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L’étude de la relation entre habitat précaire et santé publique dans deux quartiers de la ville de Tlemcen en Algérie « Koudia et Ouali Mustapha »


Mohamed Bourouaha, Doctorant en Ecologie animale, Departement de biologie et environnement Université de Tlemcen.
Baya Hassiba Yadi, Maître assistant chargée de cours, département de biologie et environnement Université de Tlemcen.
Dalila Amina Inal-Zerhouni, Maître assistant chargée de cours, département de biologie et environnement Université de Tlemcen.

Date de mise en ligne : 25 novembre 2007

Résumé

La croissance urbaine dans les pays en développement entre autre l’Algérie est faite selon deux modes d’occupation de l’espace : Planifié (déterminé par les prescriptions des documents d’urbanisme) et illicite ou anarchique (procède de la nécessité de se loger suite à l’explosion démographique).

La prolifération de l’habitat précaire est un facteur de la dégradation du cadre de vie (atmosphère viciée à l’intérieur et à l’extérieur de l’habitat; prolifération des déchets solides ; réseau d’alimentation en eau potable et assainissement inexistants ou inadaptés, etc.) sur la santé publique.

Notre travail porte sur deux quartiers anarchiques de la commune de Tlemcen qui connaissent un développement impressionnant depuis les années 80 : KOUDIA & OUALI MUSTAPHA.

Les objectifs principaux sont de décrire l’environnement du point de vue de la santé, d’étudier la relation entre la qualité de l’habitat et la santé des populations et de déterminer des zones et/ou des populations à risques. Nous avons procédé à l’établissement d’une enquête ménage au niveau des deux quartiers précaires.

Les données récoltées sur le terrain sont en majorité de nature qualitatif ce qui justifie notre choix pour l’analyse multivariée, l’analyse factorielle des correspondances (AFC) qui porte sur 300 stations (150 stations pour chaque quartier) et 134 indicateurs (les réponses obtenues lors de l’enquête). Il ressort globalement de l’enquête deux catégories de populations différentes qui se distinguent par leur âge et leur instruction : une population de jeunes adultes, suffisamment instruits, généralement fonctionnaires ou commerçants, locataires dans l’habitat illicite précaire. Puis une catégorie de grandes familles, immigrées, sans travail, peu d’instruction, et souvent se considérant propriétaires de l’habitat illicite.

C’est ainsi que nous déduisons que l’impact sur la santé dans ces quartiers n’est pas déterminé par le niveau d’instruction parental ou leur âge mais par la qualité précaire de l’habitat et la typologie du quartier lui-même.

Partant du principe « prévenir vaut mieux que guérir », l’état est obligé de diminuer la prolifération des quartiers anarchiques par la facilité de l’accession à l’habitat licite.

Il serait pertinent de se pencher de façon plus pointue sur les états morbides et sur la mortalité infantile de façon à aboutir à une spatialisation plus fine des populations à risque.

Abstract

The urban growth in developing countries like Algeria is taking shape  in two modes of space occupation: Planned (determined by the regulations of town planning) and illicit or anarchic (resulting from the demographic explosion).

The proliferation of the precarious habitat is a factor of the degradation of the framework of life (atmosphere vitiated inside and outside the habitat; solid proliferation of waste; Feeder system out of drinking water and non-existent cleansing or not adapted, etc.) on the public health.  

Our work concerns two anarchistic districts of the commune of Tlemcen which experience an impressive development since the Eighties: KOUDIA & OUALI MUSTAPHA.

The principal objectives are describing the environment from the point of view of health, to study the relation between the quality of the habitat and public health and to determine zones and/or populations at risk. We preceded to establishment of an investigation spares on the level of the two precarious districts.

Data collected are qualitative and justify our choice for the multivariate analysis, factorial analysis of the correspondences (AFC) which relates to 300 stations (150 stations for each district) and 134 indicators (answers obtained at the time of the investigation). It arises overall from the investigation two categories of different populations which are characterized by their age and their instruction: A population of young adults, sufficiently educated, generally civil servant or tradesmen, tenants in the precarious illicit habitat. And a category of great families, immigrant, without work, little instruction, and often being considered owner of the illicit habitat.

Thus we deduce that the impact on health in these districts is not determined by the parental educational level or their age but by the precarious quality of the habitat and the typology of the district itself.

On the basis of the principle of "preventing is better than to cure", the state is obliged to decrease the proliferation of the anarchic districts by the facility of the accession to the licit habitat.

It would be relevant to lean in a more pointed way on the morbid states and the infant mortality in order to lead to a finer spatialization of the populations at risk.

