TALOHA
Revue scientifique internationale des civilisations
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Numéro 21

Article

TRAVAIL SUR LA DÉCOUVERTE DE PEINTURES RUPESTRES PREHISTORIQUES ET D’INSCRIPTION LYBICO-BERBERE (500 BC – AD 800) DANS LA REGION SUD-OUEST DE MADAGASCAR.


Tanambelo V.R. RASOLONDRAINY.

Date de mise en ligne : 28 septembre 2015

Résumé

Cet article présente le résultat de l’étude archéologique sur un site à peintures rupestres peut-être de la période préhistorique trouvé à Madagascar. Sur la base base de méthodes et techniques systématiques, cette étude apporte des preuves archéologiques qui contribuent largement à la compréhension de la « préhistoire » de Madagascar. En effet, jusqu’ici les plus anciens sites connus datent du 5e siècle de notre ère. Or, des peintures rupestres probablement préhistoriques ont été récemment mises au jour. Une inscription similaire à des inscriptions libyco-berbères a été découverte sur les peintures rupestres de l’abri sous-roche d’Ampasimaiky, dans la région Sud-ouest de Madagascar. A partir de cette écriture - et d’anciens documents historiques, des preuves archéologiques et paléontologiques circonstancielles, des données linguistiques, , la présente étude fournit un âge minimum entre 500 ans av. J.C à approximativement le 8e siècle de notre ère pour les peintures rupestres. En outre, cette étude retrace les anciens contacts probables entre Madagascar et l'Afrique du Nord pendant la période préhistorique.

Abstract

This article presents the result of an archaeological study on the probable prehistoric rock paintings site found in Madagascar. Based on systematic methods and techniques, the study provides groundbreaking archaeological evidences that contribute largely to the understanding of the “prehistory” of Madagascar which was not archaeologically known hitherto to have prehistoric rock paintings, nor human settlement prior to 8th century AD. A similarly libyco-berber inscription was discovered on the rock paintings of Ampasimaiky Rock Shelter, in Southwestern Madagascar. Based on this writing - supported by ancient historical records, circumstantial archaeological and palaeontological evidences, linguistic data, and to some extent DNA analysis results -, the present study provides minimum age falling in the bracket time around 500 BC to roughly 8th century AD for the rock paintings of Ampasimaiky rock shelter. Furthermore, the study traces back possible early contacts between Madagascar and Northern Africa during prehistoric times.


Table des matières

Texte intégral

Le présent article est tiré d’un « Master of Arts » en archéologie intitulé “Archaeological study of the prehistoric rock paintings of Ampasimaiky rock shelter, in the upper Onilahy, Isalo region, southwestern Madagascar”, préparé et présenté à l'« Archaeology Unit » de l'Université de Dar es Salaam. Dans le cadre de cette étude, mon point de départ a été l'exposition ethnographique du site web du Musée d'Ethnographie de Genève (MEG) 1. Le thème concernait les peuples et cultures de la région du Sud-ouest de Madagascar et  a été réalisé à partir de photos prises par l'ethnographe français Jacques Faublée en 1939. Parmi les clichés il y avait des peintures rupestres trouvées dans des grottes et abris sous-roche dans la région de l’Isalo. Après discussion avec mes enseignants à l' « Archaeology Unit » de l'Université de Dar es Salaam, Professors Felix Chami, Fidelis Masao, et Audax Mabulla, j’ai approfondi l’étude de l'importance de ces peintures pour la période préhistorique de Madagascar.

