de km, au nord avant l’entrée d’Ambositra). Des mousses blanches sortant de la gueule du crocodile troublaient l’eau qu’il traversait. Le long de ce trajet et à travers ses affluents ainsi que les régions arrosées par les rivières afférentes, le charme est effectif.

Version 2

Selon Ra-Georges (comm. pers.), dans la région de Fisakatsiavadika, durant la période du tany gasy4, la rivière Fisakana était si infestée de crocodiles qu’un roi, Andriamasinoro (Andriamasinoronolonaroa) fit appel à un devin spécialiste du fétiche des crocodiles ou fanidim-boay. Ainsi, celui-ci mit dans une marmite en argile une aiguille plantée dans le tronc d’un bananier, une lame de bêche usée brûlée au rouge avec diverses espèces d’herbes spéciales. La marmite et son contenu furent jetés dans la rivière Fisakana, au niveau de l’actuel Fisakatsiavadika. Emportée par le courant, elle ne fut récupérée que des heures plus tard à Ifatihita. Le devin enterra la marmite et son contenu au centre d’un parc à bœufs du roi d’un village de Fisakatsiavadiaka (actuellement abandonné) et on y implanta un orimbato, un type de vatolahy ou pierre levée apportée par la population. Le rituel s’en accompagnait d’un sacrifice de bœuf. Pendant une semaine, les populations ont testé l’efficacité du fanidim-boay dans les rizières et rivières. Tout marchait comme prévu.

Cet établissement d’amulette est à l’origine des fady, interdits. Dans la deuxième version, le nom vient du fait que lors du rite le devin déclara : Fisakana tsa mivadika, Andrantsay tsa miorika ou « les natifs du Fisakana ne trahissent pas le compromis, le fady, ainsi la rivière Andrantsay (une rivière venant de la région de Betafo et qui rejoint la Mania en aval de Fisakana) ne remonte pas en amont ». La rivière Andrantsay est encore infestée de crocodiles qui ne remontent jamais en amont de la rivière Fisakana, selon Rabe Thomas (comm. pers.), à moins que l’on transgresse le fady.

En respectant les interdits, les natifs de Fisakana ne doivent plus avoir peur de ces animaux. Pourtant, derrière cette légende, le Fisakana fut maudit comme Rakotomanana Ignace (comm. pers.) le rapporte :

Après l’établissement du fanidy à Fisakatsiavadika, le roi s’est méfié du devin qui a confectionné le fétiche ou l’amulette et s’est empressé de le faire exécuter par ses menakely ou des hommes de main, à Ampamonoantaiva litt. lieu-d’exécution-du-Taiva. Le devin, ramenant les deux bœufs, salaire de la confection du fanidim-boay, fut intercepté par les hommes du roi, qui lui annoncèrent qu’il allait être tué. Sans se défendre, le devin demanda de faire une dernière prière. Il déclara : « deux bœufs seulement sont mon salaire pour un acte de bienfaisance pour votre peuple, et vous allez me tuer. J’abandonne mes richesses, mais pour le prix de ce que vous me faites subir, vous, les Tampatrana (pour parler des populations des Hautes Terres), ne pourrez jamais ramener dans votre région des biens, fruits de vos efforts, obtenus chez nous au pays Betsimisaraka. Alors, la population du Fisakana vit la malédiction « de ne pouvoir ramener de la région du Betsimisaraka ni des richesses ni des bœufs ».

La légende sur le « Fanidim-boay » affirme que les crocodiles ont vraiment existé dans le Fisakana. Cela suppose qu’ils ont dû vivre aisément dans la région.

Des sites considérés dans cette étude et d’autres connus dans le Fisakana permettent d’y déterminer la période d’existence des crocodiles, des preuves historiques ayant marqué leur présence.

Le site se situe au sud-est de Fandriana, à environ 15 km à vol d’oiseau, surplombant le fleuve Fisakana, à sa sortie de la forêt orientale. Il est dissimulé sous une couverture forestière assez dense (Ratsimbazafimahefa, 1971). Le premier roi d’Ambohipoloalina fut Ratrimo, fils aîné d’Andriatanosy venu dans la région vers le 17e siècle. Ratrimo, ayant fondé le royaume du Fisakana à Ambohipoloalina à la même période qu’Andriamasinavalona de l’Imerina (Ratsimbazafimahefa, 1971) dans la moitié du 17e siècle, fut à l’origine d’une des légendes du Fisakana tsa lanim-boay. La période de l’expansion des crocodiles serait alors le 17e siècle.

