TALOHA
Revue scientifique internationale des civilisations
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numéro 19

Article

Saphir et développement local dans la commune rurale de Ranohira : les fokontany d’Andohanilakaka et de Manombobe (district d’Ihosy, Région Ihorombe)


Gaëtan Feltz, maître de conférences Chargé de cours, Département d’Histoire Université d’Antananarivo.
Mirana Razafimandimby, étudiante en DEA Sciences sociales du Développement, Département d’Histoire, Université d’Antananarivo.

Date de mise en ligne : 20 janvier 2010

Résumé

La ruée vers le saphir dans la région d’Ilakaka a commencé en 1998 ; elle a donné naissance à des agglomérations de dimension moyenne sur la RN7, à savoir Andohanilakaka (25.000 habitants) et Manombobe (3.500 habitants), qui sont des fokontany de la commune rurale de Ranohira. Nous considérons ce phénomène comme important par la venue d’étrangers (vazaha) sri-lankais et thaïlandais et de très nombreux migrants (vahiny) en quête d’un mieux-être. Il a donné naissance à un nouvel environnement social, qui s’est répercuté dans toute la région où furent découverts des filons de saphir avec la création de nouveaux villages miniers, opérant des transformations sociales et spatiales dans ce que nous appelons la « brousse du saphir ». La question que nous nous posons est de savoir si l’exploitation du saphir peut réduire la pauvreté d’une grande partie des migrants, dont un certain nombre se destine à rester durablement dans cette région. Est-il possible d’envisager un développement durable à partir de l’interaction de ces diverses communautés qui induit des changements de comportement, grâce à la création d’écoles dans les principales agglomérations nées du saphir.

Abstract

The “rush of the sapphire” in the rural communal of Ranohira is beginning in 1998. These have organized several mining cities, what are Andohanilakaka and Manombobe. This communication is focalized on the social development of Andohanilakaka et Manombobe, situated on the principal road of the south of Madagascar. These are the veritable new towns issued thy exploitation of a mineral resource, the first to day has got twenty five thousand people, Manombobe three thousand five hundred people. It is a very important phenomenon for the local social environment, because these new towns are issued from the “melting-pot” society between the indigenous people, the businessmen of sapphire from Sri Lanka and Thailand, and the migrant people coming from the all country of Madagascar. Today, the several cultural, social and religious forms are created a new generation of inhabitants in this country, because many people coming from the rural poverty have a good hope to come rich. We think that it’s possible if the migrant people work with satisfaction in the context of good local governance within thy eradication of poverty.


Table des matières

Texte intégral

Image1Les fokontany d’Andohanilakaka et de Manombobe font partie de la commune rurale de Ranohira, dans le district d’Ihosy de la Région de l’Ihorombe. Ils se situent au sud-ouest du parc national de l’Isalo : le premier jouxte le parc, le second est à 15 km plus au sud ; ils sont tous les deux traversés par la route nationale 7 (RN7), le principal axe routier vers le sud. Depuis la découverte du saphir en novembre 1997, ces deux villages ont véritablement explosé du point de vue démographique : Andohanilakaka est passé de 75 habitants en 1995 à 25.000 aujourd’hui, Manombobe de 150 habitants à 3.500 aujourd’hui. Tous les deux sont des sites miniers du saphir, où l’on trouve les plus beaux saphirs du monde. En dehors de celui de couleur bleue (appelé en malgache vatomanga), il semblerait que le saphir rose (appelé felapeso) soit le plus recherché. Les Sri Lankais de Manombobe1 affirment que le plus grand gisement de saphir du monde se situe dans cette région sise entre Andohanilakaka et Sakaraha, dans les communes rurales de Ranohira où existent 9 centres miniers permanents et d’Ilakakabe avec 7 villages miniers, qui font partie du district d’Ihosy, et dans la commune rurale d’Ambinany qui comptent au moins 25 centres miniers, cette commune fait partie du district de Sakaraha. Ce qui veut dire que la « ruée vers le saphir » depuis sa découverte à la fin de l’année 1997 a provoqué un mouvement migratoire d’environ 100.000 personnes dans les 16 sites miniers que nous avons reporté sur la carte ci-dessous2.

Depuis le référendum constitutionnel du 4 avril 2007, le développement du pays doit reposer sur les chefs de fokontany issus des communautés villageoises que sont les fokonolona3. Les districts et les régions constituent l’ossature de cette nouvelle décentralisation devant permettre à chaque fokontany d’apporter sa contribution au développement de leur commune. Aussi est-il clair qu’une commune rurale comme celle de Ranohira peut envisager un développement dans une perspective durable grâce à ses ressources financières provenant d’une part du parc national de l’Isalo, avec les 50 % des tickets d’entrée payés par les touristes étrangers, et d’autre part avec les locations des « shops » ou comptoirs d’achat des Sri Lankais et des Thaïlandais, à raison de 1.200.000 Ariary annuellement par comptoir. Or, Andohanilakaka compte actuellement une centaine de comptoirs, tandis que Manombobe en a 34 essentiellement construits par des Sri Lankais. Il est évident qu’avec de telles rentrées financières, comment pourrait-on penser que cette commune ne puisse pas se développer durablement ? Mais, ces diverses sources d’argent  profitent-elles réellement à la population des 18 fokontany que compte la commune rurale de Ranohira4 aujourd’hui, et plus particulièrement aux fokontany d’Andohanilakaka et de Manombobe qui sont devenus en l’espace de dix ans de véritables agglomérations, pour ne pas dire des villes issues de l’exploitation du saphir ?

Quatre thèmes de réflexion portant sur ces sociétés nées du saphir seront analysés dans une perspective de développement local et de lutte contre la pauvreté. D’abord, nous  aborderons les transformations sociales induites par l’interaction des différents groupes d’individus venus chercher fortune dans le saphir. Deuxièmement, quels sont les atouts qui permettent d’affirmer que l’exploitation du saphir peut sortir de la pauvreté un certain nombre d’individus venus dans cette région, soit pour travailler dans des carrières (ceux qu’on appelle carriermen), soit pour mieux gagner leur vie en faisant du commerce de tout genre (friperie et vêtements de confection, vendeurs d’eau, gargotiers dans des hotely, vendeurs de légumes, épiciers, etc …). Troisièmement, nous essayerons de voir comment la gouvernance locale dans un milieu en voie de transformation peut assurer un développement durable.  Enfin, la lutte contre la pauvreté est un des objectifs du Millénaire  à atteindre en 2015. Dans cette perspective, le travail des enfants dans les carrières est une conséquence de cette pauvreté et les efforts menés par les organisations internationales et les associations locales en vue de la  scolarisation de tous les enfants de 5 à 15 ans des sites miniers issus de l’exploitation du saphir, constituent un élément tangible en faveur d’un développement local qui peut s’avérer durable.

