Article

Nouvelle approche de l’enseignement de base à Madagascar : performance et perspectives


Lisy Miadanirina Raminoharimalala, doctorante en éco-gestion, Faculté DEGS Université d’Antananarivo, rlisy_m@yahoo.com.

Date de mise en ligne : 30 janvier 2010

Résumé

L’amélioration de l’enseignement de base est l’un des OMD à Madagascar. L’approche par les compétences (APC), mise en place depuis 2005, vise à améliorer la qualité de l’enseignement. Elle en fait un état des lieux : insuffisance de l’effectif des enseignants et vieillissement des enseignants fonctionnaires, mais baisse du taux d’abandon et augmentation du taux de réussite. L’APC nécessite ainsi quelques ajustements pour atteindre l’amélioration de l’enseignement de base.

Abstract

New approach of the education in primary school in Madagascar: performance and improvement

This article reports the results of a study which determine the performance and the improvements of the method “expertise approach”. Data for the study were collected from eighteen public primary schools. This new approach has been adopted since 2005 in order to improve the education in Malagasy public primary schools, one of the millenary development goals. Although the results reveal a kind of improvement of the quality of education in Madagascar the fact is that the Malagasy Government efforts have a significant effect on the number of students more than on the quality of education in Madagascar.

Table des matières

Texte intégral

Les actuels dirigeants de Madagascar, dans leurs efforts de développement économique et social, ont élaboré le Madagascar Action Plan (MAP). Ce dernier définit les lignes directrices à suivre et renferme les différents objectifs jugés primordiaux ainsi que les stratégies à mettre en œuvre pour atteindre cet objectif de développement. Les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) s’avèrent ainsi être prioritaires.

L’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le Développement se traduit dans le Madagascar Action Plan (MAP) par huit grands axes : la réduction de la pauvreté de moitié et l’amélioration de la sécurité alimentaire durable des populations défavorisées, la scolarisation de tous les enfants, la promotion de l’égalité du droit de l’homme et la femme, la réduction du taux de mortalité infantile, l’amélioration de la santé maternelle, la lutte contre le VIH/SIDA, et le paludisme, la protection de l’environnement, et le développement d’un partenariat global pour le développement.

Le présent article ne prétend pas traiter en totalité tous ces objectifs du millénaire pour le Développement mais traitera seulement de l’éducation de base à Madagascar. Toutefois, quelques réflexions seront émises pour les autres objectifs.

En effet, bien que Madagascar ait été longtemps vanté pour ses performances éducatives, le niveau et la qualité de l’éducation connaissent une dégradation depuis le début de la décennie 80 : le taux de scolarisation et d’obtention des diplômes ne cessent de décroître tandis que ceux de redoublement augmentent.1 Si le rôle de la crise est indéniable, une part des responsabilités incombe aussi aux orientations du Gouvernement. Ainsi, à la suite de la « malgachisation » des enseignements à l’école primaire, la propension des ménages à inscrire leurs enfants dans des écoles privées n’a cessée de croître, et ceci au détriment des inscriptions en écoles publiques.

Les autorités malgaches, conscientes de ce fait, ont donc voulu rehausser à nouveau l’image des écoles primaires publiques à Madagascar. L’Etat malgache a alors adopté une stratégie particulière pour améliorer l’enseignement de base à Madagascar. En effet, de grands efforts ont été fournis en matière d’infrastructures, d’aides matérielles et financières octroyées aux élèves et à leurs parents, de renforcement de la compétence des enseignants. De plus, une nouvelle méthode, Approche par les compétences (APC), a été mise en place depuis 2005. Cette méthode vise notamment à améliorer la qualité de l’enseignement de base. Face à cette volonté d’amélioration, des questions méritent d’être soulevées : Qu’en est-il de cette nouvelle approche depuis sa mise en œuvre ? Est-elle adaptée à la réalité existante à Madagascar ? Que faut-il améliorer pour atteindre l’objectif assigné ?

