TALOHA
Revue scientifique internationale des civilisations
Précédent   Bas de page   Suivant   Signaler cette page   Version imprimable

Numéro 21

Article

Présentation des articles



Date de mise en ligne : 28 février 2015


Texte intégral

Ce numéro 21 de la revue Taloha, également hommage à notre regretté collègue Rakoto Ignace, est un numéro spécial comportant des contributions de ses collègues, amis et connaissances.

Les premiers articles se rapportent aux recherches archéologiques, ethnologiques, anthropologiques et historiques sur Madagascar.

Le premier article est la présentation en français d’un article initialement en anglais par la directeure de l’ICMAA, Radimilahy Chantal et de ses collègues de recherche, le regretté Robert E. Dewar et Henry T. Wright. Cet article modifie et fait reculer les dates d’occupation de l’île à partir des vestiges archéologiques. Ainsi, la Grotte Lakaton'i Anja située dans les gorges d’Andavakoera dans le Nord de Madagascar, ainsi que l'abri sous roche d'Ambohiposa, un site de campement de cueilleurs, serait un des plus anciens sites d’occupation humaine. Ce site a permis la mise au jour de microlithes en-dessous de couches archéologiques où des poteries bien datées des 11e-14e siècles AD ont été retrouvées lors de fouilles antérieures. Nous ne sommes pas au bout des surprises en ce qui concerne le peuplement de l’île. Beaucoup d’études restent à faire sur le plan humain, historique, archéologique.

Ainsi, Tanambelo Rasolondrainy présente le résultat de ses analyses et interprétations de peintures rupestres anciennes, dont l’existence est reconnue officiellement depuis seulement quelques années à Madagascar. Ces peintures de l’abri sous roche d’Ampasimaiky, dans la région Sud-ouest de Madagascar et représentant selon l’auteur des inscriptions lybico-berbères ouvrent un débat sur la « préhistoire » de Madagascar et la possibilité d’anciens contacts entre Madagascar et l'Afrique du Nord pendant la période préhistorique, toujours selon l’auteur. Signalons que cette étude était déjà parue en anglais en 2012 dans la revue d’archéologie Studies in the African Past.

Tout aussi importante est l’étude de Rasoarifetra Bako qui présente ses recherches sur les perles archéologiques de Madagascar. Sa contribution fait suite à son essai typologique établi sur les perles archéologiques du Nord de Madagascar (Rasoarifetra 2003). Elle traite cette fois-ci de l’utilisation des perles en tant que mobilier funéraire, objets de rituel, parure et autres bijoux en essayant de trouver leur signification. Elle réfléchit surtout à la continuité de ces pratiques sur les populations traditionnelles. L’approche est basée sur des enquêtes relatives à l'origine des choix, au transfert des connaissances, et aux modes de distribution et d'utilisation des perles.

Rakotozafy Lucien veut clarifier l’origine du dicton « fisakana tsa lanim-boay/Natifs du Fisakana, épargnés par les crocodiles », dans le Betsileo du Nord, sur les Hautes terres centrales de Madagascar. La légende du « Fisakanatsalanim-boay » raconte que les crocodiles ont existé dans la région du Fisakana, bien que cette espèce ait actuellement disparu de cette région. L’enquête ethnologique et historique sur la toponymie des villages et des places étudiés rapporte que les crocodiles vivaient encore le long de la rivière Fisakana vers les années 1900. Mais ces reptiles ne fréquentent plus la région, non pas grâce aux amulettes, mais à cause des contraintes socioéconomiques et l’extermination de l’espèce par la colonisation. L’analyse archéologique montre que la dernière apparition des crocodiles dans le Fisakana se situerait entre les années 1800 et 1900 (fin du 19e siècle). L’analyse des données paléontologiques sur les crocodiles disparus de Madagascar, fossiles et subfossiles, propose que seule l’espèce vivante Crocodylus niloticus a colonisé le Fisakana mais a disparu de cette région probablement suite à la modification de l’environnement. Il semble toutefois qu’il y a une infime repopulation de crocodiles à Madagascar. En effet, lors des périodes de crues, dans des grandes villes de Madagascar, les journaux ont rapporté pour Antananarivo en 2004 ou pour Toliara, dans le Sud-Ouest en 2014, des jeunes crocodiles rencontrés dans les eaux de crue Dans les campagnes, les populations rurales rapportent également l’existence de ces sauriens, sources de graves blessures, parfois de décès.

L’article suivant, toujours du même auteur, examine le site archéologique d’Ambanivato, litt. sous les rochers, un abri sous roche dans la partie sud du Fisakana, où ont vécu des gens pour diverses raisons. Le site d’Ambanivato présente des abris sous roche engendrés par l’érosion d’une colline à base de migmatite. Les résultats préliminaires de l’analyse des vestiges collectés et provenant des sondages archéologiques, ainsi que les structures apparentes (murs en pierres sèches, fossés), attestent une ancienne et longue occupation humaine remontant au 15e siècle de notre ère. Le site a servi plus tard de refuge aux riverains lors des périodes d’insécurité.