Nous sommes en présence d’une société formée de trois composantes sociales qui s’interfèrent avec le même objectif : devenir riche ou s’enrichir grâce au saphir. Premièrement, le groupe social déterminant est composé des autochtones, dénommés en langue malgache tompontany. Numériquement, ils ne sont  pas importants : à Andohanilakaka, on en comptait en 1997 75, à Manombobe, ils sont 153. Ce sont eux-mêmes des migrants mahafaly arrivés à Sakaviro-Mahasoa (appelé plus communément Manombobe) aux années 1950, ils étaient à la recherche de pâturages, mais ils sont entrés en conflit avec ceux qui étaient là, à savoir les Bara qui eux-mêmes devaient lutter contre les voleurs de zébus (malaso). Suite à l’intervention de l’administration coloniale contre les bandits, les Bara se retirèrent au nord de la rivière Mahasoa et laissèrent leurs terres aux nouveaux migrants. En fait, les fondateurs du village de Sakaviro profitèrent eux aussi des vols de zébus comme le raconte Rejory, ancien président du fokontany de Manombobe5. Aujourd’hui, ils se disent être propriétaires de la terre, c’est à ce titre qu’ils se permettent de « louer » des parcelles le long de la RN7 aux Sri Lankais, le prix variant entre 8.600.000 Ariary et 15.000.000 Ariary. Ces nouveaux autochtones détiennent le pouvoir grâce à la terre, aux parcs à bœufs qu’ils possèdent et aux tombeaux qu’ils ont construit aux alentours du village de Manombobe. C’est grâce à ce pouvoir qu’ils ont donné des terres à d’autres migrants venus s’installer dans la région, au profit de Tsimarofy à Akondrobe, du Tanosy Mahata, chef du village de Tohiravo, ou encore du Tandroy Maritoby à Bepeha en 1995. Ces derniers se considèrent plus zanatany (fils de la terre) et non tompontany (détenteur de la terre). Ils n’ont pas le pouvoir de Rejory, ombiasy, homme très respecté.

La naissance du village de Manombobe n’est guère semblable à celui d’Andohanilakaka. Lors de la « ruée vers le saphir », aux années 1998 – 2000, les autochtones d’Andohanilakaka, eux-mêmes des migrants, étaient trop peu homogènes de part leurs origines diverses, souvent en provenance du sud-est. Ils n’ont pas pu maîtriser la situation tant au niveau des opérateurs économiques étrangers que des migrants malgaches, venus en masse. Ces derniers se sont appropriés des parcelles selon le principe du droit de premier occupant. Quant aux natifs, ils étaient plus préoccupés de faire paître leurs zébus et d’assurer la sécurité de leur patrimoine face aux bandits. Ils sont par contre devenus les maîtres du nouveau fokontany et ont pu ainsi attribuer des « petits papiers » à tous les migrants qui s’étaient appropriés une parcelle le long de la RN7 et dans les quartiers proches des sites d’exploitation, tels que Mangarahara au sud-ouest et Mangatokana au nord-est6. La richesse se trouvait partout, même en-dessous de la RN7.

Manombobe tout comme Andohanilakaka, avant la découverte du saphir, étaient une zone de passage des voleurs de zébus qui se dirigeaient vers les marchés de Ihosy et d’Ambalavao. Beaucoup parmi ceux qui se sont installés dans cette région étaient aussi des voleurs de zébus, ils se sont attachés à ces terres parce qu’il était possible de faire de l’agriculture et de faire paître leur bétail, tel le cas de Fernand René, premier président du fokontany d’Andohanilakaka7.  Tous ces personnages sont à l’origine de petits villages ou hameaux, comme celui d’ Ilakaka kely construit près du pont qui enjambe la rivière Ilakaka sur la RN7 ou encore celui de Bepeha  plus à l’ouest. Après la découverte du saphir, tous se sont mis à exploiter des carrières, surtout à Ambarazy, dans l’espoir de gagner beaucoup d’argent, ce qui ne fut pas le cas pour tout le monde. Et lorsque Ilakaka kely deviendra le fokontany d’Andohanilakaka - les sources de la rivière Ilakaka n’étant guère éloignées de la bourgade -, les chefs de ces villages détiendront des postes de responsabilités qui leur permettront d’attribuer des parcelles aux nouveaux exploitants miniers ou de louer des terrains aux étrangers ou vazaha – Sri-Lankais, Thaïlandais et Africains.

La seconde composante sociale est constituée des opérateurs étrangers, spécialistes du saphir surtout. En premier lieu, nous avons les Sri Lankais, ensuite les Ouest-Africains, de moins en moins nombreux, et les Thaïlandais. Chacune de ces communautés étrangères a sa propre manière d’agir avec les migrants « saphiriens », c’est-à-dire ceux qui exploitent le saphir. Les Ouest-Africains, installés dans le quartier est d’Andohanilakaka – Mangatokana où se trouvaient les gros gisements dénommés par la suite « banque mondiale » ou « banque suisse »- étaient venus de la région de Diego-Suarez où existait un gisement de saphir à Ambondromihefy avec leurs épouses malgaches islamisées. Ces Africains achetaient assez facilement le saphir de diverses sortes et de différentes grosseurs ; ils étaient bien vus des natifs. Mais lors de la guerre des clans entre le « triangle du nord » et ceux du sud, en particulier le clan de « Bagdad » de Toliara, plusieurs « businessmen » de part et d’autre trouvèrent la mort au cours des années 1998 – 1999, les Ouest-Africains préférèrent s’éclipser et travailler dans d’autres lieux où furent découverts de nouveaux gisements de pierres précieuses, comme le rubis d’Andilamena et de Vatomandry. Ceux qui restèrent, ce sont les Sri Lankais et les Thaïlandais ; parmi eux, les Sri Lankais ont une manière de travailler avec les Malgaches qui creusent des carrières. Souvent, les carriermen n’ont pas assez d’argent pour rester indépendants, les Sri Lankais les poussent à se  constituer en équipe, qu’ils entretiennent en fournissant les produits de première nécessité (riz, huile, sel, haricots ou pois du cap, bougies, allumettes et cigarettes). Cette stratégie de contrôle sur les pierres précieuses les conduit  à tisser des relations sociales plus étroites avec les natifs et les migrants. Quant aux Thaïlandais, leurs contacts avec les nationaux se situent uniquement au niveau de l’achat des pierres. Parmi les opérateurs étrangers qui achètent le saphir, les Sri Lankais apparaissent plus ouverts que les Thaïlandais8. Ce sont de vrais spécialistes du saphir, ils sont quasi tous originaires des villes de  Ratnapura et de Balangoda, situées au sud-est de Colombo ; elles sont nées du saphir qui est toujours exploité. Mais, comme ils disent, « chez nous, nous sommes dix sur une pierre, ici pour une personne, il y a dix pierres ». Ils ont une mentalité de « businessmen » : « ou on gagne ou on perd », c’est le lot de tous ceux qui achètent et qui vendent un produit de luxe. Il faut effectivement être un peu joueur dans l’âme, c’est ce qu’on leur enseigne à l’école depuis leur prime jeunesse. Mais pour attirer la richesse, il faut se montrer riche, ce qui explique pourquoi des opérateurs comme Siddeeck Gems Palace, Bevaoke Saphir, La Terrasse Ambony, La Terrasse Polise man, World Gems, La Terrasse Saphir N° 9, ont construit des grandes maisons qui leur servent à la fois de comptoir et de demeure à Manombobe. « La richesse attire la richesse », cette vitrine d’abondance touche l’imaginaire des « carriermen » venant de leur lieu de travail, du sud surtout, ils proposent leurs pierres d’abord à ceux qui les aident, aux Sri  Lankais de Manombobe ; s’ils ne peuvent les leur vendre là, ils se rendent à Andohanilakaka, pour retrouver en fait les mêmes Sri Lankais ou les proposer aux Thaïlandais.