Table des matières

Texte intégral

Le processus d’urbanisation a connu ces dernières années un accroissement brutal et incontrôlable dû à une croissance démographique rapide ; ce fait a engendré de nombreux quartiers aussi bien licites qu’illicites influant négativement sur l’établissement d’un schéma d’équipement correct : réseau d’alimentation en eau potable (AEP) et assainissement, la gestion des déchets, infrastructures sanitaires, etc.

En Algérie le taux d’urbanisation est passé de 40% en 1977 à 50% en 1987, puis 60% en 1998 (Rapport sur l’état de l’environnement 2000), causant une prolifération des quartiers anarchiques et précaires.

Tlemcen est une ville moyenne d’une population de 255 000 habitants (Plan directeur d’aménagement et d’urbanisme du groupement de Tlemcen, 2003), située à l’extrémité nord ouest Algérien sur le piémont nord des monts de Tlemcen (carte 1). Elle a connu une évolution et une expansion déjà visible au début du 20e siècle (colonisation) et qui a continué après l’indépendance.

Les principaux facteurs sociologiques et démographiques qui ont favorisé l’apparition des quartiers précaires à Tlemcen sont :

Face à ce phénomène et devant la demande en hausse de logement, les quartiers illicites ont pour la plupart été régularisés par l’institut étatique.

L’hypothèse de travail porte sur la relation de l’habitat précaire avec la santé publique. Nous avons choisi deux quartiers anarchiques de la ville de Tlemcen : KOUDIA & OUALI MUSTAPHA.

Il se situe au Nord de la ville de Tlemcen à une distance de 5 Km. Le quartier appartient à l’étage topographique inférieur (entre 600 et 800 mètres), son altitude est de 618 m. Ce quartier comptait une population de 9416 habitants en 1998, estimé à 48376 habitants en 2015 (Plan d’occupation du sol de KOUDIA, 2000) (carte 2).

Situé au Sud Ouest de l’agglomération de Tlemcen, le quartier occupe une superficie d’environ 30 ha. Il est à une altitude de 850 m. Le quartier appartient à l’étage topographique moyen (entre 800 et 1000 mètres). La population est estimée à 4116 habitants en 2002 (Plan d’occupation du sol de OUALI MUSTAPHA, 2002) (carte 3).

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Méthodologie 

- La mairie de Tlemcen et la mairie de Mansourah : données de population ;

- Centre d’études et de réalisations en urbanisme à Tlemcen : les cartes d’occupation des sols et d’équipements des quartiers étudiés ;

- Secteur sanitaire et direction de la santé et de la population de Tlemcen : données sanitaires sur les quartiers étudiés ;

- Les informations recueillies portent sur les :

  1. Caractéristiques physiques :

Elles se résument par une étude climatique et une analyse topographique des régions étudiées. Cette étude permettra de caractériser le milieu et de déterminer les risques sanitaires éventuels ;

  1. indicateurs socio-économiques : Ce sont des données qui concernent la situation économique et sociale de la population et les équipements mises à la disposition de cette population ;

  2. indicateurs de morbidité : Ce sont des données portant sur les différentes maladies infectieuses qui touchent les quartiers étudiés (Tuberculose, typhoïde, etc.).

Ce questionnaire a été élaboré à partir des hypothèses suivantes :

Nous avons défini quelques indicateurs qui portent sur :

- Profession du chef de famille ;

- Niveau d’instruction de la mère : il peut nous renseigner sur le rôle des épouses dans l’approvisionnement en eau potable et à sa gestion (stockage, traitement ainsi que l’entretien de la maison (Geliat et Castillo., 1984) ;

- Nature juridique de la propriété et la propriété ou la location, car l’accession à la propriété ou non, peut influencer le comportement des consommateurs dans l’entretien de l’habitat ;

- La qualité de l’eau de boisson.

La mauvaise gestion de l’eau peut influencer la propreté des lieux et intervenir dans la propagation de certaines maladies. Nous avons défini les indicateurs suivants :

L’aspect pathologique n’est en fait que le résultat de l’action concomitante des indicateurs suivants :

Pour la sélection des stations, nous avons tout d’abord identifié les transects à retenir et cela suivant un tirage aléatoire. En effet, nous avons quadrillé sur la carte chaque zone d’étude verticalement et horizontalement et numéroté les transects [22 transects pour le quartier KOUDIA (carte 4) et 23 pour le quartier OUALI Mustapha (carte 5)]. Puis nous avons réalisé un tirage au sort pour l’ensemble des numéros des transects pour ne retenir que 7 dont 4 verticaux et 3 horizontaux pour chaque quartier. L’effectif de l’échantillon pour l’enquête est fixé pour chaque zone d’étude à 150 stations soit un total de 300 stations pour les deux quartiers.