Une des légendes sur le Fisakana tsa lanim-boay a débuté dans le village de Fisakatsiavadika, un site représentant un des symboles légendaires du Fisakana. Le site est localisé dans une forêt d’eucalyptus, sur une colline située au nord-est et près de l’école primaire publique du village d’Afotoana litt. un-lieu-de-rendez-vous, pour la pratique du savika ou toloñomby. Fisakatsiavadika se trouve dans la partie centrale de la commune rurale de Sandrandahy, à la limite nord-ouest et fut le lieu de décision politique du Fisakana Atsimondrano.

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Fig. 2 : Photos montrant des structures dans le site de Fisakatsiavadika

A gauche, le fossé externe, côté ouest ; à droite, la pierre levée au milieu de l’ancienne arène

Le site est caractérisé par une structure classique d’une ancienne habitation située sur une place un peu surélevée. Il est entouré de trois hadivory fossés avec trois portails du côté ouest. Le premier fossé de 5 m de large, le plus interne, est le plus profond, de 2 m. Les fossés se sont progressivement remblayés, et dans leurs fonds très fertiles, riches en éléments organiques, on cultive différentes plantes vivrières (haricots, maïs et autres). Les portails sont faits de deux pierres dressées de part et d’autre de chaque accès. Le site comporte deux parcs à bœufs dont l’un plus large et circulaire de 3 m de rayon et plus profond (1,75 m) se trouve au centre et l’autre (rectangulaire) à l’ouest juste à côté et à la limite intérieure du fossé interne. Les parcs ont été façonnés dans un creux. Les murs en sont revêtus de rangées de pierres sèches. Le petit parc sert à parquer les bœufs avant de les envoyer dans l’arène, le grand parc pour le combat de taureaux. Dans ce dernier, est érigée une orimbato pierre levée (sorte de vatolahy), entourée d’amas de grosses pierres rondes pour la protéger des bœufs. Cette pierre levée fut implantée après la cérémonie de confection du fanidim-boay suivie d’un sacrifice de bœufs. L’orimbato garantit le ody ou fanidy. Selon la croyance, tant qu’il est en place et pas souillé, il est efficace. Tous les habitants le long de la rivière Fisakana, qui ont bu de son eau et respecté les interdits ne sont jamais attaqués par l’animal. Ils ne les voient que lorsqu’on les leur montre (Rabe Thomas, comm. pers.).

De part et d’autre du grand parc, les parties surélevées sont transformées en parcelles de cultures vivrières sur lesquelles ont été collectés en surface des vestiges culturels, différents types de tessons de poteries locales datés de la fin du 20e siècle. Actuellement, le grand parc dans lequel on a implanté le fétiche est utilisé pour des savika ou toloñ’omby, pour les descendants de la famille royale.

Amboaimena, litt. « place-du-crocodile-rouge » est un village constituant un fokontany5 de la Commune rurale de Sandrandahy, au sud de la rivière Sandrandahy, à 3 km à vol d’oiseau de la ville. Autrefois, il y avait un marais, couvert de végétation, au sud duquel il n’existait que deux maisons. Deux versions nous ont été racontées sur l’origine du nom Amboaimena.

Version 1 : Cette version parle de quelques hommes qui allaient chasser des oiseaux aquatiques, entre autres, des canards sauvages dont le sadakely (Anas hottentota, Anatidae). Le milieu, un lac de marais, était un endroit pour pêcher des écrevisses et des poissons à l’aide d’une simple feuille de plante aquatique (tige de Zizyphus). Comme instrument de chasse, les locaux se servaient de chiens et de bâton qu’ils lançaient sur les gibiers. Un jour la chasse était fructueuse mais après avoir abattu des gibiers, ils ont envoyé leur chien pour les chercher à la nage. Le chien sauta sur un vieux gros crocodile de couleur rouge qui le happa dans sa grande gueule. Surpris par l’évènement, les chasseurs crièrent et disaient ialao fa misy voay, efa tena mamba mihitsy. Ils s’enfuirent les jambes au cou disant : « Quittons ce lieu car il y a un gros vieux crocodile rouge. Ainsi, le village d’à côté fut appelé « Amboaimena », là-où-il-y-a-un-crocodile-rouge (Ralaibozaka Jean Baptisme, comm. pers.)