Les pierres vendues dans les comptoirs d’Andohanilakaka et de Manombobe sont aussi amenées par les « businessmen » ; ils partent le matin en taxi dans les sites miniers, comme Vohimena voavoa, Manombokely, Sakameloka, Analalava, Sakalama, Ankaboka-Malio, etc. et reviennent le soir pour les proposer à leurs « patrons ». Les relations entre ces étrangers et les Malgaches sont d’ordre économique ; les Sri Lankais et les Thaïlandais travaillent beaucoup avec des intermédiaires malgaches, appelés « guides » : ils jouent un rôle important dans la transaction entre l’étranger et le « carrierman ». Ce sont les hommes de confiance des opérateurs étrangers. Ils peuvent changer de partenaires économiques, mais beaucoup de ces étrangers ont des liens de famille à travers les diverses sociétés qu’ils ont créées, donc les « guides » évoluent toujours dans la même famille sri-lankaise. Certains d’entre eux ont pris des vacances au Sri Lanka, tous frais payés par le manager9. Certes, aujourd’hui, beaucoup de Malgaches, exploitants de carrières de saphir, se rendent compte qu’ils ne maîtrisent absolument pas la valeur des pierres et qu’ils se font exploiter par les étrangers. Cette situation de dominant – dominé est en train d’évoluer grâce à l’intervention de l’Etat et de responsables syndicaux10.

La troisième composante est formée des migrants nationaux qui travaillent dans les carrières. Ils sont quasi tous illettrés, voire analphabètes, ils travaillent par équipe de 6 à 12 individus pour un Sri Lankais qui leur fournit riz, huile, café, haricots et l’équipement de base pour creuser. Le contrôle est effectué par un contremaître malgache. Normalement toutes les pierres collectées dans cette carrière doivent être proposées au manager qui assure l’alimentation, si celui-ci ne manifeste pas d’intérêt pour l’une ou l’autre pierre, le « carrierman » peut la proposer à un autre acheteur. Elle sera automatiquement vendue, mais à un prix bas. Le partage de l’argent gagné se fait ainsi : 50 % pour les « carriermen », 50 % pour le propriétaire de la carrière. Peu de Malgaches travaillent pour leur propre compte, ils sont souvent obligés d’avoir recours à un étranger pour l’achat des vivres et du matériel. Ce qui veut dire qu’au bout du compte, c’est toujours l’étranger qui est maître du jeu, tant que celui-ci respecte ses engagements moraux, il n’existe pas de contrat formalisé.

Tout le système des relations sociales entre ces trois composantes repose sur un rapport d’équilibre et de compromis à caractère économique. Même si beaucoup de personnes se rendent compte d’une certaine forme d’exploitation orchestrée par les étrangers, il faut bien reconnaître que sans eux, le petit exploitant minier aurait beaucoup de difficultés de  vendre ses pierres à quelqu’un. Aujourd’hui, le marché des transactions s’est élargi aux nationaux, qui se mettent à acheter des pierres et à se créer un réseau de relations, mais ils doivent passer par les mêmes rouages. Ceux qui apparaissent les plus gagnants, ce sont les étrangers Sri Lankais et Thaïlandais, mais ils ne peuvent fonctionner indépendamment des autres, même s’ils se constituent en société. Donc, il existe une complémentarité entre ces trois composantes sociales.

Le seul moyen qu’ont les petits exploitants miniers de mieux vendre leurs pierres aux étrangers, c’est de se regrouper dans une association, comme cela se pratique partout. A Andohanilakaka, il existe aujourd’hui une trentaine d’associations qui ont toutes un objectif primordial, défendre leurs propres intérêts ou se faire connaître auprès des Ong’s internationales présentes. Mais il faut bien reconnaître que la solidarité associative est fragile voire inexistante, chaque association évolue dans son milieu que ce soit à Andohanilikaka ou à Manombobe. La dernière en date est le « Groupement des petits exploitants miniers / Ihorombe - Sakaraha » (GPEM / ISA). Elle est officiellement reconnue depuis avril 2008, elle peut devenir un pôle de convergence des exploitants miniers qui vivent dans les sites environnants. Le point faible de toutes ces associations est le manque de moyens financiers et ce ne sont pas les quelques cotisations de ses adhérents qui leur permettent de défendre leurs intérêts par rapport aux acheteurs étrangers ou nationaux. La seconde faiblesse est le manque de cohésion sociale des exploitants miniers du fait qu’ils viennent des quatre coins de l’Ile.

Aujourd’hui, le Programme de Gouvernance des Ressources Minérales (PGRM) du ministère de l’Energie et des Mines a mandaté le cabinet d’études Singata Consulting Service pour mettre en place un Bureau Administratif Minier (BAM) à Andohanilakaka, en vue de ramener dans le secteur formel de l’économie tous les petits exploitants qui évoluent dans la plus grande « informalité », sans aucune connaissance de leurs droits sociaux et de leurs obligations vis-à-vis de l’Etat. Le PGRM a pour objectif final de contrôler la ressource, car il est vrai que depuis le début de l’exploitation du saphir en 1998 les dividendes que l’Etat a perçu annuellement s’avèrent vraiment dérisoires11. Le BAM existe, il sera opérationnel en 2009, mais même si l’Etat arrive à ses fins, il parviendra difficilement à installer un guichet minier unique en vue du recouvrement des taxes sur l’achat des pierres précieuses, pour la simple raison que l’Etat ne pourra pas assurer l’aide en matériel et en nourriture que les opérateurs étrangers donnent aux équipes qui travaillent dans les carrières. La solution préconisée par la Banque mondiale est de créer dans les sites miniers pilotes des associations d’exploitants miniers afin qu’ils puissent bénéficier d’une aide matérielle de l’Etat, comme par exemple d’un « moto-pompe ». Trois sites par district (Ihosy, Sakaraha), ont été choisis pour mener à bien cette stratégie12, Vohimena vaovao, Manombokely et Bepeha dans le district d’Ihosy. Ce qui veut dire que les Sri Lankais et les Thaïlandais apparaissent quasi incontournables pour faire fonctionner ces réseaux économiques et commerciaux entre les trois composantes de cette société composite, dont les bases se cimentent à travers des relations inter-culturelles de plus en plus fortes.

Une nouvelle société est en train de naître dans cette région à partir de l’interaction entre ces trois groupes sociaux, les Sri Lankais, les migrants et les autochtones. Nous nous situons beaucoup sur le plan de l’interculturalité, où trois facteurs apparaissent déterminants : la montée de la langue anglaise, l’islamisation et la naissance de relations inter-communautaires qui ne fait que s’accroître.

La venue des Sri-Lankais et des Thaïlandais a mis en avant la langue anglaise sur la place de l’économie de marché du saphir. Les Malgaches qui servent de « guide » aux étrangers doivent se mettre à l’anglais, qu’il soit basique ou non, l’anglais dans les relations entre Malgaches et étrangers. C’est un débouché pour les jeunes qui ne trouvent pas de travail dans les villes, comme Toliara, Ihosy, Ambalavao et Fianarantsoa. Un certain nombre d’entre eux sont salariés à raison de 200.000 Ariary par mois. Deuxième donnée importante : tous les Sri Lankais sont de confession musulmane, il en est de même pour les Ouest-Africains qui sont venus d’Antsiranana avec leurs épouses malgaches. Nous avons aussi des Malgaches islamisés de longue date en provenance du sud-est, Tesaka et Antaimoro13. Certains responsables locaux ont créé des associations musulmanes, que ce soit à Andohanilakaka ou à Manombobe. La communauté sri lankaise a construit une mosquée dans chacune de ces petites villes ; il en existait déjà une dans le quartier de Mangatokana d’Andohanilakaka, construite par les Africains et les Malgaches islamisés. Il est évident que l’islam devient un atout supplémentaire pour trouver du travail. L’islam a véhiculé certains interdits, comme l’élevage du porc. Enfin, de nombreuses relations se tissent entre les opérateurs étrangers et les filles malgaches qui ont quitté leurs villages ou villes à la recherche d’un conjoint. Certains opérateurs sri lankais ont acquis des terres par l’intermédiaire de leurs épouses malgaches ; parfois ils investissent pour elles et les enfants issus de ces unions dans les villes comme à Toliara. Donc, la présence de ces étrangers ne pourra passer inaperçue dans un avenir proche ou lointain si, par hasard, ces nouvelles cités venaient à disparaître pour une raison ou une autre.