Cet article intitulé : « Nouvelle approche de l’enseignement de base à Madagascar : performance et perspectives » relatera les réalités de la mise en œuvre de cette nouvelle approche dans un échantillon de dix huit Ecoles Primaires Publiques (EPP) dont quinze à Antananarivo comprenant des EPP situées dans les bas quartiers et dans des quartiers résidentiels et trois à Ambatondrazaka.

L’ «Approche par les compétences » (APC), a été mise en place en 2005. Son principal objectif consiste à l’amélioration de la qualité de l’enseignement. En plus, les autorités malgaches ont non seulement construit de nouvelles infrastructures mais également rénové celles déjà existantes. Ces efforts d’amélioration ont conduit aux résultats présentés sous forme de tableau et illustré par le graphique ci-après :

Tableau 1 : Effectifs des élèves et des enseignants fonctionnaires  

Année scolaire

2004-2005

2005-2006

2006-2007

Nombre d’élèves

5635

6399

8532

Nombre d’enseignants fonctionnaires

249

225

207

Image1

Comme le graphe n°1 le montre, le nombre d’élèves a connu une augmentation de 33,33% depuis 2005. Alors que cette augmentation n’a été que de l’ordre de 13,56% de l’année scolaire 2004-2005 à 2005-2006.

En ce qui concerne le nombre d’enseignants fonctionnaires, il a diminué d’année en année. Il a régressé de 8% chaque année. Notre enquête a fait également ressortir que l’âge moyen des enseignants de ces dix huit EPP constituant notre échantillon est élevé : 53 ans 2mois et 12jours.

Pour les taux d’abandon et de réussite, le tableau suivant résume les situations :

Tableau 2 : Evolution des taux d’abandon et de réussite  

Année scolaire

2004-2005

2005-2006

2006-2007

Taux d’abandon (en %)

14,62

11,02

4,88

Taux de réussite (en %)

81,38

84,15

85,13

Image2Comme le graphe n°2 l’illustre bien, le taux de réussite a connu une légère augmentation tandis que le taux d’abandon a diminué considérablement. Ce dernier est passé de 14,62% en 2004-2005 à 4,88% en 2006-2007.

DISCUSSION

Le nombre d’élèves n’a cessé d’augmenter depuis l’année scolaire 2004-2005. Ceci peut être rattaché aux efforts fournis par les autorités malgaches. Tout d’abord, les constructions et les rénovations des infrastructures ont augmenté la capacité d’accueil des établissements publics. Ensuite, l’allégement des coûts de scolarisation a incité les parents à scolariser leurs enfants. Et enfin, les aides matérielles données aux élèves (kits scolaires, tabliers, cartables,…) les ont poussé à ne pas abandonner leurs études au moins jusqu’à l’acquisition du diplôme de CEPE.

 Force est donc de constater que les efforts fournis par l’Etat malgache ont abouti aux effets escomptés en ce qui concerne le taux de scolarisation et le taux d’abandon. Néanmoins, un problème a été constaté en ce qui concerne les enseignants dans les écoles primaires publiques. Comme le résultat ci-dessus a mis en évidence, les enseignants des écoles primaires sont en vieillissement. Ce problème provient d’une part du non remplacement des enseignants affectés mais surtout de la quasi-inexistence de recrutement de nouveaux enseignants. D’autres problèmes se posent en outre pour la ville d’Antananarivo. En fait, cette dernière est considérée comme une zone rouge c’est-à-dire que les nouveaux enseignants recrus ne doivent pas exercer dans les zones urbaines comme Antananarivo mais plutôt dans les petits villages. Ce qui engendre le problème d’insuffisance d’enseignants à Antananarivo et qui explique l’effectif élevé des enseignants à la charge des FRAM2. Mais cette situation implique nécessairement un surplus des charges des parents des élèves.