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3. Les méthodes d’analyse 

Elle consiste à établir des cartes thématiques et des cartes intégrées. Ces cartes permettent une lecture plus facile de l’espace. Nous avons réalisé différentes cartes thématiques portant sur :

On note que chaque carte contient au moins un élément considéré comme un déterminant de la santé de la population.

Les données récoltées (indicateurs) sur le terrain sont en majorité de nature qualitative (absence « 0 »/présence « 1 ») ce qui justifie notre choix pour l’analyse multivariée, l’analyse factorielle des correspondances (AFC).

L’AFC est une technique d’ordination en espace réduit qui permet de mettre en évidence, graphiquement, la relation entre les descripteurs d’une matrice de données multidimensionnelles (Legendre L. et Legendre P. 1984, p. 197et p.254)

D’autre part nous avons par le biais de calcul de fréquence, analysé certains paramètres du questionnaire qui nous ont semblé les plus pertinents par rapport à cette étude.

Les groupes sont représentés sur les axes de l’AFC.

Groupes

Interprétations

Groupe IA

Habitat licite, zone disposant d’eau potable, lotissement de type social récent bâtis par l’état, stockage convenable de l’eau.

Groupe IB

Représente une maison abritant moins de deux habitants.

Groupe IIA

Une population locataire récemment installée ; Niveau d’instruction moyen des parents.

Ces familles ont probablement migré dans ce quartier par nécessité : recherche de logement ou raisons sécuritaires.

Groupe IIB

Population dont les chefs de familles sont âgés et retraités ; ces familles vivent également sur d’autres revenus que celui du chef de famille.

Groupe IIIA

Regroupe l’habitat illicite en mauvais état et mal aménagé où l’absence du réseau d’A.E.P est un caractère dominant.

Groupe IIIB

Marqué par la présence d’un puits et l’utilisation de son eau pour la boisson et le nettoyage.

Groupe IIIC

Fait apparaître un certain nombre de familles dont la mère présente un niveau d’instruction secondaire.

Groupe IV

Le niveau d’instruction élevé de la mère.

Les groupes sont représentés sur les axes de l’AFC.

Groupes

Interprétations

Groupe IA

Habitat illicite en mauvais état, dépourvus de réseau hydrique avec  présence de fosses septiques

Groupe IB

Habitat illicite de qualité moyenne plus ou moins aménagé, parents relativement instruits.

Groupe IIA

Communauté restreinte plus ou moins marginalisée dont les parents sont âgés et n’ont pas d’instruction.

Groupe IIB

Population formée de jeunes adultes et d’un niveau d’instruction acceptable dont les professions varient du fonctionnaire au commerçant.

Groupe IIC

Représente une population qui habite le licite en bon état.

Cette catégorie de maisons est rare.

Groupe IIIA

Population dont le taux d’occupation par logement est bas (3-4) et le nombre d’enfants inférieur à 2.

Groupe IIIB

Station caractérisée par l’existence d’un puits utilisé pour la boisson et le nettoyage.

Groupe IVA

Représente une population dont la mère est d’un niveau universitaire et

Stockage convenable de l’eau.

Groupe IVB

Représente un groupe d’habitants locataires.

Groupe IVC

Caractérise des maisons non finies (sans fenêtres).

L’analyse factorielle a fait ressortir deux caractères distinctifs :

Par contre, les paramètres sanitaires sont recensés dans la majorité des habitations donc ne figurent pas dans l’A.F.C.

Les stations étudiées se regroupent en fonction du niveau d’instruction et de l’âge des habitants. Il ressort que des jeunes couples de niveau d’instruction moyen ou élevé ne trouvant pas de logement par manque de moyens financiers ou à cause d’un déficit en logements sociaux, sont obligés de se diriger vers l’habitat illicite (du moins provisoirement). Sur la carte ils se concentrent dans de nombreux lieux.

D’autre part les habitants d’âge de retraite deviennent propriétaires de l’habitat illicite et on constate qu’ils s’installent définitivement dans ces conditions qui restent cependant souvent précaires.