La « ruée vers le saphir » à Andohanilakaka et à Manombobe est un phénomène exceptionnel à partir du moment où de nouvelles agglomérations se sont développées autour de l’exploitation d’une ressource minérale, qui a suscité auprès de nombreux migrants l’espoir de trouver la fortune au bout d’un tunnel creusé à 30 – 40 mètres de profondeur. Depuis l’exploitation de cette ressource, Andohanilakaka surtout s’est beaucoup développé et son image aujourd’hui est loin de correspondre aux regards tronqués que certains chercheurs et chroniqueurs lui ont donnés à ses débuts, comme ce fut le cas pour la « ruée vers l’or rose », c’est-à-dire la crevette14. Certes l’argent chaud (vola mafàna) des débuts de l’exploitation a fait commettre des excès, mais ces comportements démesurés n’ont eu de conséquences négatives sur le long terme qu’auprès de quelques individus qui se retrouvent aujourd’hui dans une situation très précaire. Cependant, nous savons pertinemment que tous les migrants qui sont venus s’installer surtout à Andohanilakaka, toutes catégories sociales confondues, c’était pour « faire fortune ». Tous ont commencé par creuser la terre pour découvrir la pierre tant convoitée à Ambarazy d’abord puis dans d’autres sites miniers – à Andohanilakaka même, Bepeha, Manombobe, Manombokely - afin de revenir chez eux avec beaucoup d’argent. Si la chance a souri à certains, ce n’est pas le cas pour tous. Que l’on soit devenu riche ou que l’on cherche toujours la « pierre précieuse », ceux qui sont retournés chez eux sont revenus sur le site, car on ne peut abandonner l’endroit qui a permis de devenir riche, on revient sur le site pour faire mieux. Dans le saphir, comme beaucoup d’exploitants miniers le disent, « il faut de la chance et de la patience »15. Ceux pour qui la fortune ne leur a pas encore souri, ils sont toujours présents, car il est « honteux » de rentrer chez soi les poches vides, au risque de se faire ridiculiser même par les siens.

A Andohanilakaka, la misère ne se manifeste pas encore. Si la plupart des migrants venus exploiter des carrières étaient pauvres chez eux, ils le sont moins qu’auparavant, on trouve toujours des pierres, beaucoup moins valeureuses qu’au début de la ruée, mais elles seront toujours achetées par un étranger ou un Malgache à un prix modique certes. L’argent issu de la transaction leur permet de vivre pendant plusieurs jours. La notion de pauvreté est perçue différemment à Andohanilakaka que dans son lieu d’origine.

Il existe cependant une alternative plus réaliste par rapport à l’exploitation du saphir, qui peut être un réducteur de pauvreté. De nombreux migrants exploitent la terre autour des centres miniers, une terre qui semble beaucoup plus prometteuse que celle de leur terroir d’origine. Pendant la saison des pluies, de la mi-novembre à la mi-avril, craignant les éboulements dans les galeries et les tunnels16, les migrants arrêtent souvent de travailler dans les carrières, sauf les équipes qui fonctionnent dans des « décapages » de grande envergure, comme nous avons pu le constater sur le site de la « banque mondiale » à Mangatokana ou encore dans les carrières exploitées par les habitants du petit village d’Akondrobe dépendant administrativement de Manombobe17. Ceux qui creusent des trous (vovo) à la recherche du filon s’attachent à faire de l’agriculture dans les parcelles qu’ils se sont appropriées  afin de cultiver du riz si le terrain jouxte une rivière, sinon du manioc, du maïs, des haricots, des pois de terre (voanjobory).  Donc, nous sommes en présence d’un véritable front pionnier qui évolue sous plusieurs angles, d’un côté le secteur minier, de l’autre l’agriculture. Nous pensons qu’un grand nombre de migrants se destine à vivre dans la région du saphir et que les nouvelles villes nées de l’exploitation de cette ressource minérale constituent une motivation pour eux de rester dans cette région.

Comme toutes ces petites exploitations minières relèvent de l’économie informelle, la question qui nous vient à l’esprit est de savoir s’il est possible de mettre en place une bonne gouvernance locale, condition sine qua non pour assurer un développement local durable, au sein des fokontany d’Andohanilakaka et de Manombobe de la commune rurale de Ranohira.

Le devenir des migrants, nationaux et étrangers, constitue l’épine dorsale d’une nouvelle société en voie de maturation. Mirana Razafimandimby avait montré en 2007 que les retombées du saphir sur la commune rurale de Ranohira étaient quasi inexistantes, du moins qu’il était difficile de les chiffrer18.  Sous l’ancien mandat communal, au cours des années 1998 – 2001, il était quasi impossible d’obtenir des informations sur les redevances du saphir qui revenaient à la commune. Des conflits liés à la gestion aussi bien du saphir que de l’utilisation des 50 % des rentrées du parc national de l’Isalo, ont éclaté au  sein du bureau communal en raison d’un manque de transparence. L’ancien bureau du fokontany d’Andohanilakaka ne contrôlait guère le flux des étrangers, sauf pour l’obtention d’un droit d’installation des étrangers, la transaction se faisant de gré à gré. Les rentrées au niveau du fokontany étaient minimes, ce qui explique pourquoi rien ne fut entrepris pour l’assainissement de cette ville naissante.

Depuis 2002 et l’élection des nouveaux maires en décembre de la même année, le contrôle des comptoirs construits par les étrangers apparaît plus tangibles. Dans le cadre des redevances d’installation, tout étranger qui  ouvre un comptoir d’achat de pierres précieuses doit s’acquitter de la somme de 1.000.000 d’Ariary par an, payable par tranche tous les trois mois, cela depuis le 27 mai 2006. En 2007, la redevance par comptoir est passée à 1.200.000 Ariary. Cette somme revenant à la Région, personne n’a été à même de dire ce qui revenait à la commune ou aux fokontany d’Andohanilakaka et de Manombobe. Jusqu’à la fin de l’année 2007, aucun impôt n’a été perçu par la commune ou le fokontany auprès des personnes ayant plus de 18 ans résidant dans ces deux localités qui ont pris de l’extension depuis l’exploitation du saphir. Que ce soit au titre de la « taxe d’habitation » ou de l’impôt personnel ou de « l’impôt foncier », rien ne fut perçu par le bureau du fokontany d’Andohanilakaka, encore moins par la commune, si ce n’est que des droits de timbre, remplacé par un tampon et une signature, pour l’octroi par exemple d’un certificat de résidence ou de tout autre document administratif. Les nouvelles mesures d’assainissement, comme le marché couvert à Andohanilakaka, sont le produit des fonds du COSAP19 issus des ristournes du parc national de l’Isalo.