De plus, un problème au niveau des infrastructures a été également constaté. Ce type de problème concerne notamment la ville d’Antananarivo. L’effectif des élèves inscrits chaque année est limité par les infrastructures existantes. Même si l’objectif est de scolariser tous les enfants malgaches sans exception, il est impossible de dépasser l’effectif imposé par la capacité d’accueil des écoles primaires publiques. Durant notre enquête, il a été constaté une surcharge d’élèves par salle de classe et aussi par enseignant surtout pour les EPP sises dans les bas quartiers. En revanche, les EPP situées dans les quartiers résidentiels ne connaît pas ce problème de surnombre des élèves.

Pour la nouvelle méthode « Approche par les Compétences », quelques remarques s’avèrent indispensables. L’augmentation du taux de réussite ne reflète pas forcement l’efficacité de cette nouvelle approche. Bien qu’elle ait été conçue pour améliorer la qualité de l’enseignement de base, des problèmes apparaissent lors de sa mise en œuvre.

Primo, le problème de la méthode de l’« Approche par les Compétences » se pose dès sa conception. En effet, tout système ou méthode qui se veut être efficace ne doit pas écarter les acteurs de base lors de sa conception. Autrement dit, une méthode a une forte probabilité de réussir si les avis des acteurs de base sont pris en considération car ils restent les seuls à connaître à fond les problèmes auxquels ils devront faire face tous les jours. Faire appel à des experts ne doit pas alors exclure  le processus participatif  pour la conception d’un système au risque d’être trop théorique et perdre ainsi la réalité. C’est le cas de la méthode « Approche par les Compétences ».

Secundo, du fait susmentionné, l’« Approche par les compétences »  est donc ressentie par les enseignants comme une imposition et diminue ainsi leur motivation. Alors qu’en procédant à un processus participatif, les enseignants auraient considéré les objectifs fixés en matière d’enseignement de base comme étant à la fois des objectifs professionnels et des défis personnels. Ce qui implique un total investissement dans leur travail.

En plus, le système de notation de ladite méthode induit en erreur le taux de réussite. En effet, le système de notation lors des tests et/ou des examens a tendance à donner des points même si les réponses aux questions ne sont pas exactes. Ce système favorise les élèves qui ont pris l’initiative de répondre aux questions en faisant abstraction de l’exactitude des réponses. Ce qui engendre une nette amélioration des notes des élèves et donc des résultats. Mais comme on peut s’y attendre, un problème de fond est né. Le niveau intellectuel des élèves qui ont réussi à l’examen laisse à désirer. Par exemple, durant notre enquête, une partie non négligeable des élèves qui ont brillamment réussi l’examen de passage du CE au CM1 avec une moyenne de 15/20 a une grande difficulté à lire.

Enfin, l’amélioration des résultats ne peut être rattachée uniquement à la méthode APC, un autre facteur a aussi une grande part dans cette augmentation du taux de réussite. Il s’agit en effet du partenariat avec l’ONG Interaide Education. Cet organisme vise le renforcement des acquis des élèves en donnant des cours deux fois par semaine. L’ONG Interaide Education travaille essentiellement en étroite collaboration avec les écoles primaires publiques dans les bas quartiers.

Il est indéniable que l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) conduit au développement de Madagascar. Ces objectifs s’articulent autour de huit grands axes dont l’amélioration de l’enseignement de base à Madagascar qui fait d’ailleurs l’objet de cet article. Cette initiative d’amélioration n’est toutefois pas exempte de problèmes. Ces derniers résident surtout dans les difficultés rencontrées lors de la mise en œuvre des différentes stratégies. De plus, des problèmes liés aux enseignants et aux infrastructures viennent s’ajouter à ceux-ci.

Face à cette situation, des efforts considérables sont fournis par les autorités malgaches pour lutter contre ces problèmes tel le recrutement massif récent d’enseignants. Néanmoins, les efforts ne doivent pas concerner uniquement l’enseignement de base au détriment des autres domaines jugés vitaux pour le développement de Madagascar (santé, sécurité, Etat de droit et bonne gouvernance,…). Faut-il rappeler que tous ces domaines sont interdépendants.