Fig. 1 : Cartes du Sud et du Sud-ouest de Madagascar localisant le site d’étude et d’autres sites archéologiques et paléontologiques (adaptées de Radimilahy 2011 :826)

Un survey archéologique de la région méridionale de l'Isalo (Fig. 1) a été effectué à l’issue duquel un site à peinture rupestre a été découvert. Prof. Chami a participé au terrain donnant des conseils sur la démarche à suivre pour le traitement de ces cultures pariétales non encore étudiées à Madagascar. es étudiants en Maîtrise d’Histoire de l'Université de Toliara, Mex Tafitasoa, Nadya Ravololonirina, et Norbert Antilahy, et quelques villageois (Photo 1) ont participé aux travaux. Le Réseau d’Archéologues Africains à Madagascar, sous la direction de Dr Chantal Radimilahy et Prof. Barthelemy Manjakahery a fourni les équipements logistiques utilisés. Les différentes signatures d'approbation administrative tant nationale que locale, la sécurité fournie par la Brigade de Gendarmerie de Benenitsy, et surtout la bonté et l’ouverture d'esprit du Roi Zafimanely (Photo 1) - qui nous a permis d’accéder au site (funéraire) – ont contribué énormément à l'accomplissement de l’expédition.

Photo 1: a- L’équipe de terrain; b- Le Roi Zafimanely et l’auteur.

Beaucoup de sites archéologiques à peintures rupestres préhistoriques (Coulson & Campbell 2001 ; Willcox 1984) ont été découverts en Afrique. Cependant, aucun site similaire n’a encore été identifié à Madagascar, alors que l’île est seulement située à 400 kilomètres de l'Afrique australe où les peintures sont abondantes. La plupart des arts rupestres préalablement trouvés à Madagascar ont été jugés avoir été produits dans un passé récent (Faublée 1947: 164; Hébert 1971: 218). Cette appréciation est fondée sur la théorie considérant les Africains comme incapables d’avoir navigué en haute mer pendant les temps préhistoriques (Donque 1965: 43; Grandidier et al. 1902; Southall 1975: 194; Vérin 1975, 1981). Il a été par conséquent hors de question de penser qu’ils avaient la possibilité de transférer la pratique des peintures rupestres vers les îles adjacentes de l’Afrique telle que Madagascar. Cependant, des résultats archéologiques récents ont démontré que la côte orientale d’Afrique et les îles voisines étaient déjà en contact depuis la période préhistorique (Chami & Kwekason 2003; Chami et al. 2009; Juma 2004; Kessy 2009a, 2009b). Cela m'a poussé à réviser l’ancienneté des peintures rupestres de Madagascar.

D'autre part, l’écriture arabico-malgache sorabe - signifiant "grande écriture" - indique qu’il y avait à Madagascar une écriture ancienne distinguée de l'arabe (Hébert, 1967 : XLVII ; Huygues-Belrose 1997 : 8). Bien que Hébert (1967 : XLVIII) présumait qu'une telle écriture hypothétique devrait être d'origine indienne et pourrait se trouver sur des inscriptions pariétales ou sur des stèles, aucune inscription de la sorte n’a été jusqu’ici découverte à Madagascar. Ma problématique était par conséquent de découvrir si celle-ci apparaîtrait sur les peintures rupestres rapportées par le site du MEG. Cette idée vient de ce que Chami (2006 : 84-85 ; 2008) arguait que les peintures et gravures rupestres africaines de type Schématique Géométrique et Amorphe2 (SGA) sont des écritures anciennes.

La datation par radiocarbone plaçant le peuplement humain le plus ancien de Madagascar autour du 5e au 8e siècle de notre ère (Dewar & Rakotovololona 1992, Dewar 1996: 474) constituait un autre problème. Même si des dates plus anciennes sont encore envisagées, beaucoup de chercheurs ont présumé que le peuplement de Madagascar ne remonterait pas au-delà de l’an 0 de notre ère (Dewar 1997). Cette assertion a rendu la recherche sur la culture matérielle malagasy allant jusqu’à l’âge de pierre plus que difficile. La découverte de cultures matérielles datant des temps préhistoriques a été écartée, négligée ou mal interprétée. Cependant, des restes d’ossements d’animaux subfossiles portant des traces de boucherie découvertes dans des sites paléontologiques dans la région du Sud-ouest indiquent la présence d’une activité humaine dans la grande île remontant aux environs du 1er millénaire avant notre ère (Blench 2007; Perez et al. 2005). En dépit de ces indices, il n’a pas encore été jusqu’ici découvert de site archéologique ayant des dates semblables dans l’île entière3. Avec la découverte d'un abri sous-roche à peintures rupestres, avoir de nouvelles informations sur la préhistoire de Madagascar avant le 5e siècle s’avérait être réalisable. À plus forte raison, certaines peintures et gravures rupestres de type SGA trouvées sur le continent africain - semblables à celles des photos du site web de MEG - ont été datées au radiocarbone du 1er millénaire av. J.C. au début du 1er millénaire de notre ère (Chami, 2008: 54; Hall et Smith 2000; Lynche & Donahue 1980; Willcox 1984: 26, 83).