Quant aux droits fonciers sur les terres occupées par les migrants « saphiriens », aux années 1998 – 2000, personne ne s’est soucié de savoir si le terrain occupé et exploité appartenait à quelqu’un auparavant. Chaque migrant s’est installé où cela lui semblait être le plus propice à creuser la terre et ensuite à construire une habitation qui deviendra plus importante par la suite. Certaines personnes ont transformé leur site minier en une gargote, d’autres en ont fait un hôtel, une épicerie, un épi - bar, un magasin de denrée alimentaire. Peu de temps après, quand la situation se stabilisa surtout de part et d’autre de la RN 7, le chef du fokontany « régularisa » la présence des migrants dans leur parcelle, comme il le fit pour lui-même étant un migrant venu du sud-est, sur des terres qui, semble-t-il, relevaient du domaine de l’Etat. Si tel est le cas pour Andohanilakaka, ces terres accaparées par des migrants bénéficieront d’un certificat foncier délivré par le guichet foncier, lorsqu’il sera créé à Ranohira, selon la loi n° 2005 – 019 du 17 octobre 2005 fixant les principes régissant les statuts des terres.

Cette évolution ne se réalisera pas de la même manière dans les sites miniers où les natifs (les tompontany) détiennent une position dominante. A Manombobe, les autochtones, qui sont en fait d’anciens migrants mahafaly, « louent » des parcelles le long de la RN7 aux Sri Lankais entre 7 millions et 11 millions d’Ariary. A cette vente de terrain s’ajoute une « taxe d’habitation » lorsque la maison est construite, celle-ci oscille entre 300.000 et 500.000 Ariary.

Depuis les nouvelles attributions dévolues aux chefs de fokontany, la création de nouveaux fokontany comme ceux de Bepeha et de Manombokely, et surtout la division d’Andohanilakaka en quatre fokontany, les droits de location des comptoirs sri-lankais et thaïlandais reviennent à la commune et non plus à la Région. Il est possible et probable que l’utilisation des fonds issus de ces locations  permettra de poursuivre l’assainissement  des fokontany d’Andohanilakaka et de Manombobe, en particulier en eau potable. Une convention d’appui à la construction de puits en eau potable pour Andohanilakaka a été passée entre la « Thai Mada Association » et la commune rurale de Ranohira pour un montant de 50.444.303 Ariary, le 6 juin 200820.

L’Etat s’est penché depuis 2002 sur le problème créé par les petites exploitations minières dans les sites où furent découverts des gisements de pierres précieuses, qui toutes relèvent du secteur informel. Le Programme de Gouvernance des Ressources minérales voudrait mettre en place une stratégie en vue de faire glisser toutes ces activités informelles dans le secteur de l’économie formelle. L’objectif de l’Etat est de s’assurer un recouvrement fiscal sur l’achat et la vente des pierres précieuses, s’il est vrai que les recettes fiscales sur l’exportation des pierres précieuses ne comptent que pour 1 % du PIB de la Grande Ile21.

Quelle gouvernance locale pour quel développement dans un contexte d’urbanisation « sauvage » née de l’exploitation d’une ressource minérale qui peut se révéler durable si l’on tient compte de la permanence de la ressource. Les transformations sociales où s’entrecroisent des dynamiques à la fois complémentaires et contradictoires, tel que l’enrichissement rapide, le développement durable et la lutte contre la pauvreté, doivent induire une nouvelle démarche à la fois diachronique et anthropologique du changement social et du développement, comme tendent à le démontrer certains anthropologues22. Dans le cas présent, depuis que la « ruée vers le saphir » a pris corps dans cette région et que de l’exploitation de cette pierre précieuse, il est né des villes « champignons », les « développeurs » se sont intéressés au phénomène, le considérant comme un cas « clinique » où l’on peut greffer des projets de  développement. Ce  processus a commencé en 1999 avec la création d’un comptoir international du saphir à Ambarazy23. En 2000, a débuté la lutte contre le choléra menée par l’Ong CRS – Madagascar, par la construction de latrines publiques et de puits à Ambarazy, Andohanilakaka et Bepeha. Les associations qui devaient gérer ces lieux ne sont pas parvenues à pérenniser l’usage de ces petites structures d’assainissement. Depuis lors, dans le cadre de la prévention contre les Ist/Sida, CRS et « Médecins du Monde » en partenariat avec l’association SALFA24 de l’église luthérienne opèrent à Andohanilakaka et dans plusieurs centres miniers. Le ministère de l’Energie et des Mines a monté un Programme de Gouvernance des Ressources Minérales (PGRM) pour ramener dans le secteur formel les petits exploitants miniers, ce programme est à pied d’œuvre depuis mars 2007. Récemment, avec l’appui de la Friedrich Ebert Stiftung, la Conférence des Travailleurs Malagasy (CTM) et le syndicat FISEMA ont élaboré une charte d’appui à l’organisation des travailleurs d’Andohanilakaka, de Manombokely et de Vohimena vaovao, non pas seulement pour assurer la sécurité sociale de tous les travailleurs, comme c’est le cas en Afrique du Sud25, mais aussi en vue de rendre bénéfique la stratégie gouvernementale souhaitant plus de transparence dans les industries extractives de la zone du saphir26.

Dans un environnement social « extraverti », issu d’un mouvement migratoire sans précédent dont son point d’ancrage est favorisé par les acheteurs étrangers, grands connaisseurs de ce marché, un développement durable n’est envisageable que si plusieurs paramètres créent sa propre dynamique. Nous référant à plusieurs auteurs, la notion de développement à long terme - pour ne pas dire durable, car on ne sait plus ce que ce concept a de fiable aujourd’hui – renferme une dimension sociale qui ne peut être sous-estimée27. Dans ce cas de figure, l’esprit de créativité des acteurs pourrait donner l’impulsion à un développement « alternatif ». Par exemple, dans cette dimension sociale, le « pauvre » d’Andohanilakaka se détermine différemment par rapport à son état de pauvreté d’avant, tout simplement parce qu’il se sent libre dans  ce nouveau milieu : la liberté qu’il a acquise lui permet d’atteindre un mieux-être qu’il peut même faire partager avec sa famille restée au pays. Donc, l’approche du développement qui réduirait la pauvreté par le biais des projets de développement issus de diagnostics participatifs est vouée à l’échec28, si les développeurs ne prennent pas en compte  les diverses logiques qui s’enchevêtrent dans cette nouvelle société issue du saphir, où le culturel, le religieux, le social et l’économique forment un tout. Feue Emmanuelle Andrianjafy et Gaëtan Feltz ont mis l’accent sur le respect des valeurs traditionnelles malgaches, comme le fokonolona, le tanindrazana et le fihavanana, pour envisager un développement à long terme29. Le respect de ces valeurs induit les bases d’un développement durable à condition que les « développeurs » acceptent d’adapter leur vision du développement sur les « mentalités » locales en état de changements permanents30. L’explosion du mouvement associatif dans ces microcosmes en est une preuve tangible ; chaque association tend à défendre ses intérêts dans un contexte social où les influences externes se font de plus en plus pressantes jusqu’à provoquer des conflits entre les différents groupes socio-ethniques. C’est ainsi qu’a été créée l’association « FF18 » (Fikambanan’ny foko valo ambin’ ny folo) le 30 avril 2000, après les conflits persistants entre les « Diégolais » et les « Tuléariens ». De ce fait, elle joue un rôle de médiateur dans les mésententes entre groupes ethniques, son objectif est d’assurer la paix au sein de la population d’Andohanilakaka. Dans les sites de Manombobe et de Manombokely, il s’est créé des associations de même type.