Rakotondrabenja Adrien décrit un modèle défensif à partir du site archéologique d’Ambohijoky, une colline du sud de l’Imerina sur les Hautes Terres centrales de Madagascar. L’auteur a déterminé sur le site manisotra  d’Ambohijoky, un village de colline perché à 1509 m d'altitude et situé à 20 km au sud d'Antananarivo, des occupations humaines depuis le 16e jusqu'au 19e siècle de notre ère. L’approche à la fois géographique et "poliorcétique" du paysage autour de ce site par l’auteur a contribué à faire apprécier l'ingéniosité indiscutable et le savoir-faire guerrier des bâtisseurs d’autrefois, avec le creusement et l’agencement de fossés multidirectionnels inextricables.

Sur un autre plan, Rasamoelina Henri propose l’étude d’une tradition familiale lors de l’alliance d’un voanjo, une sorte de colon-éclaireur désigné par les souverains de l’Imerina d’Andrianampoinimerina à Ranavalona I pour s’installer dans les provinces conquises, ici le Betsileo, avec les clans locaux à travers le mariage. On peut voir à travers le récit, la situation de la région à la fin du 18e et au début du 19e siècle.

Dans la foulée des informations historiques, Rakotondrasoa L. Modeste poursuit cette étude des traditions familiales dans les environs d’Ankadivoribe, sur les Hautes terres centrales. Cette compilation faite par un descendant d’un nommé Ramaharavo fait partie de la présentation de textes de traditions orales où le texte est présenté tel quel dans la langue vernaculaire avec à côté une traduction qu’on voudrait la plus fidèle possible dans la langue française en gardant l’esprit et les mouvements originaux. Le Rainimaharavo connu des historiens est-il celui de ce texte ? On y parle d’un roi parti vers l’Ouest. Est-ce Radama II dont la disparition est entourée de mystère. A la suite de Raymond Delval (1972) et d’autres informations locales, cet article évoque la possibilité d’une survie dans l’ouest du pays de ce roi.

Les articles suivants proviennent du continent. Ainsi, l’article présenté par Siléymane Sylla nous fait traverser le canal de Mozambique et parle d’une coutume culturelle inconnue à Madagascar : l’excision des adolescentes. Sous-titré « mutilation génitale féminine », cet article nous brosse un tableau très sombre de l’impact de cette coutume sur la vie et le corps de certaines femmes africaines. Dans le droit occidental, c’est une atteinte à l’intégrité corporelle. L’oppression des femmes est un fait universellement répandu, et encore d’actualité. Dans différents pays du monde la lutte pour l’émancipation des femmes, souvent victimes d’« atrocités »justifiées par la tradition, est ainsi un combat très actuel. Les exemples modernes foisonnent et continuent à faire l’objet de nombreuses études, mais ici il ne s’agit plus de faire état de marqueurs sociaux (perçage des oreilles, tatouage, etc.), mais d’une véritable mutilation. Les MGF (Mutilations Génitales Féminines) sont celles qui sont les plus dénoncées. Ainsi, pour les féministes, l’excision ne joue d’autre rôle que la perpétuation de la domination masculine. L’auteur veut ainsi élucider cette problématique dans ce travail.

Ndinga Nziengui Alphonse nous parle de statuaire et nous offre un panorama extraordinaire de végétation tropicale propice à la sculpture sur bois, une des principales caractéristiques de l’Art plastique de l’Afrique centrale. La statuaire ainsi obtenue est pour l’essentiel destinée à l’usage cultuel comme élément de reliquaire traditionnel, d’autant plus que les objets d’art utilisés dans le culte de l’ancêtre, à savoir les statuettes et autres minuscules masques, sont de véritables pièces sacrées. Une telle statuaire est inscrite sur le registre du culte parce que sa principale mission est de servir la foi traditionnelle en personnifiant les ancêtres et les esprits au moyen de l’Art. Il y a certes la fonction communicatrice à faire prévaloir, cependant, la foi demeure l’unique finalité, à laquelle les Africains accordent réellement de l’importance.

Une autre contribution africaine est celle de Amani Célestin qui touche le problème crucial et épineux de la gestion des ressources forestières en Côte d’Ivoire. Faut-il rappeler que le même problème mérite d’être approfondi à Madagascar surtout avec l’exploitation sauvage récente des essences précieuses, sans parler du razzia colonial de 70% du stock malagasy entre 1895 et 1925 (Jarosz, 1996 : 159). Cet article analyse l’un des problèmes majeurs entourant les politiques de gestion durable des ressources forestières au vu des implantations humaines. A partir de l’étude de la forêt classée des Rapides Grah, il a été montré que l’installation de ces communautés rurales conduit à la maximisation de l’exploitation du stock forestier au travers des pratiques dégradationnistes influençant sa régénérabilité et entraînant une hybridation de ce biotope.

Nous espérons que le lecteur appréciera à sa juste valeur, ce numéro qui sort en hommage à un grand homme de l’histoire de Madagascar.

p.le Comité,

L.Modeste Rakotondrasoa



Pour citer cet article


«Présentation des articles». TALOHA, Numéro 21, 28 février 2015, http://www.taloha.info/document.php?id=1366.




ICMAA   London School of Economics   INALCO   Université de Fianarantsoa   Université d'Antananarivo   Agence Universitaire de la Francophonie  
Revue électronique internationale publiée par l'ICMAA, en partenariat avec l'Inalco, la LSE et l'UF avec le soutien de l'AUF
ISSN 1816-9082