En dépit de difficultés rencontrées par manque de reconnaissance archéologique avant les travaux sur terrain, de l'insécurité dans la région d'étude, et de la sacralité du site à étudier -, nous étions tout de même parvenus à conduire des campagnes de survey et fouilles archéologiques. Nous avions effectué de la documentation sur les peintures de l'abri sous-roche d'Ampasimaiky. Les résultats de ces travaux sont présentés dans cet article.

Le site étudié est un abri sous-roche situé au pied d’une colline où se trouve un petit ruisseau appelé Ampasimaiky (Fig. 2), d’où le nom du site. La présence de cette source d’eau pourrait avoir influencé le/la peintre à choisir l'emplacement.

L'abri lui-même est de 26,8 m de longueur (axe Sud-Nord) et de 5 m de largeur (vers l'intérieur). Son plafond est incliné vers l'intérieur à partir de 4 m de hauteur ; l’entrée est approximativement haute de 1,5 m de à son mur irrégulier. Une chambrette, la partie la plus profonde de l’abri sous-roche  est actuellement utilisée comme endroit funéraire par la famille royale "Bara Zafimanely". Des bouses et des empreintes de sabots de bœufs trouvées au sol indiquent que du bétail fréquente la place et a dû bouleverser le sol.

Les régions autour du site sont dominées par des collines rocheuses couvertes d'herbes. Dans le canyon profond tout près du confluent d'Ampasimaiky et de la rivière Sakamarekely, un patch de végétations épaisses atteignant 10 m de hauteur est observé longeant le ruisseau. Cet environnement n’aurait pas permis une activité agricole autour du siteà moins de se déplacer à  1,5 km, lieu où la riziculture est  aujourd'hui pratiquée.

Fig. 2 : Plan du site

L'abri sous-roche d'Ampasimaiky est orienté vers l'Est. Par cette disposition, les panneaux à peintures sont exposés au soleil le matin et sont à l'ombre au-delà de midi. Il est donc envisageable que les activités liées aux peintures ont été faites soit tôt le matin pendant que la chaleur du soleil est encore modérée, soit au-delà de midi l'abri étant à l’ombre. La hauteur des panneaux ne dépasse pas les 130 cm, et suggère que les peintures ont été destinées pour des gens en position assise (Photo 2).

Photo 2: Hauteur des panneaux

Stratégiquement parlant, la vue vers l’extérieur du site est limitée ; les collines opposées – de l’autre côté du ruisseau d'Ampasimaiky - empêchent une personne se tenant debout sous l'abri d’avoir un bon panorama des environs (Photo 3). Il est vraisemblable que la vue vers l’extérieur - impliquant une stratégie de défense (Smith 1995) - n'ait pas été parmi les soucis du peintre quand il/elle a choisi le site. La disposition de l’abri sous roche d’Ampasimaiky favoriserait ainsi des envahisseurs voulant attaquer les résidents. Ainsi, la place ne serait pas propice à une habitation permanente.