Le développement durable dans un tel contexte d’innovation sociale doit tenir compte de trois dimensions sociales. La première relève des infrastructures de base créées dans les fokontany étudiés : elles sont relativement importantes à Andohanilakaka, avec 5 établissements scolaires privés et publiques qui totalisaient 3760 élèves en juin 2007, 2 centres de santé de base – l’un a été créé par la « Thaï  Mada Association », l’autre est géré par SALFA de l’église luthérienne, l’Association des Médecins Libres (AMELI) regroupe six médecins libres afin d’éviter la concurrence, elle fonctionne tous les jours. L’eau et l’électricité sont assurées par des sociétés privées ; l’eau est vendue à raison de 100 Ariary le seau de 10 litres, mais il est prévu de mettre en place un système d’adduction d’eau potable par gravitation à partir des sources de la rivière d’Ilakaka. Ce projet est pris en charge par la commune sur les 50 % des rentrées du parc national de l’Isalo. En 2008, une convention passée entre la commune de Ranohira et l’association « Thaï Mada » a permis de réaliser la construction de douze puits d’eau potable à Andohanilakaka. Pour Manombobe, les infrastructures de base portent essentiellement sur la création de deux écoles primaires, l’une publique, l’autre catholique, et la création d’une société de distribution d’électricité (SOFOUREL). Dans chacun de ces  fokontany, existe une radio FM. Elles participent beaucoup à la moralisation de la vie publique et à l’information sur des problèmes de société, comme la transmission des Ist/Sida, les problèmes d’incendie puisqu’un grand nombre d’habitations est construit en bois de pin.

On peut penser que les églises chrétiennes, une dizaine à Andohanilakaka, trois à Manombobe, et les mosquées, ne font pas partie des infrastructures de développement. Nous sommes convaincus du contraire, car elles canalisent et diffusent des messages de tolérance entre les divers groupes ethniques, des messages sur l’hygiène et l’assainissement, et surtout sur la prévention contre les Ist/Sida. Grâce à leurs structures, elles peuvent accueillir des foires ou kermesses pour les jeunes, des compétitions sportives, des chanteurs et musiciens qui ont une audience nationale. Les Ong’s comme CRS – Madagascar et « Médecins du Monde » collaborent avec ces églises.

La seconde dimension repose sur la présence des étrangers, acheteurs potentiels des pierres précieuses. Ils sont présents dans les  fokontany d’Andohanilakaka et Manombobe qui sont complémentaires, elles deviennent des centrales d’achat des pierres, elles ont leurs raisons d’être, elles participent à la formation d’un « capitalisme social » où la circulation de l’argent permet de faire vivre tout le monde. Que l’on gagne beaucoup ou peu d’argent, on en a plus qu’avant. Les investissements locaux  sont le fruit de ceux qui ont gagné beaucoup d’argent, qu’ils soient malgaches ou étrangers.

La troisième dimension conditionnant le développement durable dans cette société se rapporte à l’hygiène et assainissement, à la sécurité et à l’environnement. Depuis fin 2005, une brigade de gendarmerie a été installée à Andohanilakaka, sa zone d’intervention s’étend sur les deux fokontany qui nous concernent et ceux de la commune rurale voisine d’Ilakakabe. L’assainissement doit passer par l’élimination progressive des maisons construites en bois de pin, la mise en place de canalisations permettant l’évacuation des eaux usées et le ruissellement des eaux de pluies afin de limiter l’érosion, la ville étant construite en grande partie sur une pente. L’hygiène concerne surtout la construction de blocs de latrines publiques et de fosses à ordures respectant certaines normes  afin d’éviter de polluer la nappe phréatique. Le problème essentiel de l’environnement concerne l’ensablement des rivières dues aux  exploitations minières créées aux abords des rivières d’Ilakaka et de Malio pour Manombobe et au tamisage des remblais tirés de toutes les carrières limitrophes. Les déchets de toutes sortes jetés par l’homme dans ces rivières ont des conséquences néfastes sur la faune aquatique et les périmètres rizicoles créés en aval. Mais, les sociétés industrielles qui exploitent le saphir dégradent certainement plus l’environnement que les petits exploitants miniers, à moins que l’on considère que la nature reprendra ses droits au bout de quelques années, lorsque ces concessions seront abandonnées – c’est ce que l’on peut constater dans l’ancien village minier d’Ambarazy abandonné en 2004.

Quel est le devenir de ces deux petites « villes » qui font partie de la commune rurale de Ranohira ? Andohanilakaka en particulier, Manombobe dans une moindre mesure, se sont développés à la faveur d’une corruption où de nombreuses autorités se sont compromises à tous les niveaux, surtout entre les années 1998 et 200131. Le saphir a toujours été un pôle d’attraction pour un grand nombre de personnalités de l’ancien régime liées à des étrangers installés au pays ou venus d’Europe. Dans le nouveau cadre de décentralisation reposant sur le fokontany et la commune d’une part et la Région de l’autre, de nouvelles dispositions ont été prises pour que le conseil communal de Ranohira ait la gestion des diverses sources monétaires issues des fokontany de Manombobe et d’Andohanilakaka. La décentralisation ne sera qu’utopie et le développement un rêve, si l’exploitation du saphir n’a aucune retombée sur les communautés rurales concernées par elles. Certes, les politiques des communes rurales de cette région vis-à-vis des sites « saphir » ne sont pas identiques, si l’on fait une comparaison entre celle de Ranohira et celle d’Ambinany qui ne reconnaît pas la « durabilité » de ces villages nés de l’exploitation du saphir32.

Que peuvent apporter de constructif ces nouvelles entités nées du saphir dans la perspective des « Objectifs du Millénaire » ? Hormis le fait que des migrants ont réussi à améliorer leur niveau de vie en achetant des terres et des zébus dans leur lieu d’origine et qu’un certain nombre d’entre eux s’installent durablement dans les sites « saphir » pour faire de l’agriculture, un des Objectifs qui nous paraît le plus patent de cette nouvelle dimension sociale née du saphir est la scolarisation des enfants de 5 à 15 ans. Les exploitants de carrières qui ont migré à Andohanilakaka, à Manombobe et dans d’autres sites miniers, ont fait venir leurs familles et leurs enfants, certains en ont jusqu’à six. D’autres, jeunes filles devenues « businesswomen » ou jeunes garçons qui ont entre 16 – 18 ans, ont construit une nouvelle famille selon les coutumes traditionnelles, des enfants sont nés de ces unions. Tout ce monde, qui vit du saphir, est en fait analphabète à 90 %, ces individus, hommes ou femmes, garçons ou filles, n’ont jamais fréquenté l’école. Où existe une stabilité de fait, beaucoup ont compris aujourd’hui que l’école est un passeport pour l’avenir. Cette société composite née du saphir, qui transcende les clivages socio-ethniques, concourt à créer un climat propice à la scolarisation. Les migrants installés dans ces nouvelles agglomérations n’auraient jamais mis leurs enfants sur un banc d’école s’ils étaient restés chez eux, où la pauvreté est récurrente et empêche tout individu de prendre une quelconque initiative pour s’élever socialement.

A Andohanilakaka, cinq écoles fonctionnent selon les normes officielles, l’une même a ouvert un lycée en 2007 – 2008. Au mois de mai 2007, on comptait 3.760 élèves scolarisés, soit près de 63 % des enfants en âge d’aller à l’école. En novembre 2008, le lycée privé « Saint Joseph de l’Espérance » comptait 745 élèves de la maternelle à la 3e - en mai 2007, il y en avait 543. Dans le second cycle de cette école, de la Seconde à la Terminale, on compte 40 élèves, dont 22 filles et 18 garçons. Un nouveau bâtiment a été construit pour accueillir 198 élèves, pris en charge intégralement par l’association Talilisoa33.