Ainsi, le défi de développement économique et social nécessite des efforts incessants. De plus, Madagascar possède toutes les ressources indispensables (humaines, matérielles,…) au développement dudit pays. Même si nombreux ont été accompli beaucoup reste encore à faire mais rien ne vaut la prise de conscience personnelle et la volonté de prendre en main le développement de Madagascar.

En guise de conclusion, les attentions dédiées aux Objectifs du Millénaire pour le Développement ne sont pas vaines. Madagascar, en élaborant le Madagascar Action Plan contenant les  OMD à atteindre, semble être en bonne voie pour le développement. Toutefois, le capital humain mérite une attention particulière car il reste la base de tout changement qui conduira à un développement effectif. L’État doit ainsi considérer en priorité et d’une manière permanente l’aspect humain mais ne doit pas se focaliser uniquement sur des résultats chiffrés.

Grant, J.P. et UNICEF 

1984 La situation des enfants dans le monde, New York, UNICEF, Aubier, 124 p.

Ministère de l’Education Nationale et de la Recherche Scientifique 

2006 Amélioration de la Gestion de l’Education à Madagascar, Dakar, 2006, MENRS, 57 p.

Ministère de l’Education Nationale et de la Recherche Scientifique 

2005 Curriculums : Malagasy, Matematika, Français, Ffom, Antananarivo, ECOPRIM, 42 p.

Ministère de l’Education Nationale et de la Recherche Scientifique 

2005 Kahie Sehatra Olana / Cahier De Situation: Ffom, Antananarivo, ECOPRIM, 12 p.

Ministère de l’Education Nationale et de la Recherche Scientifique 

2005 Kahie Sehatra Olana / Cahier De Situation: Francais, Antananarivo, ECOPRIM, 16 p.

Ministère de l’Education Nationale et de la Recherche Scientifique 

2005 Kahie Sehatra Olana / Cahier De Situation: Malagasy, Antananarivo, ECOPRIM, 52 p.

Ministère de l’Education Nationale et de la Recherche Scientifique

2005 Kahie Sehatra Olana / Cahier De Situation : Matematika, Antananarivo, ECOPRIM, 48 p.

Ministère de l’Education Nationale et de la Recherche Scientifique 

2005 Torolalana Ho An’ny Fampiharana: Ffom, Antananarivo, ECOPRIM,

8 p.

Ministère de l’Education Nationale et de la Recherche Scientifique

2005 Torolalana Ho An’ny Fampiharana / Guide D’integration: Francais, Antananarivo, ECOPRIM, 20 p.

Ministère de l’Education Nationale et de la Recherche Scientifique

2005 Torolalana Ho An’ny Fampiharana / Guide D’integration: Malagasy, Antananarivo, ECOPRIM, 46 p.

Ministère de l’Education Nationale et de la Recherche Scientifique

2005 Torolalana Ho An’ny Fampiharana / Guide D’integration: Matematika, Antananarivo, ECOPRIM, 46 p.

Rafrezy Andrianarivelo, V. et I. Randretsa

1984 Population de Madagascar: situation actuelle et perspectives d’avenir, Antananarivo, Ministère  de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, 154 p.

Roger G. et alii

1981 Les structures par sexe et âge en Afrique, Paris, GDA, 556 p.

UNICEF

2002 Bâtir un monde digne des enfants, New York, UNICEF, 23 p.

UNICEF

2002 Les priorités de l’Unicef pour les  enfants 2002-2005, New York, UNICEF, 25 p.



Notes de bas de page

1 Poste d’expansion économique à Tananarive, Madagascar, Paris, Les Editions du CFCE (Centre Français du Commerce Extérieur), 1997, 176p.
2 Association des parents des élèves

Pour citer cet article

Lisy Miadanirina Raminoharimalala. «Nouvelle approche de l’enseignement de base à Madagascar : performance et perspectives». TALOHA, numéro 19, 30 janvier 2010, http://www.taloha.info/document.php?id=826.