Pour les questions sanitaires ou encore d’hygiène du milieu, quels que soient la qualité ou la nature de l’habitat et le niveau d’instruction ou l’âge des chefs de familles, la problématique se pose de la même façon dans l’ensemble des quartiers. Toutefois, nous n’avons pas constaté l’existence de problème sanitaire. Dans la comparaison entre les deux quartiers KOUDIA et OUALI MUSTAPHA, il y a une incidence plus marquée des maladies infectieuses et des maladies de l’appareil respiratoire dans le quartier KOUDIA notamment pour les maladies à transmission hydrique. Ceci est en rapport avec la situation géographique (en aval de l’agglomération de Tlemcen), le quartier reçoit les eaux d’écoulement par le biais du réseau hydrographique et des collecteurs principaux. Quant à OUALI MUSTAPHA, sa situation en piémont lui permet d’évacuer les eaux vers l’aval et diminue donc les risques d’infiltration et de contamination (Fig. 1).

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Les pathologies les plus fréquentes sont :

Pour les maladies infectieuses :

Pour les maladies de l’appareil respiratoire :

Le rhumatisme affecte les personnes âgées.

L’urbanisation effrénée et la démographie de la fin du siècle précédent dans les pays en voie de développement ont eu comme conséquences l’émergence de la pauvreté et donc de quartiers précaires et la pollution de l’environnement ; ce sont les principaux déterminants de la santé publique dans le monde. Cette extension rapide des villes n’est pas accompagnée des investissements nécessaires au développement des infrastructures lourdes et des services, en particulier dans les quartiers pauvres.

Les pays du Maghreb sont un exemple édifiant de l’augmentation du nombre de population urbanisée. Au Maroc le nombre de villes a pratiquement doublé en 16 ans pour passer de 128 villes en 1966 à 240 en 1982 avec une croissance urbaine de 4,28% en moyenne par an (Escallier R. et Signoles P., 1995). En Tunisie, la croissance de la population a abouti aux découpages administratifs qui ont eu lieu entre 1984 et 1994 faisant apparaître environ 86 nouvelles villes (Miller C., 1995, pp 259-280). En Algérie, en 1977 il n’existait que 211 agglomérations urbaines contre 447 en 1994 qui regroupent la moitié de la population du pays (Kharoufi M., 1995). Il est important de signaler que la croissance urbaine dans les pays en développement entre autres l’Algérie est faite selon deux modes d’occupation de l’espace : l’un planifié, l’autre illicite. Ce dernier a attaqué tous les types de terrain (agricole, etc.).

La prolifération de l’habitat précaire cause la dégradation progressive du cadre de vie (pollution de l’air, prolifération de déchets solides, pollution de l’eau, etc.) exposant l’environnement à des risques de pollutions diverses ayant un impact direct sur la santé publique.

En premier lieu, l’altération de la qualité de l’eau est la cause principale des maladies à transmission hydrique comme la fièvre typhoïde, le choléra et les infections diarrhéiques qui ont fait l’objet de plusieurs recherches à titre d’exemple : au Bangladesh (Somer A. et Woodward W. E., 1972); (Khan M. et Curlin G. T., 1977) ; (Khan M. U., Mosely W. H., Chakraborty J., Sarder A.M. et Khan M. R., 1981) ; (Hughes J. M., Boyce J. M, Levine R.J., Khan M., Aziz K. M. A., Huq M. T. et Curlin G. T., 1982), en Colombie (Koopman J. S., 1978), le Guatemala (Gordan J. E, Guzman M.A., Ascoli W. et Scrimshaw N. S, 1964) ; (Shiffman M.A., Schneider R., Faigneblum J. M., Helms R. et Turner A., 1979), le Kenya (Strudwick R. H., 1962) ; (Shaffer R., Najai O. et Kabuleeta P., 1979), l’Ethiopie (Freij L., Sterky G., Wadstom T. et Wall S., 1979). La situation est encore aggravée par l’accroissement considérable des mouvements massifs de population qui se sont produits au cours des dernières décennies. Même les pays industrialisés, malgré leurs développements remarquables sont aussi menacés par de vieux fléaux comme la tuberculose, la diphtérie ou aussi la poliomyélite qui a encore touché le sud-est de l’Europe en 1996 (Rapport sur la santé dans le monde, 1996).