En effet, l’IPEC34 du BIT a mis en application un programme de réinsertion des enfants travaillant dans les carrières des fokontany d’Andohanilakaka, de Manombokely et de Bepeha, avec le concours de l’association Talilisoa. C’est ainsi que plus de 420 enfants, de 7 à 14 ans, ont été intégrés dans une des écoles de la place, moyennant que l’association assure tous les frais de scolarisation et d’appuis nutritionnels35. Une école entièrement financée par l’Ong « Bel Avenir » a ouvert ses portes le 1er avril 2008 dans le site minier d’Antsohamadiro avec 70 élèves de 4 à 6 ans en préscolaire et 52 élèves en CP136. Il en est de même à Manombobe où l’école catholique « Lucia George », qui a commencé à fonctionner en septembre 2007, compte aujourd’hui 119 élèves du préscolaire à la 7e (51 garçons, 68 filles, de 3 à 15 ans).  Tous ces enfants sont issus du village traditionnel de Sakaviro37. Une école privée catholique et une école financée par l’association Talilisoa fonctionnent aussi depuis la rentrée 2008 dans le site minier de Manombokely, devenu depuis juillet 2007 un fokontany de la commune rurale de Ranohira.

Cela veut dire que la scolarisation des enfants de 5 à 15 ans est un gage sur l’avenir pour assurer un développement durable dans n’importe quelle région de Madagascar. Nous avions déjà émis une opinion similaire lors de nos enquêtes effectuées sur le travail des enfants dans les sites miniers visités aux mois de septembre – octobre 2007 avec le concours de l’Unicef38. Mais si ce genre d’opération peut être mené avec de bons résultats dans des sites miniers facilement accessibles comme Andohanilakaka, Manombobe, Manombokely, Bepeha et Antsohamadiro qui se trouve sur l’axe routier de la RN7, il sera plus difficile de pratiquer la même stratégie dans les sites miniers de la « brousse du saphir », où une école ne peut être créée que grâce à l’aide apportée par des confessions religieuses et à des initiatives individuelles, comme nous avons pu le constater dans le site minier de Sakameloka39. Des lieux de prière, tant catholiques que protestants, il y en a dans tous les sites miniers.

Les « mentalités » changent beaucoup plus vite dans les sites miniers ouverts sur la modernité, surtout ceux qui se sont créés sur la RN7. Cet état de fait peut se comprendre facilement. Dans les sites miniers de la brousse ou dans les villages que nous appelons « traditionnel », parce qu’ils n’ont pas encore été touchés par le saphir, les « mentalités » changent par ricochet ou le bouche à oreille. La question ne se pose pas encore de savoir quelle école faut-il pour les enfants de la « brousse du saphir », une école de base qui permet d’apprendre à lire et à écrire suffit. Ainsi, les parents n’amèneront plus leurs enfants avec eux dans les carrières qui sont parfois situées à plusieurs kilomètres du village, comme celles de Vohimena Vaovao40. L’exploitation des enfants dans les sites « saphir » d’Ilakaka ne peut être comparée à celle qui prévaut dans la coupe de la canne à sucre dans l’Etat de Rio de Janeiro même si l’origine du problème est identique, celui de la pauvreté 41,

Image2Image3Les deux photos ci-dessus prises dans les carrières proches du village minier d’Analamahavelo, le 25 novembre 2008, montrent que beaucoup d’enfants se trouvent  sur les sites « saphir », soit pour aider les parents à tirer les sacs remplis de la couche de galets et de sable, soit pour faire un premier tri avant de passer au tamisage dans la rivière toute proche. La cause première est qu’il n’existe pas encore d’école à Analamahavelo.

Les conclusions de cette étude ne peuvent qu’être provisoires. Il est clair que la découverte du saphir a engendré un flux migratoire très important dans les zones d’Ilakaka et de Sakaraha. Beaucoup sont venus pour y chercher fortune, les uns ont réussi, d’autres n’ont pas eu cette chance et ils sont toujours pauvres, sauf qu’ils arrivent à survivre en travaillant journellement de carrière en carrière. Nous avons essayé de montrer comment les relations se sont tissées entre les divers groupes sociaux, de l’autochtone au migrant du saphir, de l’étranger acheteur au petit exploitant minier. Nous avons montré enfin que le saphir a généré de nouvelles agglomérations, en général situées sur l’axe stratégique de la RN7, qui constituent l’épicentre d’une nouvelle politique de développement local et de lutte contre la pauvreté. Nous avons pris pour exemple des fokontany de la commune rurale de Ranohira qui sont facile d’accès, nous n’avons pas parlé des villages miniers de la « brousse » et des conséquences de l’ouverture de ces sites à la modernité grâce au saphir. C’est une autre histoire du développement.