Version 2 : Pour la deuxième version, les premiers habitants du village récemment créé ont vu un gros et vieux crocodile qui se reposait au bord de la rivière Sandrandahy. La nouvelle se répandit très rapidement dans la région. Plus tard, le crocodile fut une référence géographique pour la population : « là où on a rencontré le crocodile rouge, « voay mena », d’où « Amboaimena ». (Randrianasolo, comm. pers.)

Photos : Des tessons de poterie locale collectés en surface à Amboaimena.

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En  haut, vue interne, en bas, vue du bord

Le site d’Amboaimena est un village au sommet d’une colline entourée de vastes rizières, à l’ouest, au nord et à l’est. Au sud, le village se prolonge par une autre colline reliée à la colline à l’est de la ville de Sandrandahy. Formé d’une trentaine de maisons, le village d’Amboaimena fut créé vers 1900 (Randrianasolo, comm. pers.). La première maison, dont il ne reste plus qu’une ruine de fondation en terre rouge battue, se trouve dans la partie sud, à la limite d’un champ de manioc. Nous y avons découvert et collecté un léger et mince tesson de poterie de couleur grise de 5 mm d’épaisseur. (C’est une partie de la panse d’un récipient dont l’âge relatif est de 1900 – 1910 (Rafolo6 comm. pers.), donc début du 20e siècle, justifiant l’âge donné par la population.

Littéralement Andavaboay veut dire « au-trou-de-crocodiles ». Le terrier se rencontre sur la rive sud de la rivière Fisakana à quelques dizaines de mètres en amont avant de passer dans le Fokontany d’Amoronimania. Le milieu présente des blocs de pierres disposés naturellement sous l’eau. Sur la rive existe un talus recouvert d’espèces aquatiques dont le volondrano (Graminées).

Vraisemblablement, ces trois sites seraient les derniers refuges des crocodiles du Fisakana. Ce sont également les lieux des dernières apparitions des crocodiles dans la région, d’où ils ont récemment disparu. L’intervention humaine directe comme la chasse ne peut être envisagée dans ce contexte socioculturel ; mais des actions indirectes comme la modification et la destruction de l’environnement sont plus probables. Nous pensons à une interprétation possible, à partir de faits contemporains. L’actuelle ville de Fandriana fut bâtie après que des marais aient été transformés en rizières qui ont progressivement attiré la population et par la suite réduit l’environnement naturel des crocodiles. Actuellement, l’exploitation minière artisanale des orpailleurs pollue également les réseaux du Fisakana. Lors de notre visite dans le site de Soanipandalo, non loin d’Andavaboay, nous avons constaté que la rivière de Sahanamby, affluent du Fisakana venant du nord, était très polluée par les orpailleurs en amont. Il est possible que de tels types d’activité aient entraîné la fuite des crocodiles vers d’autres régions à travers des réseaux de rivière comme celui de la Sandrandahy au niveau d’Amboaimena. Peut-on dire que cette pollution de l’eau aurait teinté en rouge la peau du crocodile d’Amboaimena, outre sa couleur naturelle plus grisâtre dans sa vieillesse. Selon les traditions, il semble que le crocodile rencontré dans l’ancien marécage d’Amboaimena s’y était réfugié pour fuir d’éventuelles pressions humaines dans la région.

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Photos : Aperçus d’Amboaimena (Clichés par l’auteur)

A gauche, ruines de la première maison à l’est de maisons actuelles ; à droite, Des rizières (ancien marais) autour de la rivière Sandrandahy (arrière plan).

