Editorial

Editorial 14-15


L. Modeste Rakotondrasoa, rédacteur de Taloha, Anthropologue, enseignant-chercheur à l’ICMAA, lmodesterakotondrasoa@gmail.com.

Date de mise en ligne : 29 septembre 2005

Ce numéro double de la revue Taloha se réjouit d'être le cadre d'évocation de divers phénomènes sociaux, culturels et même naturels, au regard de différentes disciplines scientifiques. C’est une promenade à travers la pluralité malgache. Cela justifierait son intitulé de « Horizons ». II n'a d'autre ambition que d'être l'occasion de recherche active, allant de la documentation d'archives jusqu'aux travaux de terrain, pour la mise à jour de nos connaissances. Plutôt que d’atteindre un but quelconque, il ouvre nos yeux de chercheurs sur le vaste horizon de la recherche sur le terrain malgache.

Son point de départ est le Nord de l’île. Des prospections archéologiques de l'occupation humaine dans la baie d'Ampasindava et à Nosy-Be, menées par Chantal Radimilahy et Henry T. Wright, permettent une meilleure compréhension des premières installations de populations islamisées dans ces régions de la côte nord-ouest de Madagascar, avec le port de Mahilaka, une importante ville fortifiée de 70 ha, ayant abrité au moins 3.000 habitants, entre le 12e et le 14e siècles.

Un aperçu historique nous est ensuite présenté par Ignace Rakoto, sur l'évolution du concept de gadra, désignant dans le passé une peine corporelle de mise aux fers, mais signifiant de nos jours une peine privative de liberté au moyen de l’incarcération.

Une autre forme de déchéance, l'esclavage, est étudiée par Lolona Razafindralambo à travers la question de l'identité et des relations de dépendance entre descendants d'anciens maîtres et descendants d'anciens esclaves en Imerina. S'il est mis fin à un aspect essentiel de l'ancienne société malgache, par le décret d'abolition de l'esclavage en septembre 1896, l'acte juridique ne parvient pas à gommer les vestiges encore tenaces du passé pluriséculaire.

Un phénomène très ancien mais toujours d'actualité, la sorcellerie particulièrement en Imerina, fait l'objet des réflexions de Malanjaona Rakotomalala, comme un fait social total, en liaison avec les cultes ancestraux et autres esprits. L'auteur est sûr d'une chose : « Aussi étrange que cela puisse paraître, une société a besoin de la sorcellerie pour diagnostiquer les distorsions éventuelles au niveau des relations sociales. Elle fonctionne comme la médecine magique. ».

A partir de vieux matériaux (carnets de voyages, romans, œuvres scientifiques) de Charles Renel, un homme colonial français du début du 20e siècle, Delphine Burguet tente une approche anthropologique du culte traditionnel à Madagascar.

Sur la côte Ouest, Rita Astuti essaie de voir, dans un style ferme, précis, agréable à lire, comment un groupe malgache, les Vezo, reflète la frontière entre les humains et les animaux, en prenant pour point d'envol l’interrogation ; « Les gens ressemblent-ils à des poulets ? ».

Sur la base des collections du Musée d'art et d'archéologie d'Antananarivo, Lucien A.M. Rakotozafy et Steven Goodman étudient l'interaction entre l'homme et son environnement naturel, durant la période des environs des 9e-17e siècles dans le Sud-ouest et l'extrême Sud de Madagascar. L'importance de l'action humaine a pu être à la base de la formation du milieu naturel actuel dans cette région.

L. Modeste Rakotondrasoa part d'un conte masikoro du Sud-ouest pour en faire une comparaison avec un des récits merveilleux malgaches, le grand mythe d'Ibonia, à travers différentes études interprétatives faites par des auteurs européens sur ce conte d'Ibonia.

Michel Razafiarivony fait une analyse commentée d'une poésie orale de la côte est betsimisaraka, saisie comme corpus, avec une lecture anthropologique. II s'agit d'un texte créé vers 1940 par un instituteur de la mission chrétienne, pour servir de support de message que ses élèves devaient déclamer, en vue de leur faire aimer le livre, l'école, l'apprentissage de connaissances nouvelles, l'abandon des superstitions et autres croyances païennes, au bénéfice du Dieu  des chrétiens.

Enfin, comme dernier texte et dernière discipline considérée dans ce numéro après l’Archéologie, l’Anthropologie et l’Histoire, l’Ethno-botanique nous présente l’Azolla ou « ramilamina » en malgache merina, une petite fougère aquatique que l'on retrouve un peu partout dans l'île. La plante est capable d'apporter à sa décomposition une quantité non négligeable d'engrais azoté au sol. C'est la raison pour laquelle elle est appelée communément la plante « miraculeuse » des rizières de la Chine du sud et du Vietnam, pays réputés pour être des grands producteurs de riz. En raison de l'importance de cette plante, l’ethno-botaniste Rahagarison en dresse une étude bibliographique pour le besoin des recherches en vue de l’amélioration du rendement en riziculture.

Faut-il se féliciter de la parution de la revue Taloha 14-15 ?

Sans doute, car dès à présent elle apporte des contributions substantielles, spécialement avec Ampasindava et le penser de la frontière homme/animal, tant il est vrai que l'accès à des sources nouvelles donne toujours une approche nouvelle, une perception nouvelle et des idées et conclusions nouvelles. A l’avenir, c'est une promesse de moissons plus abondantes encore dans les prochains numéros.


Pour citer cet article

L. Modeste Rakotondrasoa. «Editorial 14-15». TALOHA, numéro 14-15, 29 septembre 2005, http://www.taloha.info/document.php?id=203.