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Notes de bas de page

1 Discussion avec M. Sinah de Siddeeck Gems Palace à Manombobe, le 30 juillet 07.
2 Plusieurs villages miniers restent encore à pointer sur cette carte, dont celui d’Ambarazy qui a disparu en 2004. Nous remercions l’Unicef, en particulier Mme Casimira Mbenge, responsable de la Section de Gouvernance  pour les Droits de l’Enfant, qui nous a permis de faire une mission de reconnaissance sur le travail des enfants dans plusieurs sites du saphir d’Ilakaka et de Sakaraha du 22 septembre au 16 octobre 2007. Nous tenons aussi à remercier la Jeune Equipe Associée à l’IRD – « Décentralisation, Gouvernance locale, Transformations sociales et spatiales » - grâce à son financement, nous avons effectué plusieurs missions en 2007 et 2008.
3 Cf. le décret n° 2007 – 151 modifiant certaines dispositions du décret n° 2004 – 299 du 3 mars 2004 fixant l’organisation, le fonctionnement et les attributions du fokontany : voir en particulier les articles 14 à 17 du nouveau décret.
4 Suite à de nouvelles dispositions prises par les autorités de l’Ihorombe, le fokontany d’Andohanilakaka a été divisé en 4 fokontany :  Tsaratanana au nord, Mangarahara à l’est, Andohanilakaka au centre et Ambalafary au sud. Les villages miniers de Bepeha et de Manombokely sont devenus des fokontany.
5 Il faut distinguer Manombobe (de son vrai nom Sakaviro-Mahasoa) du site minier Manombokely, qui se trouve à 13 km par route à l’est de Manombobe. Interview en date du 20/06/07 avec Rejory, ombiasy, et « père fondateur » du village de Sakaviro – Mahasoa.
6 C’est à Mangatokana que l’on trouve encore d’imposants décapages, au site appelé « banque mondiale ».
7 Interview en date du 1er décembre 2005.
8 Aujourd’hui, il y aurait 700 Sri-Lankais, 300 Thaïlandais et une cinquantaine d’Africains, les autres étrangers se comptent sur les doigts d’une main. Nous parlons au conditionnel car il n’est pas possible de faire un recensement exact des individus du fait de leur mobilité, ayant des visas d’affaires de trois mois.
9 Comme « Rasta before », de son vrai nom Alph Banaike, Tanalana de Toliara, il travaille depuis 8 ans avec les Sri Lankais comme « guide ».. Interview le 6/08/07 à Bevaoke Saphir, Manombobe.
10 CTM-FISEMA-FES, Table ronde des intervenants du secteur minier, Appui aux organisations des travailleurs dans les zones des carrières d’Andohanilakaka, Powerpoint, Hôtel Parorama, 3 mai 2007.
11 Approximativement 14.000.000 d’Ariary par an. Nous avons chiffré le flux des transactions entre 1998 et 2006, donc sur neuf années d’exploitation du saphir dans la région à 170 milliards 625 millions d’Ariary. Cf. Razafimandimby M., Saphir et développement : la nouvelle ville d’Andohanilakaka,  op. cit., pp. 96 – 99.
12 Entretien avec M. Rafalimanana Odon de Singata Consulting Service à Andohanilakaka, 6 août 2007. Nous sommes en présence de la même configuration stratégique menée par la Banque mondiale dans le cadre des projets PSDR et FID.
13 Deux associations ont été créées par ces groupes sociaux à Manombobe. Entretien avec Théodore Velomana, président de l’association des originaires du « Sud-Est » (les Antaimoro ont leur propre association). 26/06/2007.
14 Nous faisons référence à l’article de C. Guérin et S. Moreau, « Ilakaka (Madagascar) : la  ruée vers le saphir », Cahiers d’Outre-mer, 2000, 53(11),  pp. 253 – 272. Cf. aussi de S. Goedefroit, « La part maudite des pêcheurs de crevettes à Madagascar », Etudes rurales, juil.-déc. 2001, n° 159-160, pp. 145 – 172.
15 Propos de Mme Fanja Rakotonirina, propriétaire de carrières à Beroroha II et à Manombokely,  30/07/ 2007.
16 Un événement assez exceptionnel nous a été raconté par le propriétaire d’une carrière à Mangatokana (Andohanilakaka), M. Phanoël Ratonga, Betsileo de Fianarantsoa : une personne est morte dans un trou de 22 m. de profondeur suite à un éboulement. Pour récupérer le corps, M. Ratonga a constitué une équipe de 48 personnes répartis en deux groupes, ils ont travaillé de mars 2000 à mai 2001 pour récupérer les ossements du décédé après avoir fait un décapage et un coffrage pour éviter de nouveaux éboulements dus aux pluies.  M. Ratonga est dans le saphir depuis 1998, il fait partie de ceux qui ont gagné beaucoup d’argent, plus de 300 millions de fmg (soit 60 millions d’Ariary), ce qui lui a permis de travailler seul. Il a besoin aujourd’hui de matériel plus performant, surtout d’un moto-pompe pour travailler, car la couche de galets où se trouve le filon de saphir est à hauteur de la nappe phréatique. Andohanilakaka, 6/08/07.
17 Des photos projetées lors de notre conférence sur « le saphir d’Ilakaka entre le rêve et la réalité », le 6 mai 2008 au Centre Culturel Albert Camus d’Antananarivo, sous les auspices de l’IRD, le montrent très bien.
18 Cf. M. Razafimandimby, Saphir et développement …, op. cit.,  pp. 100 – 103.
19 Comité d’Orientation et de Soutien à l’Aire Protégée.
20 Information recueillie auprès du maire de Ranohira le 12/08/08.
21 Cf. Enjeux Magazine trimestriel d’analyses et perspectives économiques de la CCIAA d’Antananarivo, « Exportations des principaux produits de Madagascar, estimations 2006 », 1er trimestre 2007, p. 10.
22 Cf. Olivier de Sardan J.P., Anthropologie et développement. Essai en socio-anthropologie du changement social, Paris, Karthala, 1995, pp. 7 – 10.
23 Ambarazy a été un fokontany de la commune rurale d’Ilakakabe créé en 1998 et qui disparut  en avril 2004, lorsque deux périmètres miniers de ce village furent concédés à la société thaïlandaise « Tong ». Ambarazy est le premier village issu de l’exploitation du saphir en 1998 aux abords de la rivière Ilakaka, le comptoir international du saphir fut créé à l’instigation de l’association « felapeso » en accord avec le gouvernement de l’époque. Aujourd’hui, le site d’Ambarazy est un désert couvert de cratères, les anciennes carrières des petits exploitants miniers.
24 Sampan’asa Loterana ho an’ny Fahasalamana.
25 M.P. Olivier, E.R. Kalula, eds, Social protection in SADC : Developing an Integrated and Inclusive Framework, Rand Afrikaans University (RAU), University of Cape Town (UCT), s.d., pp. 118 – 177.
26 Cf. la communication présentée par le FISEMA sur Andohanilakaka et son devenir à la Table ronde des intervenants du secteur minier « Appui aux organisations des travailleurs dans les zones des carrières d’Andohanilakaka », Hôtel Panorama, 3 mai 2007.
27 Voir Jean-Luc Dubois, « La dimension sociale du développement durable : réduction de la pauvreté ou durabilité sociale ? », in MARTIN J.-Y., textes réunis et présentés par, Développement durable ? Doctrines Pratiques Evaluations, Paris, IRD Editions, 2002, pp. 101 – 116.
28 Philippe Lavigne Delville, Les diagnostics participatifs dans le cadre des projets de développement rural dans les pays en développement : postulats, pratiques et effets sociaux des PRA/Marp, draft d’une communication présentée au colloque « Cultures et pratiques participatives : une perspective comparative », Paris, 20-21 janv. 2005, n. p. (26 p.).
29 E. Andrianjafy et G. Feltz, Etude des facteurs sociologiques pour un développement à long terme, Antananarivo,  Programme PNUD MAG/97/007 – DAP1, 14 mars 2005, 75 p.
30 Goedefroit S., « La restitution du droit à la parole », Etudes rurales, 2006, n° 178, pp. 56 – 58.
31 Cf. la recherche effectuée par Rosaleen Duffy à Madagascar en 2004 : Criminalisation and the politics of governance : illicit gem sapphire mining in Madagascar, Manchester University, 25 novembre 2005.
32 Discussion avec le maire de la commune d’Ambinany, à Bevilany le 28/11/2008.
33 Données fournies par M. Félix Emahaleo, directeur du second cycle de cette école, le 28 novembre 2008.
34 International Program on Elimination of Child Labor / Programme international sur l’Elimination du Travail des Enfants.
35 Cf. Midi Madagasikara, 4 novembre 2008, L’Express de Madagascar, 11 novembre 2008.
36 Données fournies par M. Rasolomalala Marcel, responsable administratif de cette école, 28/11/2008.
37 Données fournies par Rolland Fidèle Ramanakandrasana, représentant de « Justice et Paix » dans les sites saphir, Manombobe, 28/11/2008.
38 Feltz G. et alii, Analyse situation du travail des enfants dans les sites miniers du saphir, communes rurales de Ranohira, d’Ilakakabe et d’Ambinany, avril 2008 : 34 – 40.
39 Enquête auprès du chef de village, M. Raharison Veloniaina, et de son assistant, Horace Harinaivo, 1er/10/2007.
40 Enquête et séquences filmées en date du 17/08/2008.
41 Neves Delma P., « La pauvreté comme legs. Le travail des enfants dans l’Etat de Rio de Janeiro », Etudes rurales, 2001 : 55 – 72.

Pour citer cet article


Gaëtan Feltz et Mirana Razafimandimby. «Saphir et développement local dans la commune rurale de Ranohira : les fokontany d’Andohanilakaka et de Manombobe (district d’Ihosy, Région Ihorombe)». TALOHA, numéro 19, 20 janvier 2010, http://www.taloha.info/document.php?id=829.




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ISSN 1816-9082