Les réseaux d’eau douce du Fisakana, en l’occurrence la rivière Fisakana et ses affluents auraient pu offrir un habitat adéquat à l’écologie du crocodile. Par ailleurs, la localisation géographique du Fisakana n’ayant aucune barrière écologique avec la région du Vakinankaratra et celle de Melaky à travers le fleuve Tsiribihina et ses affluents, donne aux crocodiles des conditions d’existence optimale. Géographiquement, le Fisakana convenait à ces reptiles mais leur existence ne subsiste que dans les traditions populaires. L’espèce ayant existé dans la région serait donc celle qui coïncide et correspond au contexte des sites étudiés. Il s’agit d’une ou des espèces de crocodiles de Madagascar qui ont pu vivre dans la région mais ont disparu par la suite. Parmi ces espèces, nous en avons deux éteintes, le fossile Trematochampsa oblita (Krause et al. 1997) et le subfossile Voay robustus (Brochu 2007) ainsi qu’un fossile vivant, le Crocodylus niloticus Laurenti 1768.

(1) L’espèce éteinte Trematochampsa oblita (Krause et al. 1997) qui est un Pseudo-Crocodyliens ou Mesosuchiens, n’a pas vécu dans le Fisakana car a existé au Crétacé supérieur (150 millions d’années) dans la région nord-ouest de Madagascar, et seulement mise au jour dans le bassin de Maevarano - Mahajanga avec des espèces de Mammifères et de Reptiles. Elle fait partie des quatre espèces (au moins) de Crocodiles rencontrées à Madagascar (Krause et al. 1997). T. oblita a vécu longtemps avant l’arrivée et la présence de l’homme à Madagascar, et donc n’a pas eu de liaison avec la légende.

(2) L’espèce Voay robustus (Brochu 2007) est connue sous forme de subfossile et a vécu jusqu’à l’Holocène (Pléistocène supérieur, 11.000 ans bp – récent). Selon Brochu (2007), elle s’est éteinte avant l’introduction de Crocodylus niloticus dans la grande île. Bien que V. robustus soit plus grand que Crocodylus niloticus comme son nom l’indique, elle présente moins de caractères d’adaptation à l’environnement malagasy. Estimée à plus de 5 m de long, V. robustus aurait pu peser 170 kg environ et est supposé être le plus grand prédateur ayant jamais vécu à Madagascar.

La disparition fut complète pour V. robustus, il y a environ 2.000 ans (Brochu, 2007). A cause de leur similarité V. robustus et C. niloticus auraient présenté une grande compétition interspécifique en termes de ressource alimentaire s’ils avaient dû coexister. Il a été proposé que le crocodile du Nil a migré de l’Afrique vers Madagascar après que Voay y ait disparu (Brochu, 2007). Bien que cette espèce fût découverte dans quelques gisements tels qu’Andolonomby (appelé encore Ambolisatra) dans le Sud-ouest, et les gisements fossilifères du Vakinankaratra - Antsirabe, à coté de la région de Fisakana, ainsi qu’à Ampasambazimba (région d’Itasy en amont et relié par le fleuve Tsiribihina par la rivière Mahajilo), elle ne concerne pas la légende de Fisakana tsa lanim-boay. A l’époque de son existence le royaume du Fisakana n’était même pas encore en place et Ratrimo et son peuple n’ont pas eu la chance de rencontrer cette espèce.

(3) Le fossile vivant, Crocodylus niloticus (Laurenti 1768) a vécu depuis longtemps et des formes subfossiles ont été mises au jour dans différents sites à travers Madagascar, essentiellement sur Hautes terres centrales, dans le Vakinankaratra (sites fossilifères d’Antsirabe et de Morarano), dans l’Itasy (site fossilifère d’Ampasambazimba, 1035 ± 50 ans bp), et dans le Melaky (site mixte de Belo-sur-Mer). Cette espèce aurait pu exister dans le Fisakana, localisé au sud d’Antsirabe, deux régions frontalières et reliées par la rivière Mania, et en communication avec le Melaky. En outre, l’espèce biologique C. niloticus recouvre toutes les grandes régions fluviatiles de Madagascar dont le fleuve Tsiribihina de la région de Melaky. En tenant compte de l’écologie de C. niloticus, il aurait pu habiter ou du moins visiter la région de Fisakana.