Photo 3: Vue vers l’exterieur de l’abri sous-roche d’Ampasimaiky

Une personne se tenant debout sur les collines de l’autre rive pourrait voir un individu à l’intérieur de l’abri, à moins que celui-ci  ne se cache dans la partie plus profondede l’abri. Les peintures n'étaient pas exposées à la vue des passants, elles ne sont pas visibles de loin. Avec l’inclinaison  du terrain, l’accès et la hauteur des panneaux placés en-dessous de 130 cm de hauteur,  les peintures ne sont visibles qu’à l'approche de l’entrée. Toutefois, le souci de visibilité des peintures est traduit par l'utilisation de couleurs plus foncées (rouges et noires) sur un mur en grès de couleur pâle.

Les murs de l’abri sous-roche portent des peintures de couleur rouge, orange rougeâtre, rouge bordeaux, noir, et blanc suivant des modèles monochrome, bichrome et polychrome. Les images ont été apparemment dessinées avec le bout du doigt. Elles dépeignent des figures zoomorphes (principalement des zébus) et anthropomorphes (de type semi-naturaliste et stylisé), ainsi que des symboles de type Schématique-Géométrique-Amorphe (Fig. 3). Ces derniers dominent et sont représentés par des signes quadrangulaires, circulaires et elliptiques, des lignes de points/tirets, ainsi que des signes apparemment similaires aux alphabets. Au total, les peintures rupestres d’Ampasimaiky comptent 166 images identifiables.

Fig. 3 : Typologie de forme des images dans les peintures rupestres d’Ampasimaiky.

Des études comparatives des images, les peintures rupestres d'Ampasimaiky sont similaires aux arts rupestres préhistoriques de type SGA du continent africain (Chami 2008; Chaplin 1974; Coulson & Campbell 2001; Eastwood & Smith 2005; Lynch & Donahue 1980; Mabulla, 2005; Smith 1995; Teka 2008; Willcox 1984). Les similitudes suggèrent apparemment des liens entre les deux régions (Madagascar et le continent) dans les temps préhistoriques. Ainsi, on pourrait envisager une origine africaine des peintures rupestres d'Ampasimaiky et qui pourraient être relativement datées de la même période que celles du continent (Thackeray 1983: 22). Les études comparatives (des images) ont également suggéré que plus de 30 types d’images des peintures rupestres d'Ampasimaiky seraient apparentés aux différentes écritures anciennes telles que la Libyco-Berbère, la Protosinaïtique, la Méroitique (cursive), l’Ibérienne punique, la Phénicienne ancienne, la Tifinagh, et les signes linéaires égéens, crétois et proto-Égyptiens respectivement (Fig. 4). Ces ressemblances suggéreraient également que les peintures rupestres de type SGA d'Ampasimaiky seraient de l’écriture ancienne.

Fig. 4 : Comparaison entre les images de l’abri sous-roche d’Ampasimaiky et certaines écritures anciennes.