En Algérie et au cours des dernières années, il y a une progression préoccupante des maladies infectieuses sous forme d’épidémie n’épargnant aucune région du pays. Le taux d’incidence des maladies à transmission hydrique a augmenté passant de 2866 à 3545 cas pour 100 000 habitants entre 1993 et 1996. La fièvre typhoïde représente à elle seule entre 44 et 47% du total des déclarations de maladies à transmission hydrique, cette infection a augmenté à partir de 1970 avec des pics épidémiques en 1974, 1975, 1977, 1979 et 1983 (Ait-khaled A., 1985) ; (Benhabyles N., 1990), où son indice annuel est toujours croissant passant de 11,75 cas pour 100 000 habitants en 1990 à 16,29 cas/100 000 en 1997. Le choléra sévit à l’état endémique avec des poussées épidémiques tous les quatre ans environ. Les dysenteries sont très répandues dans le Tell et particulièrement les Hauts Plateaux, avec 7,25 cas/100 000 habitants en 1990 et 9,25 cas en 1994.

La ville de Tlemcen a subi un développement complexe ayant pour résultat la destruction de l’environnement naturel et des espaces agricoles, par conséquent, une structure urbaine très hétérogène engendrée par la coexistence de deux villes. L’une officielle est déterminée par les prescriptions des documents d’urbanisme, l’autre illicite procède de la nécessité éprouvée par ces bâtisseurs de se loger.

Dans ces deux quartiers «El koudia » et « Ouali Mustapha » se posent des problèmes liés au type d’habitat souvent précaire avec des pièces insuffisamment ventilées, couvertes par du Zinc (Toit tôlé). Le surpeuplement extrême, outre l’insuffisance de pratiques d’hygiène, favorise l’apparition des maladies infectieuses et celles de l’appareil respiratoire confirmée par notre enquête. Le problème se pose aussi au niveau des adductions d’eau potable qui sont soit clandestines soit installées par l’état mais ne répondant pas aux normes établies. Parallèlement se trouve le réseau d’assainissement en mauvais état et le système des fosses septiques non étanches. La perméabilité des terrains augmente les risques d’infiltration des eaux usées vers les eaux potables et leur contamination (Zerhouni D., 1991).

L’insuffisance en eau potable dans ces deux quartiers oblige les habitants à utiliser l’eau des sources émergentes à l’air libre qui n’a subi aucun traitement. Outre le stockage insalubre de l’eau dans des récipients qui favorisent les contaminations (surtout s’il n’a pas été traité : ébullition ou eau de Javel). Le dépôt sauvage d’ordures augmente le risque de contamination des eaux potables dans ce type de quartiers et si on prend en compte la perméabilité des terrains, cela implique aussi la contamination des eaux souterraines.

En ce qui concerne l’offre de soins dans les deux quartiers :

L’accès à ces salles de soins est difficile à cause du réseau routier délabré et composé d’impasses et de derbs qui entravent la circulation des voitures et d’ambulances en cas d’urgence.

Notre enquête a montré l’existence de deux catégories de populations :

La situation sanitaire des populations dans les deux quartiers est similaire malgré les différences dues à plusieurs facteurs, entre-autres la topographie qui a un effet sur l’infiltration et l’écoulement des eaux usées.

Le quartier Ouali Mustapha se caractérise par une forte pente qui implique l’écoulement rapide des eaux usées et des résidus polluants et minimise les risques de leur infiltration dans le réseau d’alimentation en eau potable. Cela diminue les risques de contamination par les maladies infectieuses. Par contre, le quartier KOUDIA qui se situe en aval de la ville de Tlemcen est le récepteur final de tous les polluants qui proviennent des agglomérations du groupement, ce qui explique l’augmentation des risques de contamination.

Les conditions d’approvisionnement et d’utilisation de l’eau de consommation, le rejet des eaux usées, le niveau d’instruction des populations, leurs conditions sociales, culturelles et celles de l’habitat, constituent dans leurs ensembles des facteurs socio-économiques pouvant favoriser la transmission des maladies infectieuses et surtout celles d’origine hydrique.

Il est clair que la situation économique et sanitaire des populations au niveau des quartiers anarchiques précaires est détériorée, c’est dans ce but que nous faisons quelques propositions et recommandations :

Partant du principe «prévenir vaut mieux que guérir », l’état est obligé de prendre des dispositions pour limiter la prolifération des quartiers anarchiques par la facilité de l’accession à l’habitat licite.

Comme perspectives à cette étude, il serait pertinent de se pencher de façon plus pointue sur les états morbides et sur la mortalité infantile, et spatialiser de façon plus fine les populations à risque.



Bibliographie

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Pour citer cet article

Mohamed Bourouaha, Baya Hassiba Yadi et Dalila Amina Inal-Zerhouni. «L’étude de la relation entre habitat précaire et santé publique dans deux quartiers de la ville de Tlemcen en Algérie « Koudia et Ouali Mustapha »». TALOHA, numéro 18, 25 novembre 2007, http://www.taloha.info/document.php?id=635.