(4) D’autres recherches évoquent l’existence de crocodiles marins, Crocodylus porosus, dans les régions Est de Madagascar. Le soit disant brassage entre C. porosus et C. niloticus donnant la sous-espèce C. niloticus madagascariensis, ne concerne pas l’espèce ayant existé dans le Fisakana. La falaise rocheuse séparant les hautes terres, dont fait partie le Fisakana, et les régions côtières orientales présentent une barrière géographique et écologique pour cette espèce.

Aucune donnée paléontologique n’est connue sur le Fisakana mettant en évidence la présence de Voay robustus. Nous n’écartons pas l’idée que cette espèce y aurait vécu. Partant des traditions orales sur les crocodiles et nous appuyant sur leur histoire naturelle dans le Fisakana, pourquoi ne pas soutenir l’adage malagasy : « Lasa ny mamba misosoka ny voay » litt. les-grands-crocodiles-partis-les-petits-leur-succèdent ; n’est ce pas une traduction de la substitution de Voay robustus par Crocodylus niloticus ? Ce sujet mérite réflexion et nous incite à mener des travaux de recherche paléontologiques dans la région du Fisakana. Notons que depuis longtemps les Malagasy distinguent le voay des mamba comme dans beaucoup de contes et de proverbes. Le Révérend Père Callet (1981 : 831), dans le Tantara ny Andriana eto Madagasikara, distingue deux types de crocodiles, le mamba et le voay, tous deux mangeurs d’hommes et de bœufs (…). Divers mots d’usage courant pour désigner le crocodile sont utilisés, les uns d’origine bantoue : mamba sur les Hautes terres, ‘ngoena au Nord-ouest dans le pays Sakalava, ‘ngetry chez les Bara dans le Centre sud ; les autres d’origine indonésienne : voay chez le Tanosy dans le Sud (Hebert, 1964 : 332). Il a été suggéré que Madagascar a différentes espèces dont la sous-espèce, Crocodylus niloticus madagascariensis ; mais selon Hebert (1964 : 332) ainsi que Glaw et Vences (1994), il n’y existe qu’une seule espèce, le crocodile du Nil Crocodylus niloticus. Ainsi, ces grands reptiles aquatiques ont été récemment répandus à travers toute l’île (Glaw et Vences 1994).

Fisakana présente les conditions nécessaires et suffisantes pour permettre l’implantation et l’expansion des crocodiles Malgré tout, la croyance et la culture des populations du Fisakana sont marquées par cet animal dangereux. La légende sur leur relation pacifique évoque la fierté des gens et les distingue des autres groupes sociaux malagasy. Quoi qu’il en soit, le fady de tuer ou de rencontrer des crocodiles est commun à tous les Malagasy ; l’analyse de ce cas dans la région de Fisakana revêt une étude du modèle d’extinction régionale des crocodiles. Des indices marquent leur présence dans la région et par la même occasion des preuves de leur disparition sont mises en évidence.

Historiquement le site d’Ambohipoloalina, non loin de la source de la rivière Fisakana date du 17e siècle de notre ère. Cette période est ancienne par rapport à celle du site de Fisakatsiavadika lequel est contemporain du site d’Amboaimena daté de 1900 à 1910 (début du 20è siècle). Cette dernière période d’apparition des crocodiles coïncide avec la mise en place du village de Soanipandalo – Amoronimania lequel a été construit après le passage de Ranavalona II vers 1897. Ces données historiques et archéologiques confirment l’existence des crocodiles dans le Fisakana (17è siècle) et leur dernière apparition ou leur disparition qui correspondrait à la fin du 19è siècle. Toutefois les données paléontologiques nous permettent de voir quelles espèces de crocodiles ont colonisé la région de Fisakana. Jusqu’à maintenant aucun fossile ni subfossile de Vertébrés n’a été découvert dans la région, contrairement à la région de Vakinankaratra. On peut suggérer que la région de Fisakana fut colonisée par les crocodiles après l’Holocène (2000 ans) période où le Voay robustus dominait encore Madagascar. Nous pensons que si on en trouve, il serait possible qu’on rencontre des restes de Voay robustus. Ce sera l’équivalent de « mamba » alors que le crocodile sera le « voay » classique dans « Lasa ny mamba, misosoka ny voay », litt. le-mamba-parti,-le-voay-succède, proverbe très connu chez les Malagasy, voir Houlder (1960).