Certains chercheurs en art rupestre avaient déjà avancé l'idée que certaines peintures et gravures rupestres africaines sont des écritures ou des idéographes. Cependant, leur proposition a été rejetée parce que l’ordre dans l’arrangement des symboles n’était pas suffisamment explicite et qu’aucune répétition de signes ne s’observe (Willcox, 1984: 210). Le Professeur Barry Fell, un spécialiste en écriture libyco-berbère, a reçu les mêmes critiques. Celui-ci a traduit les glyphes de Driekopseiland, en Afrique australe comme de l’écriture libyco-berbère, mais il a contesté parce que les bushmen n’auraient pas su écrire (Willcox 1984: 210). La même objection a été faite pour des inscriptions libyco-berbères inscrites sur les pétroglyphes des îles Canaries, n’ayant pas été acceptées comme telles, parce que les Guanches (peuple autochtone des îles Canaries) n’auraient pas pu acquérir ou adopter un système d'écriture dans les temps préhistoriques (Cline 1953; Farrujia de la Rosa et al. 2010: 16-17; Willcox 1984: 48). Cette idée controversée s’est perpétuée jusqu'à ce que des chercheurs comme Cline aient réussi à traduire une inscription se lisant "épargnes-moi de l'annihilation de javelot" (Cline 1953: 273). Aujourd'hui, il est communément accepté que les groupes de glyphes alignés des îles Canaries sont des inscriptions libyco-berbères. Récemment, Chami (2006: 84-5) insistait sur le fait que les peintures et gravures rupestres africaines de type SGA sont des écritures anciennes. Ce chercheur a argué que les dessins de Namoratunga au Kenya sont arrangés. Pour ceux qui ne sont pas arrangés, il fait référence au fait qu'au moment où les écritures anciennes d'Ethiopie, d'Inde, de Chine, d'Egypte et de la Mésopotamie employaient encore des idéogrammes, les caractères n'étaient pas non plus alignés (Casson 1966: 141). On pourrait l’exemplifier par le cas de quelques systèmes d'écriture du Sahel tel que le ‘Nsibidi. Cette écriture n’a pas de « l’ordre dans l'arrangement », néanmoins elle est pratiquement reconnue comme un système d'écriture (Dayrell 1910; Macgregor 1909). Zahan (1950) a identifié les pictographes des Dogon et des Bambara comme des écritures basées sur le raisonnement suivant :

“writing consists essentially in the communication of thought by means of conventional signs, and the pictographs of both Dogon and Bambara serve to convey thoughts from one writer to another or from writer to lay public” (p.137)

« Une écriture consiste essentiellement à la communication de pensée par le moyen de signes conventionnels, et les pictographes des Dogon et des Bambara servent à transporter des pensées d'un auteur à l'autre ou d'un auteur au public".(traduction de l’auteur)

Il est alors probable que sans "l’ordre dans l'arrangement", les peintures rupestres de type SGA d'Ampasimaiky pourraient avoir servi pour communiquer des pensées et des informations. Ce qui les qualifierait comme étant un système d'écriture. De plus, certains groupes de symboles sont horizontalement et verticalement alignés (Photo 4).

Photo 4: Des signes alignés horizontalement et verticalement dans les peintures rupestres de l’abri sous-roche d’Ampasimaiky.

Puisque « l'ordre dans l'arrangement » serait la condition sine qua non pour un groupe de symboles/signes pour traduire une inscription (Willcox 1984: 210), on peut raisonnablement avancer que les peintures rupestres de l’abri sous roche d’Ampasimaiky recèlent des inscriptions. Cette hypothèse peut être soutenue par le groupe de symboles verticalement arrangés du panneau 8 (Photo 4b). En effet, la répétition du premier signe dans le troisième caractère (lu vers le bas) évoque l'utilisation d’un alphabet. Ainsi ce serait de l’écriture. En outre, tous les cinq caractères constituant l'inscription sont apparentés à l’alphabet libyco-berbère (voir www.ancientscripts.com), aux signes linéaires proto-Égyptiens, égéens et crétois respectivement (Fig. 5).

Fig. 5 : Le groupe de signes verticalement arrangées d’Ampasimaiky comparé avec des caractères alphabétiques libyco-berbères et des signes linéaires proto-Egyptiens, égéens, et crétois (Tableau : Evans, 1897 :386).

Bien que des signes linéaires proto-Égyptiens, crétois et égéens aient été également verticalement écrits, l'origine libyco-berbère de l'inscription d’Ampasimaiky  peut être avancée suivant la description de Walter Cline comme suit

“They [Libyco-Berber inscriptions] are usually very brief, consisting of personal names and a few phrases ... The characters are simple and predominantly rectilinear. Variant alphabet may have existed. Most of inscriptions are to be read upward beginning with the left-hand column, though horizontal rows reading from right to left are not uncommon and some columns read downwards. The words are not separated. Though these signs sometimes occur in groups of four or five, they often stand singly...” (Cline 1953: 273) [Je souligne]