Le Fisakatsiavadika

Le Fisakatsiavadika, au cours du temps fut abandonné et la dernière maison dans ce hameau s’écroula il y a 20 ans. Tout le monde pouvait faire combattre leurs taureaux dans ce parc. C’est à Afotoana (litt. au-rendez-vous) qu’on fixe le rendez-vous à l’époque. Son  propre gardien, Andrañompiambina habitait juste en bas dans une maison en terre battue. Il y a récemment du hira-gasy ou danse et chants traditionnels malagasy.

Actuellement, l’orimbato dans le parc à bœufs de Fisakatsiavadika sert également de lieu de rite pour établir la sécurité populaire en la prenant comme un famato contre les malfaisances, à savoir des vols7 de bœufs, des homicides. Le rite comprend un culte et des offrandes. A nos jours, au lieu de tuer un bœuf, on achète à sa place du foie ou du sang de bœuf puis de feuille d’ambiaty (Vernonia sp., Asteraceae). On fait le velirano ou consentement (en frappant la pierre) tel que « izay manao ratsy amin’ity tany ity ka samy nihinana amin’io rà na atikena io dia hiharan’ny loza » donc c’est le dina ou compromis dans le fonkotany. D’ailleurs, aucun agent de l’état (policier, gendarme) effectuant des arrestations de malfaiteur, reconnu coupable ne pourra y accéder sans le tso-drano ou la bénédiction du chef ou doyen du fokontany. Cette place servait également de tribunal populaire pour résoudre les problèmes fonciers ou des problèmes d’administration.

Occupée par les Efadray, population venant de quatre pères, la région fut sous le règne d’un riche roitelet qui s’appelait Randriabeavona (litt. qui-a-beaucoup-d’orgueils, avona) et qui vivait à Nanitana au nord de Fisakatsiavadika actuellement, à l’autre côte de la rivière Fisakana. Tous ceux qui existent dans cette région lui appartenaient et occupés par sa famille, aussi bien à Afotoana qu’à Atsihanaka deux villages voisins. Ce roitelet avait beaucoup d’enfants, à l’origine des Efadray, et son tombeau se trouve à Afotoana. Particulièrement, à cause de la dernière volonté de leur ancêtre, Randriabeavona, les descendants sont enterrés dans des tombeaux ancestraux dans la région. Selon les traditions orales, il y avait autrefois, de l’eau et des poissons dans ce parc mais dès qu’on a planté la pierre, l’eau s’était asséchée. Beaucoup de maisons appartenant aux ancêtres de toutes les populations qui se sont éparpillées aux environs de Fisakatsiavadika se trouvaient autour de ce parc. Notre investigation archéologique (août 2006) dans le site a permis de connaître qu’il est constitué d’une fosse à bœufs royale au centre de laquelle s’abrite le Fanidim-boay ou le fétiche protecteur contre la férocité des crocodiles. Ce fétiche, marqué par une pierre levée, est protégé par un amas de cailloux (Rabe Thomas, comm. pers.).

Les crocodiles, aide à trouver la vérité lors du jugement d’un délit

« …Ary ny rano be voay no famatarana ny ratsy fanahy kosa : Raha manao ratsy : dia hano ray voay, hano izy ! raha tsy manao ratsy : aza hanina fa alao handeha fa manao tsara ! Dia azera aminy rano : ary ny manao ratsy raha vao miroboka dia lasa ny (lasan’ny) voay. Ary ny tsy anaovana ho famantarana ny mpanao odimahery ny rano be voay : raha asiana aminy rano izy ireo, dia tsy mihetsika ny biby azo ny odimahery ; izany no tsy nanaovany Merina famantarana aminy rano be voay, fa be no mahay fanidy aty Merina. » (Callet 1908 : 831)

« … C’est l’eau infestée de crocodile qui sert à identifier les mauvaises personnes : s’il a commis des fautes : attaque-le, mange-le ! Par contre, épargne-le car il est bon ! »  Alors on le jette dans l’eau : s’il est fautif, le crocodile l’attrape. Mais on n’utilise cette méthode pour juger les sorciers car dès qu’on les jette dans l’eau, l’animal est immobilisé ; c’est la raison pour laquelle on abandonne cette pratique en Imerina où beaucoup savent confectionner des amulettes. » (Traduction libre par l’auteur)


Bibliographie

Brohu C. A. 2007. Morphology, relationships, and biogeographical significance of an extinct horned crocodile (Crocodylia, Crocodylidae) from the Quaternary of Madagascar. The Linnean Society of London. Zoological Journal of the Linnean Society, 150 : 835-8.