Elles [inscriptions libyco-berbères] sont habituellement très brèves, constituant des noms personnels ou quelques phrases… les caractères sont simples et principalement rectilignes. Des alphabets différents  ont pu avoir existé. La plupart des inscriptions doivent être lues vers le haut en commençant avec la colonne à gauche, bien que des rangées horizontales lues de droite à gauche ne soient pas rares, et quelques colonnes se lisent vers le bas. Les mots ne sont pas séparés. Bien que ces signes apparaissent parfois en groupes de quatre ou cinq, ils sont souvent seuls.(traduction de l’auteur)

Les phrases soulignées suggèrent l'inscription verticalement arrangée d'Ampasimaiky d’être d’origine libyco-berbère. Bien que cette écriture ancienne ait été écrite tantôt horizontalement tantôt verticalement, il faut  rappeler que les peuples libyco-berbères utilisaient deux alphabets différents pour chaque rangée (voir www.ancientscripts.com). Les cinq caractères de l’inscription d’Ampasimaiky sont apparentés à l’alphabet vertical libyco-berbère (Fig. 6). En les translitérant aux alphabets latins - basés sur la translitération de www.ancientscripts.com -, on pourrait lire « ğ r ğ t f » (vers le bas) ou « f t ğ r ğ » (vers le haut). La valeur phonétique "r" pour le présumé signe de cercle/carré peut se lire "3" (= a), si le signe représenté est perçu comme un symbole triangulaire (Fell 1975: 271). Dans l’état actuel de l’étude, décoder la signification de l’inscription n’est pas encore à la portée de l’auteur. Cette tache serait réservée plutôt aux paléographes et épigraphes.

Fig. 7 : Le groupe de signes verticalement arrangés d’Ampasimaiky translitérés en alphabet Libyco-berbère.

Il est important de signaler ici que certaines inscriptions libyco-berbères rapportées des îles Canaries ne sont pas différentes de celles d'Ampasimaiky (voir Fig. 8). On peut nettement voir leur ressemblance.

Fig. 8: Le groupe de signes verticalement arrangés d’Ampasimaiky comparés à une inscription libyco-berbère des îles de Canaries (Dessins de Farrujia de la Rosa et al. 2010 : 29)

Certaines images trouvées à Ampasimaiky sont similaires à celles des arts rupestres de l’Afrique continentale. Cependant, la tradition de peintures du Sud-ouest malagasy n'est pas apparemment originaire de la région continentale la plus proche de Madagascar c’est-à-dire le Mozambique ou encore le reste du bassin central de Limpopo. Le professeur Benjamin Smith, une autorité reconnue internationalement en matière de peintures rupestres de type SGA en Afrique sub-saharienne, pense qu’elles ne sont pas typiquement affiliées aux peintures rupestres de type SGA Khoekhoen, ni de  l’art géométrique de l’Afrique australe centrale (comm. pers.). La représentation exclusive de bétail à bosse associé à des symboles de type SGA est particulière à Ampasimaiky. Comme il n’a pas encore été retrouvé de représentation ancienne de zébu (Bos indicus) dans la région entre le Soudan au nord et la rivière Zambèze au sud (Magnavita 2006 : 62), on peut raisonnablement avancer que la tradition de peintures rupestres à Ampasimaiky proviendrait de l'Afrique du Nord. La figurine en bronze de zébu  (du type Bos indicus) inscrite avec des signes de type SGA remontant à l’an 200 de notre ère à Zeban Kutur, en Erythrée (Photo 4) témoignerait de l'utilisation ancienne des signes de type SGA chez des peuples pastoraux élevant des zébus comme ceux représentés sur les peintures rupestres d’Ampasimaiky.

Photo 4 : Figurine en bronze de zébu inscrite avec des signes de type SGA à Zeban Kutur, en Erythrée (Photo : Magnavita 2006 : 63)

La suggestion de l'inscription libyco-berbère découverte à Ampasimaiky aussi inspire cette proposition. L’écriture libyco-berbère était apparue en Afrique du Nord autour de 500 av. J.C. et avait cessé d’être utilisée aux environs de l’an 800 de notre ère (Cline 1953). L’inscription d’Ampasimaiky devrait avoir été écrite pendant la période entre 500 av.J.C.  et 800 de notre ère. Signalons qu’Iamboulos, un marchand grec ayant vécu au IIIe siècle av. J.C. rapportait au sujet d’une écriture de l’ordre vertical qu’elle était pratiquée par les habitants de l’« île du Soleil » (Allibert 2010 : 111 ; Kobishschanow, 1965 :138 ; Oldfather 1961 vol.2 : 65-67 ; Winston 1976 : 221). Cette île est censée être géographiquement adjacente à la côte orientale d’Afrique, au sud de l’Equateur. Bien que certaines informations géographiques et écologiques du récit d’Iamboulos s’apparentent beaucoup  à celles de la côte ouest malagasy (Allibert 2010), certains chercheurs ont toujours jugé ce récit comme fictif, imaginaire, et fantaisiste (Cary & Warmington 1963 : 233-245; Winston 1976). Un des critères utilisés pour censurer ce récit a été l’utilisation de l’écriture de l’ordre vertical par les insulaires. Il était difficile pour certains chercheurs d’accepter l’existence d’une écriture préislamique utilisée dans les îles adjacentes de la côte orientale d’Afrique comme Madagascar (Janvier 1975 : 19). Cependant avec la découverte de l’inscription  d’Ampasimaiky, ce refus ne peut plus tenir Cette nouvelle preuvemise au jour confirmerait que l’« île du soleil » d’Iamboulos est bien Madagascar. L’homme était déjà présent dans les parages d’Ampasimaiky lors du passage de ce marchand grec dans ladite île. Cette présence humaine peut être attestée par les ossements de lémur subfossile portant des traces de coupe et datés au radiocarbone du 5e au 4e siècle av. J.C. à Taolambiby, dans la haute vallée de l’Onilahy (Perez et al. 2005). En outre, les documents écrits anciens (Jones 1960 : 235, 269, 315; Strabo 17, 1, 13 dans Lacroix 1998: 95), l’archéologie (Cary & Warmington 1963 : 130; Chami 2007 : 6; 2009; Wainwright 1940 : 165), l’étude génétique (Ricaut et al. 2009 : 5-6), et la zooarchéologie (Chami 2006 : 137; Grigson 1991 : 124) confirment tous des contacts anciens pendant cette période, entre la vallée du Nil et le monde méditerranéen d’une part, et la côte orientale d’Afrique et les îles adjacentes d’autre part.



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Notes de bas de page

1 Je remercie le Dr Chantal Radimilahy, Coordinateur national du Réseau d'Archéologues Africains à Madagascar, qui a attiré mon attention sur ce site.
2 SGA : classification des peintures rupestres. Contrairement à la représentation « naturalistique », Schématique traduit une représentation simple connue des initiés, Géométrique correspond à toute forme pouvant être décrite dans le langage de la géométrie et Amorphe reproduit une représentation correspondant à une forme non déterminée.
3 NDLR : Ce texte a été écrit avant la découverte et la publication de l’article sur le site préhistorique d’Andavakoera (2013).

Pour citer cet article


Tanambelo V.R. RASOLONDRAINY. «TRAVAIL SUR LA DÉCOUVERTE DE PEINTURES RUPESTRES PREHISTORIQUES ET D’INSCRIPTION LYBICO-BERBERE (500 BC – AD 800) DANS LA REGION SUD-OUEST DE MADAGASCAR.». TALOHA, Numéro 21, 28 septembre 2015, http://www.taloha.info/document.php?id=1410.




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Revue électronique internationale publiée par l'ICMAA, en partenariat avec l'Inalco, la LSE et l'UF avec le soutien de l'AUF
ISSN 1816-9082