Callet F. 1908. Tantaran’ny andriana eto Madagasikara, documents historiques d’après les manuscrits malgaches, tome 2 : 493-1243, Antananarivo, Imprimerie Officielle, Académie Malgache (édt).

Glaw F. et Vences, M. 1994. Field Guide to the Amphibian and Reptiles of Madagascar, 2ème édition. Vences M. & Glaw F. Köln, 480p.

Gueunier N.J. 1995. Fitaizana ho isam-bahoaka. Anganon’ny Faritra Andrefan’i Madagasikara. Edition Ambozontany, Karthala. Enda océan indien. Coopération Suisse UNESCO/FNUAP. Madprint.

Hebert J.C. 1964. Les noms d’animaux en Malgache. Civilisation Malgache vol.1 : 295 389, Série Sciences Humaines n°1. Fac. Et. Sc. Hum. Tananarive.

Houlder J.A. 1960. Ohabolana ou Proverbes Malgaches. Imprimerie Luthérienne de Tananarive, 216p.

Krause D. W., Hartman J. H. & N. A. Well, 1997. Late Cretaceous Vertebrates from Madagascar. Implication for Biotic Change in deep time. Dans : Goodman S.M. & Patterson B.D. (edts), Natural Change and Human impact in Madagascar. Smithsonian Institution Press, Washington, D.C. : 3-43.

Rakotozafy L. M. A. 2012. Essai d’établissement de l’histoire naturelle des bœufs à Madagascar. Taloha 20. 6 octobre 2012, http://www.taloha.info/document.php?id-1241

Randriamihajanirina D. 1998. Les crocodiles épargnent le peuple mais dévorent les souverains du Fisakana. Un essai d’interprétation des traditions du Nord-Betsileo (XVIIIè – début XIXè siècle). Mémoire de CAPEN, Filière Histoire-Géographe, Ecole Normale Supérieure, Antananarivo, 178 p.

Ratsimbazafimahefa P. 1971. Le Fisakana : Archéologie et couches culturelles. Musée d’Art et d’Archéologie, Antananarivo, 157 p.

Notes de bas de page

1 « Fisakana tsa lanim-boay » littéralement : Les natifs du Fisakana sont épargnés par les crocodiles.
2 Fanidim-boay : charme pour neutraliser les velléités de ces sauriens.
3 Tanghin ou tangena (Cerbera manghas, Apocynaceae)
4 Période historique d’avant le 17e siècle.
5 Fokontany : division administrative au sein d’une commune.
6 Le Professeur Rafolo Andrianaivoarivony, archéologue et Directeur du Centre d’Art et d’Archéologie du Département d’Etudes Culturelles, Faculté des Lettres et Sciences Humaines, Université d’Antananarivo, a effectué de nombreux travaux sur différents patrimoines malagasy, des sites archéologiques en particulier.
7 Selon Rabe Thomas (comm. pers.) à titre d’exemple, si on s’aperçoit que des brigandages portent atteinte à la sécurité ou créent des troubles sociaux, on rassemble tous les Fokonolona dans ce parc à bœufs et on y établit des contrats de bon comportement et de civisme. Ainsi en cas d’enfreinte chacun serait puni horriblement.

Pour citer cet article


Rakotozafy Lucien Marie Aimé. «De la légende du « Fisakana tsa lanim-boay »1 chez les Betsileo Tavaratra (du Nord) à l’histoire naturelle des crocodiles de Madagascar». TALOHA, Numéro 21, 10 décembre 2014, http://www.taloha.info/document.php?id=1309.




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ISSN 1816-9082